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Un classique des lettres américaines, un roman naturaliste (avant Zola).

Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES
Un classique des lettres américaines, un roman naturaliste (avant Zola).

Cette nouvelle de 90 pages écrite par Rebecca H. Davis, en 1861, étonne par sa puissance d’évocation et son humanité à une époque où, aux Etats-Unis,  le capitalisme triomphant exploitait les pauvres gens dans la touffeur d’usines broyeuses de vies humaines.

 

Le décor : une ville sidérurgique enfumée, avec des maisons couvertes de suie, une usine où se tuent à la tâche des hommes hallucinés devant des chaudrons bouillonnant de métal en fusion.

Un ouvrier fondeur, émigré gallois, Hugh Wolfe. Gringalet, il ne boit pas, n’aime pas les combats de coqs, ne sait pas se battre et porte « la tare de la scolarisation » - il est allé trois mois à l’école.

Une femme, Deborah la mulâtresse bossue qui se meurt d’amour pour Hugh et sans le vouloir le condamnera à mourir.

 

L’auteur, Rebecca H. DAVIS,  s’adresse à ses semblables, des bourgeois qu’elle apostrophe durement. La sollicitation est lancée sans détour : « Voici ce que je veux que vous fassiez. Je veux que vous masquiez votre dégoût, ne teniez pas compte de vos habits propres, et descendiez tout droit avec moi. Là dans la brumaille de la boue et des effluves malodorants. Je veux que vous entendiez cette histoire ».

 

Et de raconter l’histoire de ce couple disparate uni par la même inhumaine condition de vie. Il faut savoir que le fondeur Hugh, un homme rustre et sans éducation, a une passion : pendant ses moments de repos, il sculpte, à l’instinct, dans le korl - (une substance poreuse de couleur beige issue du minerai fondu) -  des silhouettes plus ou moins grossières.

 

Un soir, dans l’antre infernal de l’usine, se présente un groupe de bourgeois, parmi lesquels un certain Mitchell dont Hugh le fondeur couvert de crasse observe avec intérêt le raffinement. Alors une évidence surgit en son esprit : « entre eux, il y avait un immense gouffre qui jamais ne serait franchi. » Puis Mitchell aperçoit dans la pénombre une statue aux proportions gigantesques sculptée par Hugh, elle représente une femme nue, musculeuse, aux traits farouches, aux bras tendus. Les visiteurs sont impressionnés mais refusent d’admettre ce que cette réalisation démontre : l’ouvrier opprimé, jugé inculte, pourrait détenir une sensibilité, des dons que sa situation sociale ne lui permet pas de développer. Hugh a compris qu’il les a surpris et cette constatation le déstabilise. Il se prend à espérer un avenir meilleur.

 

Déborah la pauvresse, qui l’aime avec une abnégation inconditionnelle, a dérobé pour lui la bourse d’un des bourgeois en visite. Il veut rendre cet argent puis, sous le charme d’un coucher de soleil dont la beauté l’exalte, il se met à fantasmer sur une vie meilleure où il pourrait se consacrer à la sculpture et ne plus jamais aller à l’usine. Mais la réalité se joue de ses aspirations et il se retrouve en prison, condamné à dix-neuf ans de travaux forcés. Rebecca Harding Davis de s’écrier alors : « Dix-neuf ans comme cela était facile à lire ! Quels mots simples à prononcer pour le juge ! Dix-neuf ans ! La moitié d’une vie ! »  L’ouvrier préfèrera la mort.

 

  Marie-Noëlle RECOQUE DESFONTAINES

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