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Troisième victoire consécutive du chavisme

Cathy Dos Santos (in "L'HUMANITE")
Troisième victoire consécutive du chavisme

   Venezuela. En l’absence d’une partie de l’opposition, qui a boycotté les municipales de dimanche, le Parti socialiste uni et ses alliés remportent 22 capitales des 23 États.

   Essai transformé pour le chavisme. En dépit du boycott d’une grande partie de l’opposition, dont la coalition – la MUD – a récemment explosé en vol, plus de 9 millions d’électeurs se sont rendus aux urnes dimanche à l’occasion des élections municipales. La participation de 47,32 % pour un scrutin qui habituellement mobilise peu est certes en baisse par rapport à 2013 (58,3 %), mais elle confirme néanmoins une nette manifestation des bases électorales de la gauche. Le Parti socialiste uni du Venezuela (PSUV) arrive en tête dans 22 capitales des 23 régions, et remporte une écrasante majorité des 335 municipalités, dont celle du Libertador (Caracas). Plus révélateur, Oscar Prieto s’impose à la régionale qui se déroulait dans l’État de Zulia, où il affrontait pourtant Manuel Rosales, l’ancien gouverneur et candidat de la droite à la présidentielle en 2006. Il s’agissait du troisième scrutin en 136 jours, après l’élection de l’Assemblée nationale constituante, là encore boycottée par la MUD, et les régionales, où le PSUV et ses alliés ont supplanté, et de loin, l’opposition, pourtant convaincue de sa victoire. En juillet encore, plus d’un pariait pourtant sur la chute imminente du président Nicolas Maduro, acculé par le printemps noir de l’opposition et sa stratégie de révoltes meurtrières.

   Un scrutin qui ne met pas un terme aux problèmes économiques

   Officiellement donc, les principales formations de droite ont, une nouvelle fois, refusé de participer au scrutin, afin de mieux en décrier l’issue. Ce qui n’a pas empêché des dirigeants de se présenter à titre individuel ou derrière des cache-sexe. L’est chic de Caracas, bastion de l’opposition, en témoigne. Chacao, épicentre de la contestation réactionnaire, mais aussi Baruta ou encore El Hatillo, restent dans l’escarcelle de la droite. « Le seul fait que ces élections se soient tenues constitue une victoire. Au-delà des problèmes économiques que nous rencontrons, il y a eu une conscience grandissante que certains prétendaient nous conduire à une guerre civile. Face à cela, des forces d’opposition démocratiques et le chavisme ont positivement réagi », soutient Roy Daza, de la commission internationale du PSUV.

   Ce scrutin ne met pas un terme aux problèmes économiques structurels ni à la polarisation politique. « Comment le kilo de fromage peut-il augmenter tous les jours ? Le peuple est en train de voler le peuple. Les prix imposés par les “bachaqueros” nous torturent », s’insurge Elenteria de Pinto, une habitante du quartier très populaire de Catia. Depuis quatre ans, ces derniers affrontent une pénurie des denrées alimentaires et pharmaceutiques orchestrée par les groupes économiques privés majoritaires dans le pays. À cela s’ajoute désormais l’accaparement de produits de première nécessité par des individus, les « bachaqueros », ayant accès aux marchés parallèles et qui les revendent à des prix défiant l’entendement, alimentant ainsi une spéculation ahurissante. C’est vrai également des commerçants qui bénéficient pourtant de produits subventionnés par le gouvernement, et se taillent une plus-value totalement illégale. La hausse des salaires, les aides sociales, la création d’échoppes communautaires, ou encore d’unités productives sociales locales, ne parviennent pas à pallier les déficiences d’une économie atrophiée.

   « Ce sont les Vénézuéliens qui payent la crise avec leurs économies, leurs pantalons élimés et leurs chaussures usées. Aucune entreprise n’a fermé. On peut même dire qu’une nouvelle bourgeoisie est née », estime Eduardo Saman, candidat malheureux à la municipalité de Libertador face au PSUV, et soutenu entre autres par le Parti communiste. L’ancien ministre du Commerce du président défunt Hugo Chavez, entré en « rébellion » sans pour autant rejoindre ce que l’on nomme le « chavisme critique », plaide pour des « rectifications sérieuses » au sein du processus révolutionnaire après des « déviations du projet initial socialiste et ses teintes réformistes en matière économique ».

   Sur le plan politique, un nouveau round de négociations entre l’opposition et l’exécutif bolivarien est prévu le 15 décembre en République dominicaine. Les déclarations du président Maduro selon lesquelles les « partis qui n’ont pas participé (dimanche) ne pourront plus participer » à une élection ne sont pas de nature à apaiser la crise. D’autant que la loi électorale en la matière est claire puisqu’elle prévoit effectivement des sanctions d’exclusion mais en opérant un distinguo entre les boycotts aux scrutins locaux et nationaux. Les propos du chef de l’État étaient pourtant hier relégués au second plan des médias vénézuéliens et de la propre opposition, en mal de leadership alors que se profile déjà la présidentielle de 2018.

   Journaliste à la rubrique Monde

 
 


 

 


 
 

 
 

 

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