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T.A.O.M. OU L'IMPOT LETCHIMY

{{T.A.O.M. vous connaissez ? C'est l'impôt Letchimy. Une taxe additionnelle à l'Octroi de Mer que le maire de Fort-de-France s'apprêtait à faire voter dans le dos des martiniquais grâce à la complicité du Ministre François Baroin et des Députés Alfred Almont et Christiane Taubira. Objet : mettre la main dans la poche des contribuables martiniquais pour payer les "dépenses de centralité" de la Ville-Capital.

Un véritable scandale fort heureusement déjoué grâce à la vigilance à l'Assemblée Nationale du député Alfred Marie-Jeanne.

Si elle venait à être appliquée, cette nouvelle taxe aurait entraîné une augmentation du coût de la vie, un accroissement de l’endettement des ménages et une aggravation des difficultés actuelles des entreprises martiniquaises.

A l'époque, j'avais tenté d'alerter la population en publiant l'article qui suit dans le journal "Le Bâtisseur n°3". Pierre Samot, le directeur de publication s'y était opposé.

En plein débat sur la question de la responsabilité, les partisans du 74 estiment que cet article mériterait d'être porté à la connaissance de nos concitoyens. C'est chose faite ! LB}}

L'impôt LETCHIMY

{Peuple… que de crime commis en ton nom !

Ton évocation est, dans ce pays Martinique, sur toutes les lèvres.
Certains se sont érigés en ardents zélateurs de ta cause. D’autres, dans une quête de reconnaissance identitaire, en font l’alpha et l’oméga de toute revendication politique.

Pourtant, au-delà de ces postures officielles, force est de constater qu’il existe, dans les couloirs des Assemblées, souvent en catimini, des pratiques politiciennes qui vont à l’encontre des intérêts de ce Peuple tant adulé.

L’amendement en faveur d’une taxe additionnelle à l’octroi de mer relève de cette infamie là.}

En effet, depuis le 16 décembre 2006, les sénateurs Lucette Michaux Chevry, Georges Ottily et Jean Paul Virapoulé, ont tenté d’introduire un amendement visant à l’instauration d’un droit additionnel à l’octroi de mer régional. L’argument avancé étant de prendre en compte les charges de centralité des villes capitales que sont Saint-Denis, Fort de France, Cayenne, Basse-Terre et Pointe à Pitre. En réalité, il ne s’agit ni plus ni moins que de créer un nouvel impôt,sans aucune concertation avec les élus locaux et sans que la population en soit informée. L’objectif final étant de combler le déficit lié à une mauvaise gestion de certaines de ces villes capitales et tout particulièrement Fort de France.
Si elle venait à être appliquée, cette nouvelle taxe entraînerait une augmentation du coût de la vie, un accroissement de l’endettement des ménages et une aggravation des difficultés actuelles des entreprises martiniquaises.

Devant la levée de boucliers et la désapprobation de la population réunionnaise, les élus de l’île de Bourbon ont dû reculer. René Paul Victoria, Maire UMP de Saint Denis, a dû s’expliquer publiquement : « …nous avons bien besoin d’argent à Saint Denis mais nous ne voulons pas que cela se fasse au détriment de la population ». Une réponse claire pour justifier la demande de retrait de la ville de Saint Denis de ce dispositif. Même son de cloche du côté de la Guadeloupe : les maires concernés, Henry Bangou (Pointe-à-Pitre – PPDG), (Basse Terre – UMP), ont pris leur distance avec cette proposition d’amendement. Quant à Victorin Lurel, le Député et Président du Conseil Régional, il s’y est farouchement opposé rappelant au passage que « …certes, ces charges existent, mais que la législation les a déjà pris en compte au travers de dispositifs relativement nombreux : la distribution de l’octroi de mer, avec une majoration en fonction de l’importance de la population ; la DGF, avec une dotation ville centre, même si elle n’est pas abondée ; le FRDE, fonds régional pour le développement et l’emploi. ».

On pensait donc, face à cette hostilité quasi unanime, que cet amendement serait définitivement retiré. C’était mal connaître les moyens d’action des snippers de service ! C’est en effet, à Christiane Taubira, députée Walwari – Guyane, qu’il a été demandé, le 7 janvier 2007, de représenter un nouvel amendement qui concerne exclusivement Cayenne et Fort de France. Dans son exposé, la députée guyanaise a levé le voile sur ce que l’on savait déjà :« Je me dois donc de respecter ma parole envers les maires de Cayenne et de Fort-de-France, mais, en même temps,de tenir le plus grand compte de ce qu’ont exprimé ici plusieurs parlementaires, en particulier les présidents d’exécutif régional ».Un spectacle tout à fait surréaliste où la députée guyanaise vole au secours du maire de la Ville Capitale avec, semble-t-il, l’approbation – pour ne pas dire la complicité – du Ministre de l’Outre-mer (voir quotidien F.A. Guadeloupe du11 Janvier 2007). Stupéfaits de cette intrusion dans « leurs affaires »les députés martiniquais sont montés au perchoir. Alfred Marie-Jeanne d’abord,avec sa verve habituelle : « Monsieur le Ministre, de grâce, faites retirer ces amendements qui n’honorent ni la démocratie,ni le travail parlementaire, ni le gouvernement ». Philippe Edmond-Mariette ensuite, pour faire remarquer qu’il était directement concerné puisque Fort de France est l’une des deux villes de sa circonscription.
Sentant que la mission devenait de plus en plus impossible et que la situation tournait au vinaigre, le Ministre de l’Outre Mer a proposé la paix des braves sous forme d’une déclaration de sortie de crise : « …personne ne peut nier que le problème existe. Je propose par conséquent d’organiser une table ronde au ministère de l’outre-mer, rue Oudinot, dans les quinze jours, selon des modalités que nous définirons ensemble. Je souhaite naturellement que les grands élus – présidents de région, présidents de département, parlementaires et maires – puissent se rendre à cette invitation, de sorte que, sans apriori et en mettant à plat l’ensemble du dispositif, nous puissions envisager de manière équilibrée la bonne méthode, les bons objectifs et le calendrier ».

Curieusement, en Martinique, toutes ces informations n’ont jamais été révélées au grand public et ce débat est passé presque inaperçu. En fait, il n’a pas dépassé le cercle restreint du microcosme politique mais nous ne sommes pas pourtant pas à l’abri d’un nouvel amendement dans les mois à venir à l’instar du sous-amendement sur le rôle supposé positif de la colonisation.

Coup de théâtre ! En guise de table ronde et d’une concertation prévue le 20 février 2007, le Ministre de l’Outre mer a renvoyé, sine die, l’examen de cette mesure.

Mort-né le projet de taxe additionnelle au secours des déficits cumulés de l’édilité foyalaise ? Il faut l’espérer ! Quoi qu’il en soit, on ne peut que regretter que le maire de Fort de France n’ait pas eu la délicatesse d’informer les contribuables que nous sommes, ni la population, des conséquences de ce nouvel impôt dont l’instauration ne remettrait en cause, en aucun cas, les erreurs manifestes de gestion de la Ville Capitale. Un surprenant silence au moment où on attentait de lui une prise de position officielle sur une décision qui engage le porte monnaie de chaque martiniquais en faveur de la ville de Fort de France.

Louis BOUTRIN