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SUR LA QUESTION DE L'APPROPRIATION CULTURELLE

SUR LA QUESTION DE L'APPROPRIATION CULTURELLE

   La chanteuse noire américaine BEYONCE est donc maintenant accusée de vouloir s'approprier la culture...africaine. Et par qui ?

    Par une nuée d'internautes africains et "afropéens", mais aussi certains Noirs étasuniens ! Elle subit même une démolition en règle suite à la sortie de son film visant, assure-t-elle, à valoriser "la culture noire". En passant de "Negro" à "Coloured", puis de "Coloured" à "Black Americans" et enfin de "Black Americans" à "African-Americans", la dénomination qui a fini par s'imposer aujourd'hui, les descendants d'esclaves du Mississipi, de l'Alabama, de Caroline du Sud, de Géorgie ou de la Louisiane étaient pourtant persuadés d'avoir obtenu leur "certificat d'Africanité". 

    On aurait pu penser, en bonne logique, qu'il aurait été mieux pour eux d'obtenir leur "certificat d'Américanité" puisque c'est en grande partie le travail de leurs ancêtres qui a permis de construire ce jeune pays âgé de trois siècles que sont les Etats-Unis. Car enfin, l'appropriation de l'Américanité par les seuls Blancs est un vrai scandale historique. Personne ne qualifie Donald TRUMP de European-American alors même que son ancêtre n'est arrivé aux Etats-Unis qu'au milieu du 19è siècle et n'a donc pas participé à l'édification de cette nouvelle nation ! D'ailleurs, cette édification repose tellement sur les épaules des Noirs que l'on redécouvre depuis peu l'existence des "cow-boys" noirs que John WAYNE et d'autres nous avaient cachés dans leurs westerns. Ce n'est certes pas très glorieux d'avoir participé à la Conquête de l'Ouest et donc à l'extermination des autochtones comanches, sioux, hopis et autres lakotas, mais bon, c'est l'histoire ! On n'y peut rien. Les cow-boys noirs ont donc contribué à construire les Etats-Unis que nous connaissons aujourd'hui. Plus "américains" ou "étasuniens" que les Noirs, certes le plus souvent à leur corps défendant, tu meurs !

   Que les Noirs renoncent donc aujourd'hui à leur Américanité au profit d'une Africanité fantasmatique, c'est leur problème à eux ! Enfin, pas tous les Noirs fort heureusement car la robe figurant le drapeau américain qu'a porté un jour Michelle OBAMA, à l'époque où son mari été président, ce qui lui a valu, tout comme BEYONCE, de violentes critiques, portait un message fort : "Les Etats-Unis, c'est nous ! Ce sont nos ancêtres qui ont érigé cette nouvelle nation. Tout autant que vous, les Blancs !". Peut-être que le message était trop subtil, trop subliminal pour être compris des cerveaux embrumés par Netflix, Snapchat, Whatsap, Facebook et autre Instagram (au fait, est-ce que se vautrer à longueur de journée dans ces outils inventés par les Blancs, ne serait-ce pas de "l'appropriation culturelle" ?).

                     

 

   La situation des Etats-Unis ressemble un peu à celle de la Martinique dans laquelle les Békés, en confisquant, après l'abolition de l'esclavage, le terme "créole" (du latin "creare") ont voulu faire croire qu'ils furent les seuls et uniques bâtisseurs de notre île. Avant l'abolition, il est question chez tous les chroniqueurs (Père LABAT, Père DUTERTRE etc.) et cela jusqu'à V. SCHOELCHER, du début du 17è siècle donc jusqu'au milieu du 19è, de "Blancs créoles" et de "Noirs créoles", mais subitement, à partir de 1848, nos chers Békés se sont mis à dire : "Ce pays est à nous !". Dans les années soixante, au moment des indépendances africaines, on a ainsi pu voir fleurir sur les murs de Fort-de-France ce graffiti scandaleux qu'est "Retournez en Afrique !". Comme si ce n'était pas les Nègres, les bras des Nègres, les épaules des Nègres, les reins des Nègres et aussi l'esprit des Nègres (langue, cuisine, pharmacopée, musique etc.) qui avaient construit la Martinique après l'effacement de la Wanakaéra amérindienne ! 

   Et l'on a, hélas, vu des esprits faibles ou tourmentés, pour abonder objectivement dans leur sens car la question est là : allons-nous abandonner un pays que nos ancêtres ont construit avec leur sueur et leur sang ? Allons-nous le laisser aux Békés et retourner en Afrique ? Ce sont ces mêmes esprits délirants en fait qui ont tenté de diaboliser les termes "Créole" et le discours de la Créolité (1989) alors même que les tenants de ce dernier ne disaient au fond qu'une chose très simple : "Ce pays est d'abord à nous ! C'est nous qui l'avons érigé, pas vous, les Békés !". Est-ce si difficile à comprendre ? En 1958, l'OJAM (Organisation de la Jeunesse Martiniquaise) l'avait pourtant déjà fièrement proclamé.

 

 

   Ce qui ne signifie pas du tout n'avoir plus aucun lien avec l'Afrique. Tout au contraire puisque comme l'écrivait A. CESAIRE : "Il faut domicilier l'Afrique aux Antilles." Autrement dit tout faire pour valoriser au maximum les éléments culturels africains de la culture martiniquaise sans pour autant chercher à éradiquer les autres apports (amérindien, européen, indien, chinois et levantin). 

   C'est le refus de l'Américanité aux Etats-Unis et le refus de la Créolité en Martinique qui conduit trop de Noirs de ces deux pays à des délires noiristes et qui aboutissent aujourd'hui à accuser BEYONCE d'appropriation culturelle parce qu'elle emprunte des choses à l'Afrique. Non, la chanteuse ne s'approprie rien du tout ! Elle s'emploie à domicilier, au sens césairien du terme, l'Afrique dans ce pays encore largement raciste que sont les Etats-Unis et c'est très bien comme ça.

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