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Stéphanie St-Clair, reine de Harlem d’après Raphaël Confiant, mis en scène par Nicole Dogué

Stéphanie St-Clair, reine de Harlem d’après Raphaël Confiant, mis en scène par Nicole Dogué

Nicole Dogué porte à la scène le roman de Raphaël Confiant sur Stéphanie St-Clair, gangster antillaise immigrée aux États-Unis au début des années 1910.

Qui était Stéphanie St-Clair ? Cette Martiniquaise née de père inconnu à Fort-de-France en 1886 perd sa mère très jeune, quitte l’école à 12 ans et après un bref emploi de bonne, débarque à New York au début des années 1910. Rapidement, elle arrive à monter un gang de malfrats et à mettre en place une loterie clandestine qui lui rapporte des centaines de milliers de dollars. Alors que Dutch Schultz de la Yiddish Connection ou Lucky Luciano de la mafia italienne tentent de prendre le contrôle de sa loterie, elle leur résiste, s’attirant le respect des habitants de Harlem. Si elle finit par conclure une trêve avec Schultz, et à payer une taxe aux Italiens, elle se venge du premier en lui envoyant un télégramme alors qu’il agonise sous les balles tirées par ordre de Luciano : « On récolte ce que l’on a semé ».

Les questions de l’exil et de l’identité

Dans ce parcours incroyable, ce qui intéresse aujourd’hui est moins l’ascension dans le crime que la quête d’émancipation de Stéphanie St-Clair. Raphaël Confiant, qui a écrit un roman sur sa vie en 2015 aux éditions Mercure de France, s’est ainsi demandé « comment une petite négresse de la Martinique ne parlant pas anglais, émigrée sans le sou, a pu parvenir à en imposer » à tous ces redoutables gangsters ? Car les handicaps étaient nombreux pour cette femme noire, étrangère et pauvre. Mais elle a su se battre et, malgré un combat individuel et contraire à la morale, développer un discours précurseur en matière de ce qu’on appellera les droits civiques. C’est sans doute pour cela que la metteuse en scène Nicole Dogué, qui porte pour la première fois le roman sur les planches, dans l’adaptation d’Isabelle Kancel qui joue aussi le rôle de Stéphanie St-Clair, trouve dans ce texte un témoignage qui invite à se réinventer et à se construire une identité nouvelle. Un message d’une grande modernité.

 

Isabelle Stibbe

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