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Retraites : qu’en est-il de la situation des non-fonctionnaires ?

Yves-Léopold MONTHIEUX
Retraites : qu’en est-il de la situation des non-fonctionnaires ?

J’ai écrit à plusieurs reprises qu’il n’est pas juste qu’en Martinique, aux caisses des supermarchés, se retrouvent deux catégories de citoyens : ceux qui bénéficient de la majoration de salaires de 40%, et les autres. Les fonctionnaires ayant la garantie de l’emploi, cet avantage peut être considéré comme une prime supplémentaire à cette garantie. S’il était justice et conforme à leur dignité d’aligner le traitement des fonctionnaires autochtones sur celui des métropolitains, il est moralement insatisfaisant qu’à l’injustice passée ait succédé celle qui, sur un même territoire, fait la différence entre les fonctionnaires et ceux qui ne le sont pas, c’est-à-dire tous les autres.

Les ouvriers ont toujours été solidaires des fonctionnaires

Certes, les bénéfices de l’ascension sociale assez largement répartie ; elle a conduit à ce que de nombreuses familles martiniquaises possèdent un ou plusieurs fonctionnaires en leur sein. Ce facteur de solidarité est la face heureuse d’un phénomène qui n’en est pas moins une injustice sociale décidée par décret et qui place les familles dans des positions inégales. La question se pose aujourd’hui de l’application d’une nouvelle étape en faveur des fonctionnaires : l’extension de la majoration des 40% à leur pension de retraite, comme c’est le cas dans le département de la Réunion. Ainsi donc, la grève et les manifestations de rue qui perturbe la vie scolaire depuis 2 mois vise d’abord à l’amélioration de la situation des fonctionnaires. Sauf que si, en 1952, il était question de justice et de dignité, il s’agit d’abord, 50 ans plus tard, de confort.

Comment mieux dire, en effet, que l’intérêt des écoliers soit relégué au second plan, alors qu’ils en sont les toutes premières victimes ? Que non, disent les enseignants ! Selon ces derniers, le rattrapage des savoirs n’est pas un problème. Finies les griefs habituels, finie la pénibilité, finies les souffrances, finies les congés de maladie, des cours seront généreusement dispensés par des professeurs qui, dans un élan unanime, feront acte de « volontariat ». Les parents sont invités à oublier l’adage que leur ont appris leurs vieux maîtres : « le temps perdu ne se rattrape jamais ». Oubliée également, grâce à des prouesses pédagogiques insoupçonnées, la vieille rengaine de fin d’année : « on n’a pas eu le temps de finir le programme ». D’ailleurs, quoi qu’il arrive, tous les élèves devraient réussir au bac, on vous le jure.

Qu’importe que nos parlementaires s’érigent en ambassadeurs d’une population scolaire qu’ils n’ont pas consultée. Le mouvement se poursuit qui, tout en aidant à l’ampleur du mouvement, a le mérite de rendre probable le paiement des jours de grève. Manifester sans grand risque de perdre leurs salaires, c’est donc tout bénéfice pour les enseignants, chefs de files des autres fonctionnaires, plus réticents à se mettre en grève. En effet, plus nombreux et fortement syndicalisés, les profs ont le soutien d’associations de parents d’élèves et sont encadrés par des chefs d’établissement qui ne sont pas de vrais directeurs.

Pour un juste retour de solidarité en faveur des ouvriers

 

Toutefois, ne pourrait-on pas envisager de leur part un devoir de réciprocité envers les autres Martiniquais : les parents d’élèves moins fortunés et surtout ceux qui ne sont pas fonctionnaires et qui, en diverses circonstances, les ont aidés à obtenir ou consolider les « 40% » ?

Ainsi, en 1978, il avait suffi que le secrétaire d’Etat des DOM, Paul Dijoud, envisageât la suppression des 40% des fonctionnaires pour que, promptement, se mît en place une coordination syndicale, avec pour mot d’ordre : « Fonctionnaires, ouvriers, même combat contre la vie chère ». Au cours de la manifestation d’hostilité « coordonnée » qui s’ensuivit, le ministre n’avait dû quitter l’aéroport par hélicoptère. Mais ce fut comme un fusil à un coup. En effet, une fois satisfaite la revendication des fonctionnaires, la « coordination » fut jetée aux oubliettes et, avec elle, le combat pour la vie chère …pour les ouvriers.

Certes, il n’est pas responsable d’envisager que la majoration de 40% puisse être étendue à tous les travailleurs du privé. En revanche, une disposition réglementaire permet aux fonctionnaires de bénéficier pour la retraite d’une bonification d’ancienneté de 1 année pour 3 ans de service effectué « hors d’Europe ». Cette mesure, comme pour les 40% et la prime d’éloignement, visait à encourager les Français « d’Europe » à se faire affecter en Outre-Mer. Dans la réalité cette bonification est accordée aux fonctionnaires, venant d’Europe ou non, exerçant en outre-mer, quelle qu’en soit la durée. Ainsi, à 30 années d’exercice professionnelle dans un DOM, il s’applique une majoration d’ancienneté de 10 ans. De sorte que celui qui intègre la fonction publique en Martinique à 30 ans, est assuré de l’ancienneté suffisante, le jour de la retraite venue, pour bénéficier d’une pension complète.

Aussi bien, le moment n’est-il pas venu, pour les fonctionnaires, de proposer un juste retour de solidarité en faveur de tous les travailleurs exerçant en Outre-Mer, qui ne sont pas des fonctionnaires ? N’est-ce pas l’occasion, pour les élus et les fonctionnaires, dans une solidarité et une coordination retrouvées, d’obtenir le bénéfice de cette majoration de droits à pension, ou toute mesure approchant, pour des compatriotes qui ne sont pas fonctionnaires et qui les ont toujours aidés.

Fort-de-France, le 13 février 2020.

Yves-Léopold Monthieux

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