Accueil

Racisme colonial implanté : l’apartheid à la française aux Antilles. C Delarue

amitie-entre-les-peuples.org

Racisme colonial implanté : l’apartheid à la française aux Antilles.

(Suite à une discussion avec une amie vivant à la Martinique depuis quelques années)

Un récent reportage TV sur les inégalités sociales profondes et le racisme de l’île St Martin, avec paradis fiscal et prostitution au sud (partie hollandaise) et grande pauvreté et richesse au nord (partie française) , incite à s’intéresser aux Antilles. Le tourisme y est prospère sur fond de belles plages et de mers chaudes, mais la situation sociale des habitants est faite de profondes inégalités sociales et d’absence de République digne de ce nom. Il faut en vérité parler de République bananière avec ses corruptions et son absence d’Etat social.

La Martinique et la Guadeloupe (située à environ 150 km plus au nord) sont deux îles françaises de l’archipel des Antilles, situé dans la mer des Caraïbes. La mer des Caraïbes s’étend des côtes du Vénézuéla (île Trinidad) aux côtes de la Floride aux USA.

La gauche française métropolitaine, qui se préoccupe beaucoup, et à raison, de la situation palestinienne à Gaza et en Cisjordannie, ne devrait pas oublier de réduire et abolir l’apartheid raciste lourd et bien implanté en Martinique et en Guadeloupe. La Révolution française a oublié de réduire la domination économique et raciste des Békés dans ces îles.

Depuis le premier semestre 2009 les nombreux métropolitains qui ne sont jamais allée sur ces îles ont entendu parlé de la grande grève contre la « pwofitasyon » et des collectifs de lutte nommés en créole Liyannaj Kont Pwofitasyon, dit en abrégé en LKP et qui signifie en français « Collectif contre l’exploitation outrancière ».

1) Racisme et eugénisme des Békés.

Question : Vous êtes un béké, qu’est-ce qu’un béké ? Réponse de Monsieur HAYOT : C’est ce qu’il y a de mieux. Les békés c’est le… ce sont les descendants des blancs européens qui se sont reproduits en race pure dans les colonies. » Monsieur Alain HUYGUES-DESPOINTES déclare lui : « Quand je vois des familles métissées, enfin blancs et noirs, les enfants sortent de couleurs différentes, il n’y pas d’harmonie. Il y en a qui sortent avec des cheveux comme moi, il y a d’autres qui sortent avec des cheveux crépus, dans la même famille avec des couleurs de peau différente, moi je ne trouve pas ça bien. On a voulu préserver la race. »

Nul ne saurait s’étonner que les préjugés racistes perdurent massivement sur ces îles sous la forme de fainéantise de ces antillais et de territoires subventionnés par la République (la métropole) . Ces mensonges permettent de masquer que ce sont les colons esclavagistes - les Békés - constitués en « race pure » (selon eux) qui reçoivent les subventions, qui s’approprient les industries de la banane et de la grande distribution et qui font travailler à bas salaires la population locale. Ceux qui ne font rien, qui se prélassent dans les jardins des villas de luxe ce sont surtout les Békés (pas tous certes). Ceux qui travaillent dans les plantations avec salaires de misère ce sont les autres. Tout le peuple-classe de ces deux îles ne sont pas pauvres mais il est faux d’affirmer que « la départementalisation a fait disparaître une misère économique et sociale qui trouvait son lit dans le vieux monde de la canne » (1). Il y a eu réduction pas disparition.

Évoquer un racisme colonial implanté ne veut pas dire racisme théorisé et officialisé comme jadis en Afrique du sud mais racisme latent issu d’une domination coloniale et quasi-esclavagiste maintenue sous les apparences de la République.

2) « Il y a des békés smicards. Il y a des békés au chômage... »

Comme suite au fameux film « Les derniers maîtres de la Martinique » (2) la réponse « béké » a été « Il y a des békés smicards. Il y a des békés au chômage... » Certes il peut y avoir des békés pauvres mais cela n’enlève rien au fait historique et actuel d’une très forte domination économique des Béké. Une domination soutenue par l’Elysée c’est à dire par les différents gouvernements de la République. On aimerait d’ailleurs connaître ici une différence d’approche entre la droite et le PS. On souhaite surtout qu’une gauche vraiment « à gauche » décide de casser cette domination.

Car au delà de cette particularité historique Patrick Bruneteaux fait observer que (3) : « Le remarquable reportage récent de Romain Bolzinger sur les colons créoles dits « Békés » et intitulé Les derniers maîtres de la Martinique, insiste sur le coût de la vie engendré par les marges bénéficiaires conséquences voire scandaleuses que s’octroie cette petite caste néo-coloniale dominant économiquement ces deux îles. Bien sûr, une centaine de grandes familles békés représentant 1% de la population générale détient presque la moitié des supermarchés, deux tiers des terres agricoles et presque tout l’agro-alimentaire ; ce qui induit une situation de quasi monopole sur toute la filière alimentaire. Cependant, s’en tenir à ce constat, c’est ne pas voir que l’ensemble de ces départements dits ultra-marins fonctionnent sur une logique néo-coloniale que la survivance de la caste raciste, phénomène unique dans le monde, ne fait que révéler de manière superficielle ».

Christian DELARUE

Notes :

1) Les Antilles françaises ou les vestiges de l’Empire ? Les aléas d’une citoyenneté sociale outre-mer par Silyane Larcher

http://www.laviedesidees.fr/Les-Antilles-francaises-ou-les.html

2) Les derniers maitres de la martinique (canal plus)

http://www.youtube.com/watch?v=Un-Lj07HPuo

3) in La crise sociale aux Antilles françaises de Patrick Bruneteaux

http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/160209/la-crise-sociale-aux-antilles-francaises

 

Source : http://amitie-entre-les-peuples.org/Racisme-colonial-implante-l