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QUAND "NOTRE PRESIDENT" SE REFUSE A SOUTENIR BERNIE SANDERS

Raphaël Confiant
QUAND "NOTRE PRESIDENT" SE REFUSE A SOUTENIR BERNIE SANDERS

  Chacun se souvient de l'hystérie collective qui avait frappé tous les "Noirs" du monde lors de la première élection de Barack OBAMA à la présidence des Etats-Unis.

 D'un seul coup, ils affirmaient avoir enfin "leur" président ! Des banlieues françaises aux faubourgs de Dakar ou de Kinshasa, des quartiers urbains de la Martinique aux favelas de Rio, tout le monde exultait. Deux éminents écrivains martiniquais se fendirent même d'un article intitulé "OBAMA, le premier président créole". A Saint-Anne, ville du sud de la Martinique, dirigée alors par des souverainistes, un "vidé" (pour les non créolophones : sorte de retraite aux flambeaux) avait même été organisé le soir de son élection et on avait défilé, drapeau rouge-vert-noir souverainiste et drapeau étoilé yankee dans les mains !!!
  Or, j'avais fait le malheur de publier un article intitulé "L'Obamisme ou la maladie infantile du noirisme", ce qui, évidemment, me valut l'habituelle volée de bois verts de la part de tous les exaltés (chose dont je n'en eu rien à fiche). Je n'avais pourtant fait que rappeler des évidences ! A savoir que, tout d'abord, les Noirs américains ne représentaient que...12% de la population des Etats-Unis et que si un Noir parvenait à entrer à la Maison Blanche, c'est qu'il avait forcément obtenu l'aval de l'establishment "blanc". J'ajoutais que les seules personnes qui pouvaient se réjouir de cette élection étaient précisément les Noirs américains car OBAMA ne pouvait rien faire pour un Antillais de banlieue hexagonale ni pour un habitant des favelas brésiliennes. Enfin, je concluais, provocativement, ledit article en demandant que l'on sorte du noirisme parce qu'aucun Hongrois ne s'était réjoui de l'élection de SARKOZY à la présidence française ni aucun Syrien de celle de Carlos MENEM à celle de l'Argentine ni aucun Japonais de celle d'Alberto FUJIMORI à celle du Pérou. Mes détracteurs avaient alors invoqué, comme à leur habitude, la spécificité du cas des Noirs victimes de la Traite, de l'Esclavage, de la Colonisation et du néo-colonialisme. Pour ces personnes, tout Noir est forcément donc le "frère" de tous les autres Noirs du monde ! 
   Ouais... 
 Sauf qu'à peine deux semaines après son élection, OBAMA envoyait 30.000 soldats supplémentaires en Irak. Sauf qu'OBAMA avait publiquement porté son soutien au candidat à l'élection présidentielle française, Nicolas SARKOZY. Sauf qu'en Afrique noire, OBAMA n'avait rien fait pour soutenir les opposants aux dictateurs qui pour certains y sévissent depuis trois ou quatre décennies. Sauf qu'OBAMA n'avait pas bougé le petit doigt pour contrer la colonisation totale de la Palestine et la transformation des maigres territoires qui restaient aux Palestiniens en néo-bantoustans. La seule action positive à mettre à son actif fut le desserrement du blocus qui étrangle Cuba depuis soixante ans, sauf que c'est une ancienne revendication des grands fermiers du Middle-West qui ont toujours souhaité y exporter leur blé et leur maïs. Mais dans le même temps, la CIA mettait déjà tout en œuvre pour tenter de renverser Hugo CHAVEZ au Venezuela !
  Rien de choquant à cela : OBAMA agissait comme un président des Etats-Unis. Pas comme "le Président de tous les Noirs du monde" comme se l'étaient imaginé les noiristes. Il défendait les intérêts de son pays, c'est tout. Par contre, oui, en deux mandats, il a beaucoup œuvré pour ses compatriotes noirs, ne serait-ce qu'avec l'Obamacare permettant aux plus démunis d'avoir une couverture médicale dans un pays où les plus pauvres peuvent décéder à l'entrée d'un hôpital parce que leurs familles n'ont pas les moyens de les y faire prendre en charge. Autrement dit, si j'avais été Américain, j'aurais voté à deux mains pour lui. Car ce n'est pas rien non plus quand, durant huit longues années, chaque fois qu'il ouvrait sa télé, un enfant ou un adolescent blanc voyait que son président était un Noir. Cela n'a pas pu, subliminalement, ne pas contribuer à améliorer l'image des Noirs US auprès des Blancs US, surtout chez les jeunes générations.
  Malheureusement, je ne suis pas américain. Ni non plus les habitants des faubourgs de Dakar ou des Favelas de Rio. Croire donc qu'Obama__je persiste et signe__pouvait améliorer le sort de tous les Noirs du monde relevait du pur infantilisme et d'une ignorance crasse de la géopolitique. Mais le plus comique était à venir : une fois ses deux présidences terminées, OBAMA s'est tout naturellement acheté un vaste manoir dans la région la plus huppée de la côte Est des Etats-Unis, Martin's Vineyard. Or, les mêmes qui, quelques années plus tôt l'avaient porté aux nues, se mirent à le démolir : "traître", "vendu aux Blancs" et blablabla !!! Rien de choquant dans cette acquisition immobilière pourtant : tout Américain qui a réussi à accomplir "le rêve américain" cherche à habiter dans ce petit paradis. Point barre ! Qu'est-ce que s'imaginaient les noiristes ? Qu'une fois à la retraite, OBAMA retournerait vivre au Kenya, le pays de son père ?
 La prochaine élection présidentielle américaine prouve une fois de plus qu'il était et est toujours un membre de l'Establishment. En effet, alors que le "socialiste" Bernie SANDERS a le vent en poupe, OBAMA n'ouvre pas la bouche, mais laisse entendre, ici et là, à coups de petites phrases assassines, que SANDERS n'est pas le bon candidat pour le Parti démocrate parce que "Les Etats-Unis ne sont pas un pays révolutionnaire" !!! Il soutient, sans le dire publiquement, son ex-vice président Joe BIDEN qui n'est qu'un OBAMA blanc. Or, il aurait suffi qu'il se prononce en faveur de Bernie pour que l'immense majorité des Noirs US, membres du Parti Démocrate, portent leurs voix sur ce dernier.
  Si SANDERS perd l'investiture, on verra à nouveau tous "les Noirs du monde" accabler OBAMA comme ils l'ont fait lors de l'achat de son manoir. Rien de choquant pourtant : être Noir ne signifie pas automatiquement être socialiste, communiste ou révolutionnaire. Effectivement, SANDERS a des idées très à gauche pour un pays comme les Etats-Unis et son dernier coup d'éclat le prouve : il a refusé de participer au dîner annuel de l'APAIC, l'organisation juive américaine farouchement pro-israélienne au motif que leur soutien au plan criminel de TRUMP, le pseudo "accord du siècle", viole "les droits légitimes des Palestiniens". Pendant ses deux mandats, kippa bien vissée sur la tête, OBAMA, lui, avait assisté à tous leurs dîners !
  Est-ce être hostile à OBAMA que de dire tout cela ? Non ! Et cela pour une raison toute simple, banale même : Il était et est avant tout un Américain qui a agi en tant qu'Américain. Il n'est ni Brésilien ni Martiniquais ni Noir d'une banlieue française ou anglaise ni Africain ni Aborigène australien. Qu'un président de l'Empire américain soit noir, blanc, jaune ou vert, nous qui ne sommes pas américains, n'avons rien à attendre de lui car son "job", son devoir même, est de défendre son pays, pas sa...race. Et cela, répétons-le, n'a absolument rien de choquant. 
 Si par miracle Bernie SANDERS en venait à être élu, il sera, lui, aussi, en dépit de ses idées admirables, confronté à cette implacable réalité...

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