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Quand allez vous changer votre regard ?

Térèz Léotin

Permettez que cette note, qui nous amène à évoquer la grammaire, introduise mon propos :  " [Dans la langue française les genres ne sont pas masculin ou féminin mais il faut savoir distinguer le « genre non marqué » et le « genre marqué féminin ». Ainsi, dans le cas où nous parlions d'un groupe d'étudiants, celui-ci pourrait se composer d'hommes, de femmes ou d'un ensemble des deux tandis qu'un groupe d'étudiantes sera exclusivement composé de femmes. En plus, l'accord des groupes de mots mixtes (ex : un étudiant et une étudiante sont venus ce matin) se fera  en utilisant le genre non marqué.]

Cette règle peut paraître équivoque pour certains, aussi  est-elle fort souvent abrégée et l'on dit aisément : « le masculin l'emporte sur le féminin ». C'est plus simple. Cela va vite, et on fait les accords sans trop avoir à supporter une grande réflexion, alors qu'il serait correct et moins méprisant pour les femmes   de dire : " seuls les groupes exclusivement féminins sont féminins, les autres utilisent le genre non marqué. " 

Nous avons accompli ce détour grammatical, parce que nous nous demandions si, pris aussi, au pied de la lettre, ce point de vue : "le masculin l'emporte sur le féminin », n'aurait fait  certains adopter la posture sexiste qui les anime et les amène à penser, que si "le masculin l'emporte sur le féminin", il irait  de soi  que la femme ne pourrait être qu'inférieure à l'homme. Or, "la prise en compte des  caractéristiques différentes des deux genres masculin et féminin n' implique plus comme avant, l'attribution de rôles, droits et devoirs distincts dans la société". Madame Mencé-Caster est une femme, n'est-elle pas Présidente d'Université ? Madame Merkel n'est-elle pas femme et n'est-elle pas chancelière ? Il nous semble, hélas,  qu'au sein de notre  société martiniquaise,  un certain mépris s'entête à  demeurer et perdure. La femme n'est pas capable d'agir : cherchez l'homme. C'est lui le tireur de ficelles de cette marionnette charnue.

Quand allons-nous  arrêter d'attribuer un caractère intellectuel, un rôle, des prédispositions physiques et affectives en fonction du sexe ?

Pourquoi la femme ne pourrait-elle penser de son propre chef ? Pourquoi ? Quand va-t-on arrêter de dire que ce sont les hommes qui motivent les actions des femmes ? Pourtant, selon la Bible  c'est la première femme Ève,  qui aurait pris l'initiative d'offrir, dit-on, la pomme à son Adam de compagnon. Ne pourrait-on se dire que dans sa grande bonté le Créateur, avait  prévu le subterfuge de la pomme, pour faire homme et femme parvenir à la Connaissance ?

Ne peut-on penser positivement ? Pourquoi devrait-on comprendre que lorsque les choses sont négatives, les femmes sont à la hauteur et que lorsque ces actions sont réfléchies,  elles sont le fruit du travail de l'homme qui les y pousse ? Quand, mais quand va-t-on arrêter de croire que les femmes sont les objets des hommes ? Quand va-t-on arrêter de penser que les femmes ne sont que des imbéciles, des potiches incapables d'agir par elles-mêmes ? Quand arrêtera-t-on ce  sexisme  ? Cette  méthode  discriminatoire  continue de se propager au 21ème siècle, dans les colonnes d'un journal qui  s'appelle cependant le Progressiste. Dans sa revue, du Mercredi 24 juin 2015, ce canard véhicule l'idée que Madame Mencé-Caster n'est pas capable de réfléchir et d'agir seule, puisqu'elle est selon leurs dires, manipulée par un marionnettiste nommé Confiant (lequel nous le savons tous, ne fait même pas partie de la gouvernance de l'Université !  ) Nous pensions que ce journal représentait l'image, la pensée  progressiste. Trois fois hélas, il n'a de Progressiste que le nom. Vous vous dites  progressistes, et vous refusez de croire qu'une femme soit, elle aussi  capable, d'agir, de réfléchir au même titre que l'homme. Devrait-on vous croire  Naïfs, et votre pensée serait-elle encore  plutôt rétrograde ? Et dire qu'il y a des femmes dans votre entourage !

 Quand ?  Dites-le nous. Quand allez-vous changer votre regard ? Pour toutes les femmes, de Martinique et celles du monde entier, nous vous disons : merci de changer vos lunettes.

 Il se fait déjà tard, demain sera, nous l'espérons pour vous, un autre jour, celui où l'égalité et la complémentarité de vos mères, sœurs, filles, de tout ce qui compose votre entourage féminin, proche ou lointain seront, par vous du Progressiste, enfin prises en considération.

Le 27/06/15, Térèz Léotin, écrivain.

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