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POURQUOI LES NOMS MALGACHES SONT-ILS SI LONGS ?

Parce qu'ils en disent long sur ceux qui les portent. Une histoire, un destin, un vœu inscrit au plus profond de soi. Mais les temps ont changé.

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Il est des noms incontournables, entrés dans l'Histoire, ou qui occupent<br /> l'actualité

style='font-size:11.0pt;font-family:Arial;color:black'>Il est des noms
incontournables, entrés dans l'Histoire, ou qui occupent l'actualité. Or même
les journalistes trébuchent sur ceux de personnes, notamment politiques, dont
ils traitent.

Si désormais on sait href="http://www.slateafrique.com/74/comment-prononcer-le-nom-de-laurent-gbagbo"
target="_blank">comment prononcer Gbagbo, à Madagascar, crise politique
oblige, les noms de href="http://www.slateafrique.com/87/madagascar-le-risque-du-pouvoir-absolu"
target="_blank">Marc Ravalomanana et de Andry Rajoelina causent également
quelques soucis.

Dans leurs rapports avec les vazaha (étrangers),
les Malgaches sont href="http://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=236151373777&id=220996456831"
target="_blank">bien conscients et se gaussent du choc que peut susciter
leurs noms. Mais parfois, rien n'y fait, ça coince, ça bute, ça écorche, ça
gêne. Pourquoi les href="http://malagasymiray.net/2007/02/09/la-liste-des-cents-plus-grandes-personnalites-malgaches-de-lhistoire/"
target="_blank">noms malgaches sont-ils si longs?

A
chacun son nom, signe du destin

Parce qu’ils signifient beaucoup de choses —c’est le moins que
l’on puisse dire. Un nom malgache a toujours un sens, littéral, mais il peut
donner lieu à certaines interprétations. Sonder les noms malgaches, c’est
pénétrer au cœur de la mentalité et des coutumes de l'île. Un univers qui
diffère totalement des représentations occidentales.

Originellement, à Madagascar, il n’y a pas de
noms patronymiques que l’on se transmet au sein d’une même famille: un nom se
rattache à un individu unique. Il n'est pas rare de constater que des frères et
soeurs ne portent pas le même nom. C' est surtout vrai au sein des anciennes
générations de Malgaches.

Le choix et l’attribution d’un nom à un enfant,
généralement par les parents, relève de divers critères et circonstances. Reste
qu'il n’y a pas de règles communes partagées dans toute l’île, empreinte d’une
diversité culturelle remarquable.

Le linguiste href="http://www.bibliomonde.com/auteur/narivelo-rajaonarimanana-1741.html"
target="_blank">Narivelo Rajaonarimanana souligne que «le nom malgache
n'est pas une étiquette. C'est un souhait, un destin, une parole qui contredit
un mauvais destin, un souvenir du jour de naissance, une combinaison de noms de
parents ou d'ancêtres»
. Autant de circonstances qui occupent une place
primordiale à Madagascar, une île que ses habitants considèrent comme la «terre
des ancêtres», tanindrazana.

Certains noms affichent une lignée d’un
ascendant à qui l’on veut faire honneur, rendre hommage. Ainsi, les préfixes
zafi- (petit-fils, petite-fille) et zana- (fils ou fille, étant donné qu’il n’y
a pas de distinction de genre en malgache) sont souvent utilisés. Mais un nom
peut aussi faire référence à la qualité de parent, d’où les préfixes rai-
(père) et reni-, (mère).

Par ailleurs, sur les hautes terres centrales de
l’île, le préfixe Ra-, qui est une marque de politesse, est souvent présent au
début du nom. Autre récurrence dans les noms des gens des hauts-plateaux, le
terme andriana qui signifie noble, prince.

«L'astrologie joue un rôle important pour
l'attribution des noms»,
note Rajaonarimanana. Cette pratique est très vivace en
milieu rural, où l'on peut faire appel à un ombiasy (devin) et où l'on
a également souvent recours à l'horoscope.

Une étude réalisée par Samuel Rasolomano et
publiée en 1905 par le journal Mitari-dàlana recense href="http://razafimalala.free.fr/Fomba/naissance_prenom.htm" target="_blank">24
sources d’inspiration pour les noms malgaches. Parmi elles, l’expression du
caractère (physique ou moral), de l’amour filial (vœu d’un amour parfait,
d’avoir un remplaçant etc.), le prestige (richesse, honneur etc.) sont les plus
fréquentes, avec l'astrologie. Ainsi, «les noms sont à usage mnémotechnique
pour se souvenir du destin d'une personne».

Record
de longueur sur les Hautes Terres

Traditionnellement, les noms malgaches
présentent une autre spécificité originale: ils ne sont pas forcément
permanents. En effet, le Malgache peut tout au long de sa vie changer de nom: à
sa naissance, lors de la circoncision pour les garçons, à l'âge adulte, après
son mariage, à la naissance de son premier enfant, et même à sa mort. L’octroi
d’un nom potshume était une tradition officielle dans la royauté merina mais
aussi chez les Sakalava, vivant dans tout l'ouest de Madagascar.

Tous les noms malgaches ne sont pas aussi longs
que certains veulent le croire. Des Rakoto et Rabe foisonnent, et peuvent être
comparés à des noms français comme Dupont et Martin.

Ce sont les habitants des hauts-plateaux, issus
des ethnies merina et betsileo, qui détiennent la palme de la longueur. Et
parmi eux, les souverains et lignées royales se distinguent nettement. Le plus
illustre d’entre eux, qui a unifié l’ensemble des princes merinas et, au-delà,
étendu fortement son territoire par conquête ou par alliance au XVIIIe siècle,
est connu sous le nom d’Andrianampoinimerina, «le prince désiré par l’Imerina».

Mais le champion toutes catégories est un prince
qui a régné de 1650 à 1670, répondant au nom d' href="http://en.wikipedia.org/wiki/Andriantsimitoviaminandriandehibe"
target="_blank">Andriantsimitoviaminandriandehibe. Trente et une lettres
qui signifient «le prince qui n’est pas semblable aux autres grands princes»
—comprendre qu'il est «mieux». Quant à sa fille aînée, elle s’appelle href="http://madatana.com/tombeau-ambohitrimanjaka.php" target="_blank">Ranavalontsimitoviaminandriana,
un nom qui présente un air de famille évident. Pourtant, les femmes malgaches,
notamment en pays merina, ne portent pas le nom de leur père.

La
prononciation qui tue, une question de caractères

Outre la longueur, la prononciation des noms
malgaches représente une énigme supplémentaire pour les non-malgachisants, puisque
cela relève de la phonétique. Pour les Ocidentaux, la familiarité que laisse
supposer l’usage de l’alphabet latin n’est que façade. La href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Malgache" target="_blank">langue malgache
fait partie de la famille des langues austronésiennes, et plus précisément de
la branche des langues malayo-polynésiennes.

L’accentuation joue une place importante et
toutes les syllabes ne se prononcent pas avec la même intensité, voire
s’effacent dans la langue parlée. C’est le cas de la dernière syllabe: ainsi
Rajoelina se prononce «radzouel» et, comme l’a précisé avec humour
l’enseignant-chercheur href="http://mediateur.blogs.rfi.fr/article/2009/03/26/le-malgache-en-francais"
target="_blank">Jean-Pierre Domenichini, le nom du président français
Nicolas Sarkozy se prononcerait en malgache «sarkouj».

En fait, la langue malgache de l’Imerina sur
laquelle fut basée le malgache moderne s’écrivait jusqu’au premier tiers du
XIXe siècle en caractères arabes; c’était le sorabe ou arabico-malgache.
L’introduction de l’alphabet latin découla d’une décision royale sous la
pression des missionnaires qui voulaient traduire la Bible dans la langue
nationale, mais dans leur propre alphabet. Est-ce à dire que ce changement de
graphie a eu target="_blank">un impact sur le nombre de caractères? On peut le penser,
mais sans en tirer de conclusion significative.

L'avènement
du patronyme et le règne des sobriquets

Dans ces conditions, comment retenir l’identité
de personnes portant des noms malgaches excessivement longs et difficilement
prononçables —d'autant plus que les noms varient au cours de leurs vies ?

En fait, la colonisation puis l'Etat malgache
post-colonial ont imposé peu à peu la mise en place d'un Etat civil moderne. Si
les prénoms choisis pendant la période coloniale étaient systématiquement issus
du calendrier chrétien, ceux attribués après l'indépendance de 1960 sont href="http://www.madascope.com/prenom.html" target="_blank">typiquement
malgaches. On le remarque par exemple dans le couple Marc Ravalomanana et
Andry Rajoelina. L'autre grande mutation concerne l'émergence d'un nom
patronymique, transmis de génération en génération, même si la tradition
résiste mieux à la campagne.

Cela dit, en dépit du fait que l'Etat civil
moderne a figé les noms malgaches, devenus patronymiques mais aussi
dépersonnalisés, une certaine créativité demeure avec l'usage répandu de
sobriquets. Une personne qui s'est rendue célèbre sous un nom particulier
demeure attachée à celui-ci: des noms d'artistes, des pseudonymes, ou des
surnoms qui collent à la peau et qui détrônent le patronyme.

Rajoelina est ainsi devenu «TGV» grâce à sa
vitesse d'ascension dans les affaires, puis dans la politique. Ravalomanana a
déjà plusieurs surnoms dont «Ramose» (Monsieur), plutôt ironique, et «Dada»
(père), paternaliste.

Autre exemple, le célèbre avocat malgache Willy
Razafinjatovo, ténor du barreau de Madagascar, qui s'était fait remarquer quand
en 1972 il avait pris la tête du href="http://www.madagascar-tribune.com/De-1972-a-2009-l-eternel,11989.html"
target="_blank">mouvement de contestation qui aboutit à la chute du régime
du président Tsiranana. Aujourd'hui encore, on salue en lui href="http://lexpressmada.com/4332/amnistie-madagascar/1565-maitre-olala-interpelle-la-hat.html"
target="_blank">Maître «Olala», une onomatopée qu'il affectionne
particulièrement.

style='font-size:11.0pt;font-family:Arial;color:black'>Philippe Ramasombazaha,
Ralahifotsy, Randrianarimanana

L'explication remercie le professeur Narivelo
Rajaonarimanana et href="http://www.inalco.fr/ina_gabarit_rubrique.php3?ctx=langue&id_rubrique=47&id_departement=1&id_langue=54&ina_rubrique_departement=1173&ina_rubrique_langue=1044"
target="_blank">la section malgache de l'Institut national des langues et
civilisations orientales à Paris.

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