Accueil

POPULEUX LAURICISQUE ET PORT DE PȆCHE POINTOIS

«Lauricis... que », nom administratif retouché dit-on par la municipalité pointoise alors, communis... que. Rajoût final pour ennoblir le quartier, ou bien hommage phonique à la francis... que et son marteau ? Car ce cadre populeux était tout bonnement entendu « Loricis » en son antan, charbonné «Lorisis» par les moins écolés, et que d’aucuns se plaisaient à chiffrer: « Lori VI ». Le toponyme viendrait, pour certains vieux, de « l’eau ici (sise) », pour cause d’une source autrefois vive, et donc tarie...

Le quartier fut longtemps un grouillant fer-blanc-ville à ponch, la boue et dominos, en ras de mer d'une zone longtemps négligée de l’ancienne Pointe-à-Pitre. Reste encore un noyau dur de cases de tradition, vétustées, scotchées ou re-parées, avec chantiers de canots de pêche ou plaisance. Bordé par endroits d’amandiers et manguiers, le site a vu le remplacement progressif des cases par HLM aux noms d’arbustes acacia, héliconia… Et les fameuses Tours Gabarre, écorche-ciels à 19 étages, sinistres taudis-building enfin dit-on promis à l’implosion rénov'urbaine... Le port de pêche vibre au petit matin. L’eau d'en mer y stagne puamment par endroits, comme dans toute marina où l’homme a fait main basse sur un frais bord de mer vivant… Lauricisque procure aux gens de l’à-l’entour et du plus loin du frais poisson-casier, ou grande daurade tranchée pour vous sur un billot dans l'encoignure.

Lauricisque c'est aussi le restaurant "Aka Man Dolmare". Son court-bouillon concocté avec un secret par la dite dame (aujourd'hui retraitée) et ses gentill’aises commères, avec son racines, son banane jaune ou son riz-pois rouges, est goûteux et bien tassé. S'y croisent en bas la tôle chaque midi le petit banquier cravaté à BMW, le non moins petit touriste aéré en bermuda-tongs, et divers spécimen de passage variant toutes couches villoises ou communales.

En attendant dans un bruit de vivier loquace l’arrivée du plat copieux sur son chariot poussé par souriantes donzelles, précédé du ti hors-d'œuvre akaz, le client s’arrose d’ores et déjà de ti-punch, d'ordinaire limonade, soda, ou vin rouge pas cher, sur glace concassée-main, sortie à la cuiller d’en seau à champagne. Cailloux-fraîcheur qu'on fait tourner avec le doigt, et donc bruitage de verre glik-glok-glak dans le ravi grouillant.

Chez Man Dolmare c'est bien aéré, bâtissette créole en bois au confort ventilé de la mer proche, simplissime sous-tôle au ras d'arbres à pain. Vaut mieux arriver sur le coup de midi et garer sous les quelques pieds-bois, face à la baie urbaine. Une inscription au mur, hélas désapparue, prévenait d’ailleurs jadis de leur destin les arrivés tardifs: « En Guadeloupe, le poisson se mange avec la tête, soyez patients ! »

Aidée de ses longilignes frères, Dominique, fille de la patronne, par ailleurs couturière de talent, prend à la fin votre argent au comptoir. Elle vous rend la monnaie avec un suk-a-mant bleu, et un sourire doux qui vous tiendra debout tout l’après-midi.

Un cadre dont l’attrait ne se dément pas... Mais gare aux modernistes titillations. Subreptice plasticotille moderne, va !

{{Jean S. Sahaï}}

{Matinal bord de mer au port de Lauricisque, photo J. S. S.}

Document: