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MISE EN GARDE A VUE DES DIRIGEANTS DE L’ASSAUPAMAR : UNE PROVOCATION DE LA JUSTICE COLONIALE FRANCAISE

Ainsi donc, le lundi 14 mai dernier, Henri-Louis REGIS, président de l’ASSAUPAMAR, Pascal TOURBILLON, secrétaire général de l’ASSAUPAMAR et Garcin MALSA, maire et conseiller général de Saint-Anne ainsi que président du MODEMAS, ont été gardés à vue à la gendarmerie de Ducos suite à une plainte déposée par les riverains de Fond Larion (Sainte-Luce). Cette plainte fait suite à une action de libération du littoral entreprise par l’association écologiste le dimanche 29 avril après que de nombreux courriers de sa part aux autorités soient demeurés vains. En effet, l’article L 160-6 du Code de l’urbanisme prévoit que {« Les propriétés privées riveraines du domaine public maritime sont grevées sur une bande de trois mètres de largeur d’une servitude destinée à assurer exclusivement le passage des piétons. »} Or, les riverains de Fond Larion, pour la plupart non Martiniquais, n’ont pas hésité, violant donc allègrement la loi, à ériger des barrières, murs, extensions de maisons et autres qui en obstruaient le passage.

Il était donc normal que l’ASSAUPAMAR et les 200 militants rassemblés ce fameux 29 avril entreprennent de démolir ces constructions illégales afin de restituer le littoral martiniquais aux Martiniquais. Aujourd’hui, l’Etat et sa justice viennent nous dire :
- que la loi L 160-6 ne s’appliquerait pas dans les DOM
- qu’il n’appartient pas à des particuliers de faire appliquer la loi

On croit rêver ! Sommes-nous français ou non ? Sommes-nous des Français à part entière ou au contraire des Français entièrement à part, selon l’expression d’Aimé Césaire ? Si donc, on comprend bien, l’Etat décide d’appliquer en Outre-mer les seules lois qui lui conviennent. Bravo ! D’autre part, quand les écologistes ont demandé dix fois, vingt fois à la justice d’agir et qu’elle a gardé les bras croisés, que fallait-il faire ? Se croiser aussi les bras ? Fallait-il laisser le rivage de Fond Larion à ceux qui ont cherché à le privatiser ? Enfin, il paraît que la justice entamera des poursuites contre les membres de l’ASSAUPAMAR pour des « propos racistes » qui auraient été tenus par eux à l’encontre des riverains. Là, on est en plein film surréaliste ! Non mais de qui se foutent-ils ces gendarmes, magistrats, procureurs français et autres ? Dans ce pays où le racisme le plus sauvage a duré, et continue de durer, depuis trois siècles et demi, {{jamais un Blanc créole ou un Blanc franco-européen n’a été condamné pour un acte ou un propos raciste à l’égard de quelqu’un de couleur comme ils disent}}. Jamais ! Et maintenant, on voudrait nous, nous les descendants d’esclaves torturés, violés, massacrés, nous traîner devant les tribunaux pour racisme. C’est carrément du n’importe quoi ! Dans le même temps, en France, nous sommes à longueur de journée traités de « négros », « bougnoules », « ratons », « melons » ou « crouilles » sans que cela ait la moindre conséquence pour ceux qui emploient ces insultes racistes.

Mais le plus scandaleux est que ces mêmes gendarmes, magistrats, procureurs et autres n’inquiètent pas les empoisonneurs du peuple martiniquais, ceux qui ont fait déverser, pendant 30 ans, des dizaines de milliers de tonnes de pesticides cancérigènes, dont le chlordécone, dans les bananeraies, ce qui a empoisonné nos sols, nos rivières, nos nappes phréatiques et nos rivages et qui provoque une explosion de cancers de toutes sortes, des maladies de Parkinson et d’Alzheimer, de l’infertilité masculine et féminine etc. {{Ne pas inquiéter les empoisonneurs du peuple martiniquais voilà un acte raciste, génocidaire même !}} Déjà en Guadeloupe, la plainte pour empoisonnement déposée contre l’Etat français par diverses associations écologistes et agricoles, et défendue par 22 avocats, a été jugée irrecevable. Le 24 mai prochain, l’ANC (Association Non au Chlordécone), de la Martinique, déposera une plainte similaire. Nous serons dès lors très attentif aux suites judiciaires qui seront données à l’action de Fond Larion d’une part et à l’empoisonnement au chlordécone de l’autre. Nous savons déjà que la justice française pratiquera le deux poids deux mesures. Elle l’a déjà fait dans le passé !

Alors, nous lui lançons un avertissement solennel : vous êtes en train de jouer avec le feu car grande est notre colère contre la bétonisation de nos terres agricoles, la privatisation de notre littoral et la caldochisation de notre société. Ne vous fiez pas au calme apparent qui semble régner en Martinique ! Notre pays a soif, depuis des siècles, d’une vraie justice.

{Raphaël Confiant}

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