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MEDIAS AUX ORDRES, SONDAGES-BIDON, MANIPULATIONS ET COMPAGNIE

   L'année 2015 aura été incontestablement marquée par la fièvre électorale qui, en ce mois de décembre, a conduit à la mise en place de la Collectivité Territoriale de Martinique, chose que d'aucuns considèrent comme un moment historique, allant sans doute un peu trop vite en besogne. Dès le début de l'année, en effet, les états-majors ont fourbi leurs armes, préparé leurs programmes, concocté des alliances, rameuté leurs militants pour une bataille qui s'annonçait sans merci entre deux grandes coalitions, celle menée par le parti au pouvoir, le PPM, et qui a pris le nom d'EPMN (Ensemble pour une Martinique Nouvelle) et celle conduite par le MIM dénommée GRAN SANBLE. Dès le début du deuxième semestre tout ce beau monde s'est retrouvé sur le terrain pour des meetings qui, au fil des mois, rassembleraient un nombre grandissant de fidèles.

   Les médias, eux, n'étaient pas en reste et quand on dit "médias", il convient désormais de comprendre tout à la fois les traditionnels journaux, radios et télés, mais également les nouveaux moyens de communication que sont les blogs, les site-webs et surtout Facebook. C'est la première fois dans l'histoire politique de la Martinique que ces derniers ont joué un rôle aussi considérable dans une élection, même si les journalistes traditionnels sont dans le déni de réalité (on les comprend car il s'agit d'une menace pour leur profession) et feignent de l'ignorer. Car, une grande partie de la défaite du PPM et d'EPMN provient justement de son incapacité à maîtriser ces nouveaux outils, ce qui rend d'autant plus comique l'affirmation du conseiller d'opposition Fred LORDINOT, le jour de l'investiture de la CTM, selon laquelle la Région aurait installé 294kms de fibres optique, permettant ainsi à 79% des foyers martiniquais d'accéder à l'Internet. Comique parce que si cela est vrai, eh bien le PPM et ses alliés ont été incapables de les utiliser à leur profit. Incapables de mettre sur pied des sites-web dotés d'une force de frappe égale celle à BONDAMANJAK, FREEPAWOL, MONTRAY KREYOL, LA TRIBUNE DES ANTILLES OU GRAN SANBLE. Même la pourtant excellente émission intitulée "SECRETS DE CAMPAGNE" d'André Berthon sur ATV, qui restera comme un témoignage saisissant des coulisses de la consultation de décembre, fait l'impasse sur cette question.
 
                                                                   CODE DEONTOLOGIQUE
 
   Dans ce véritable combat médiatique au sein duquel tous les coups étaient permis, on a pu relever un certain nombre de choses qui ne font pas honneur à la profession de journaliste traditionnel (journaux, radios et télés) ou de commentateur, notamment sur les télés privées. Autant les blogueurs ou facebookeurs s'épanouissent dans la plus totale (et parfois dangereuse) liberté, autant les journalistes et les commentateurs sont normalement encadrés par un code déontologique. Or, la plupart des radios et télévisions penchaient de manière tantôt masquée tantôt ouverte en faveur du parti au pouvoir, le PPM, et de son leader, Serge LETCHIMY. Reportages téléguidés, interviews complaisantes, petites phrases laudatives glissées au détour d'un commentaire, traitements par-dessus la jambe des adversaires du PPM, tout y est passé et ce tout a fait son travail lequel est subliminal. Certains de ces journalistes ont pu même passer pour des "soldats de Serge LETCHIMY" pour employer une expression désormais consacrée. Nous n'aurons pas la cruauté de les nommer. Ils se reconnaîtront eux-mêmes et de toute façon, lecteurs, auditeurs et téléspectateurs savent très bien de qui il s'agit. Aujourd'hui, ils se font tout petits ou bien, nature humaine oblige, ont déjà retourné leur veste (ou leur jupe). Sauf que leur crédibilité, si tant est qu'il en ait jamais eu une, est sérieusement entamée.
   Plus grave ont été ces sondages qu'il faut carrément qualifier de bidons qui systématiquement plaçaient Serge LETCHIMY à trois ou quatre longueurs d'avance sur Alfred MARIE-JEANNE. Tantôt le leader du PPM était à 53% d'opinions favorables contre 32 pour le leader du MIM, tantôt c'était 59 contre 38. Ou encore, plus énorme, 63% contre 44. Jamais, à aucun moment, aucun de ces sondages (commandités par qui ?) n'a placé Alfred MARIE-JEANNE en première position. On aimerait bien savoir comment ces sondages ont été réalisés, quelle méthodologie a été utilisée et surtout qui les a effectués. On parle depuis des années__mais cela reste à vérifier__, d'étudiants dans le besoin à qui l'on confie une série de questions et un téléphone fixe, à charge pour eux d'appeler (au hasard puisque ni l'âge ni la profession des gens ne figurent sur les annuaires téléphoniques que ces derniers soient papier ou Web) un nombre déterminé de "clients". Dans un pays où les gens sont très méfiants et n'aiment pas qu'on se mêle de leurs affaires, on mesure à quel point peut être fiable la réponse à la question : "Quel est, selon vous, l'homme politique le plus capable de diriger la CTM ?". Sans compter qu'il ne semble pas très vraisemblable que les chefs sondeurs surveillent chacun de leurs "téléphoneurs" pour savoir si ce qu'ils cochent est exact ou reflète ce qui leur a été dit au bout du fil. Voire même s'ils ne se sont pas fait raccrocher au nez et que pour rendre leur tâche de la journée, ils n'inscrivent pas ce qui leur passe par la tête. Risques inhérents à tout sondage, rétorquera-t-on, sauf que les risques en question sont moins grands dans un pays où les gens sont habitués à être sondés que dans un pays, comme la Martinique, où ils ne le sont guère. En tout cas, ces sondages-bidon sont une véritable honte et ceux qui les ont commis__chacun, là encore sait de qui il s'agit__se sont disqualifiés pour très longtemps aux yeux de l'opinion publique. Apparemment et fort heureusement, ils n'ont pas eu, ces sondages, un poids suffisant pour pouvoir influencer les électeurs, mais leurs auteurs n'en demeurent pas moins coupables de tentatives de manipulation.
 
                                                         PETITS ECLAIRCISSEMENTS LEXICAUX
 
   Pour en revenir aux nouveaux outils de communication, grossièrement rassemblés sous le vocable "réseaux sociaux", il convient de distinguer__ce que ne font ni les journalistes traditionnels ni le grand public__la différence entre un blog, un site-web et Facebook. Un blog est un outil numérique au service (à la gloire) d'une seule et unique personne. Les chanteurs célèbres, les grands sportifs, les écrivains connus ou les hommes politiques importants disposent de ce type d'outil qui permet de faire leur publicité, d'entretenir leur notoriété et parfois de vendre les produits dérivés qu'ils ont créés. Un blog c'est MOI-JE. A l'inverse, un site-web, même quand il est spécialisé dans un domaine (sport, cuisine, politique, culture etc...), ne célèbre pas les activités d'un seul et même individu. Ni même celles du propriétaire du site. Il a vocation à parler de tous les sujets. BONDAMANJAK, FREEPAWOL, MONTRAY KREYOL ou LA TRIBUNE DES ANTILLES sont donc des sites-web et pas des blogs. Cette distinction n'est pas sas importance car sur un blog, je parle de moi, de mes activités et surtout j'écris ce que je veux tandis qu'un site-web comme MONTRAY KREYOL est rédigé par une foultitude de contributeurs, réguliers ou occasionnels : Raphaël CONFIANT, Térez LEOTIN, Daniel BOUKMAN, JID, Gerry L'ETANG, Jean-Laurent ALCIDE, Yvelise SERNIN, Frantz SUCCAB, Léandre LITAMPHA, Pierre MATHELIE-GUINLET, Michel GIRDARY etc...Une sorte de comité de rédaction virtuel au sein duquel chaque rédacteur a voix au chapitre et peut demander la modification de tel article, voire sa suppression. Ce qui est déjà arrivé à maintes reprises depuis 8 ans qu'existe MONTRAY KREYOL. Dire ou écrire, comme on le voit ou l'entend souvent, "MONTRAY KREYOL, le blog de Raphaël CONFIANT" est donc une erreur. Ou plutôt c'est vrai juridiquement, la législation sur la presse-papier s'appliquant aux sites-web, mais pas du tout rédactionnellement.
   Enfin, s'agissant de Facebook, on peut le qualifier de revanche des anonymes. Autant un blog permet à une célébrité dans un domaine quelconque de garder le contact avec ses fans ou d'en engranger de nouveaux, autant Facebook, lui, sert d'outil de valorisation d'individus dont, quelles que soient leurs qualités professionnelles ou autres, personne n'aurait jamais entendu parler. Des millions d'anonymes à travers le monde confondent cependant Facebook avec un blog sans se rendre compte que la photo à demi-nue de la chanteuse Rihanna postée sur son blog ne porte pas à conséquence alors qu'une photo similaire de Mme Tartempion peut avoir des conséquences catastrophiques au plan sentimental ou professionnel. La notoriété, en général, protège des excès. L'anonymat les exacerbe. D'où parfois le suicide de personnes exposées, de leur propre chef ou à leur insu, sur Facebook.
   Pour en revenir à la politique et à l'année électorale que nous venons de vivre, si le PPM et EPMN se sont montrés incapables de mettre sur pied des sites-web, par contre nombre de leurs militants, importants dans la hiérarchie ou pas, se sont déchaînés sur leur mur Facebook. Or, cet outil est utilisé de manière individuelle, sans contrôle collectif, et chacun peut y écrire ce qui lui passe par la tête. Par deux occasions aux moins, cela a porté un grave préjudice au PPM et à EPMN : quand d'abord, Camille CHAUVET a mis une tête de chien à la présidente de l'Université des Antilles sur une photo officielle de l'Elysée où elle figurait à côté du président François Hollande ; quand ensuite, Catherine CONCONNE a écrit un texte larmoyant sur la mort de son protégé, le fameux "l'Américain", impliqué dans la fusillade de la boite de nuit "LE PAPARAZZI" qui a fait trois morts. Le premier post, machiste au possible, a provoqué un véritable tollé, y compris au sein du PPM, ce qui a obligé Serge LETCHIMY à demander publiquement à son "soldat" CHAUVET de supprimer la photo en question, chose qu'il a faite de mauvais gré. Le second a soulevé un émoi tout aussi grand, surtout quand le Procureur de la République a convoqué, dans l'entre-deux tours des élections, une conférence de presse pour s'étonner que des collectivités emploient des délinquants multirécidivistes porteurs de bracelets électroniques, "l'Américain" étant employé par la Région et l'autre protagoniste, "Kankan", par la mairie de Basse-Pointe. C. CONCONNE a d'ailleurs supprimé ce post de son mur Facebook, mais le mal était fait. Sur un site-web, ce genre de dérapages est beaucoup moins fréquent et beaucoup plus vite rattrapé puisque comme on l'a vu, celui-ci est contrôlé par un comité de rédaction virtuel.
   S'il y a donc une leçon à tirer pour les partis politiques pour l'avenir s'agissant des nouveaux médias, c'est, en période électorale, de demander à leurs militants de mettre un bémol à leurs blogs et leurs pages Facebook et d'accepter la discipline des sites-web.