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MASSACRE EN GUINÉE-CONAKRY: ÉCHOS DU MOUVEMENT SOCIAL

de Tony Busselen

Le lundi 28 septembre, le peuple guinéen a vécu une barbarie perpétrée par les forces armées au nom de la junte au pouvoir. 157 personnes ont été tuées, de nombreux jeunes mutilés et des femmes humiliées et violées.

Nous avons posé quelques questions à Mamdou Barry, un ami guinéen qui est actif dans la diaspora guinéenne dans la région Nord Pas de Calais en France.

On se souvient des grands mouvements de grève et de protestations en 2007 contre le régime du Président précédent, Conté. Lors de ces mouvements déjà des dizaines de manifestants et de grévistes étaient tués par les militaires. Qu'est-ce qui poussent les Guinéens à affronter les militaires au Guinée ?

Le peuple veut une vie décente, un emploi rémunéré, avoir chaque jour à manger. Nous sommes un pays riche en matières premières : la moitié des réserves mondiales de bauxite, nécessaire à la fabrication de l'aluminium, se trouve dans notre pays. Mais les hôpitaux ne fonctionnent pas, les salaires ne sont pas payés. Le Guinéen se lève chaque matin, il va travailler quand il a du travail, mais en fait il sait que cela ne sert à rien, car les prix montent vertigineusement et les gens ne peuvent pas suivre. Un sac de riz coûte jusqu'à 170.000 francs guinéens tandis que le salaire moyen est autour de 200.000 francs.

Quand le capitaine Moussa Dadis Camara a pris le pouvoir, le 23 décembre de l’année passée, il a écarté les amis de l'ancien dictateur Conté, il a même mis des généraux en prison. Cela a suscité l'espoir que Camara allait peut-être amener le changement. Qu'est-ce qui a changé en un an maintenant que la masse s'oppose aujourd'hui tellement à Camara ?

C'est Camara qui a changé. Il avait promis d'organiser des élections et qu'il n'allait pas participer aux élections. Les gens se souviennent que Camara et ses amis ont participé à l'époque à la répression contre le peuple en 2007. Camara a su tromper les gens au début en disant qu'il allait travailler pour le changement. Les gens, soutenant le changement, lui ont donné du crédit. Or, aujourd'hui Camara veut s'accrocher au pouvoir en annonçant qu’il veut participer comme militaire aux élections. Là, les gens disent non, pas question.

La Guinée est un pays riche, comme vous venez de le dire. C'est un pays qui est à l'agenda de grandes multinationales. La plus grande compagnie minière dans le monde, BHP Billiton, vient d'annoncer, il y a quelques semaines son intention d'y investir 4,8 milliards de dollars dans une usine de fabrication d'aluminium. Le gouvernement de Camara vient aussi de gagner des procès contre des grandes sociétés comme Rio Tinto ret United Co. Rusal. Est-ce que derrière les grandes déclarations d'indignation des gouvernements américains, européens et autres, ne se cachent-ils pas d'autres finalités que la défense de la démocratie ?

Nous savons que certains gouvernements ont une attitude hypocrite. Nous venons d'apprendre, par exemple, que la France vient de suspendre sa coopération militaire avec l'armée guinéenne. Mais cela veut dire, que malgré tous les crimes commis par cette armée en 2007, la France avait donc continué cette coopération. Mais ce qui importe pour nous aujourd'hui, c'est que les gens ne soient pas morts pour rien. Il faut que les coupables soient assignés en justice. Il faut mettre la pression sur la junte et sur la communauté internationale pour que la situation change.

Comment voyez-vous ce changement ?

Il faut que les militaires relâchent leur emprise sur la société, que Camara ne participe pas aux élections et que des élections libres puissent avoir lieu. J’espère aussi que les partis de l'opposition puissent s'allier dans un esprit d'union nationale. Car la division dans le mouvement pourrait faire le jeu des militaires.

Extrait de la déclaration du mouvement social de Guinée-Conakry

Le mouvement social guinéen composé de syndicats, de la société civile et du patronat guinéen a dénoncé le massacre et exige :

•la libération sans conditions et sans délai de toutes les personnes arrêtées et détenues

•la restitution de toutes les dépouilles à leurs familles respectives

•l'organisation immédiate de funérailles nationales pour les victimes assassinées

•la création d'une commission internationale d'enquête pour faire la lumière sur le massacre et les exactions du 28 septembre et la poursuite des auteurs ainsi que leurs commanditaires

•la prise en charge médicale et l'évacuation, le plus rapidement possible, des leaders politiques et de tous les blessés graves

•la réparation immédiate des préjudices subis par les victimes

•le respect des libertés d'expression, d'opinion et celles relatives aux libertés individuelles et collectives.

Source: Solidaire.org