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MARTINIQUE : un fantomatique "Office de la langue créole"

   Il ne faut jamais prendre un programme politique pour argent comptant, dit-on généralement, et l'on ajoute, non sans raison, que les promesses n'engagent que ceux qui y croient (en clair, les imbéciles). En ce "Mois du créole" fêté partout à travers le monde, sauf en Martinique (qui se contente d'une petite semaine), cela de Montréal à Pointe-à-Pitre, de Port-Louis à l'île Maurice à La Nouvelle-Orléans en Louisiane, de Port-au-Prince à Cayenne, de Castries à Roseau, et évidemment aux Seychelles, comment ne pas se souvenir que dans le programme du "GRAN SANBLE", vainqueur des élections de décembre dernier après son alliance avec la Droite du "BA PEYI-A AN CHANS", figurait la création d'un "Office de la langue créole" ?

   Cette proposition n'avait rien de particulièrement original. Ce genre d'office existe depuis des lustres partout sur le territoire français où il y a des langues dites "régionales" : Alsace, Pays basque, Corse, Réunion etc... et fait un travail conséquent pour la promotion des langues en question. Ce qu'il y avait d'original c'est qu'enfin, pour une fois, en Martinique, un parti politique s'intéressait ou donnait l'impression de s'intéresser à la langue locale. Certes, dans la plupart des partis considérés ou s'affichant comme "nationalistes", "indépendantistes" ou "souverainistes", le créole est assez largement utilisé à l'oral (meetings, radio libres etc.), sauf que ce n'est rien comprendre au devenir d'une langue que de penser que son avenir se joue dans l'oralité. C'est comme ne rien comprendre à l'introduction du créole à l'école quand on rétorque que l'enfant sait déjà parler créole. L'école n'est pas là pour apprendre à parler, mais pour apprendre à écrire et à réfléchir à l'aide de l'écrit. Il y a des centaines de millions de gens dans les pays du Sud qui ne vont pas à l'école et pourtant, ils parlent et savent parler !

   Le devenir d'une langue et singulièrement celui d'une langue telle que le créole, se joue à l'écrit.

   Basques, Catalans, Berbères, Kurdes, Alsaciens, Seychellois, Haïtiens etc..., bref tous les défenseurs de langues dominées le savent et dans tous les partis souverainistes de ces différents pays, la langue et l'usage écrit de la langue sont des enjeux fondamentaux. Sauf en Martinique. En décembre dernier, par exemple, après les élections, le chef de l'exécutif corse, Guy TALAMONI, a fait son discours en langue corse dument publié ensuite dans la presse-papier et sur le site-web de la Collectivité corse. Mais bien avant cela, au Québec, la fameuse "Loi 101" interdisait l'affichage commercial et publicitaire en anglais. Il était obligatoire, et l'est toujours d'ailleurs, en français. Autrement dit, même une grande langue comme le français, une langue prestigieuse, de vieille tradition, sait que pour subsister il faut investir le terrain de l'écrit. Pas seulement celui de la parole. Et avant le Québec, dans l'Algérie indépendante, le président Houari BOUMEDIENNE avait lancé le mouvement d'"arabisation de l'enseignement". On pourrait multiplier les exemples de ce type.

   Neuf mois après l'installation de la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), le fameux "Office de la langue créole" figurant dans le programme du "GRAN SANBLE", est aussi visible que le monstre du Loch Ness. Il semblerait que certains cherchent à le noyer dans un grand office de la culture, ce qui est du grand n'importe quoi. La langue créole, menacée dans son existence à la Martinique, a urgemment besoin d'une politique linguistique claire, nette et précise et surtout active. Il n'y a rien d'original à inventer : des politiques linguistiques, on en trouve en-veux-tu-en-voilà partout à travers le monde. Il suffit de les reprendre et de les adapter à la situation particulière de la Martinique, rien de plus.

   Il suffit d'une volonté politique...

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