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Manœuvres en vue de créer une université de la Martinique ?

Manœuvres en vue de créer une université de la Martinique ?

   De nos jours, tout se sait. Tout finit par filtrer. Le secret est désormais, avec les nouvelles technologies de la communication, entièrement sous la coupe de Polichinelle. C'est ainsi que nous avons eu vent d'un projet de création d'une "Université de la Martinique", projet émanant d'élus (es) politiques martiniquais (es) haut placés (es) et de certains  universitaires du campus de Schoelcher.

    Mieux : une réunion serait même prévue, aux alentours de la fin janvier, entre ces personnes et des gens des ministères parisiens de l'Outremer et de l'Enseignement Supérieur en vue de peaufiner les détails de l'opération. Au final : ladite "Université de la Martinique" serait créée par ORDONNANCE. Si pareille chose se produit, ce serait en violation flagrante des règles les plus élémentaires de la démocratie pour la simple raison que les tout premiers concernés, à savoir les personnels enseignant, administratif et de service du Pôle Martinique n'auront pas été consultés.

   Ce serait aussi, de la part des politiques impliqués dans ce projet, un mépris envers leurs collègues appartenant à d'autres partis ou mouvances politiques martiniquaises, en particulier de celui qui dirige la CTM (Collectivité Territoriale de Martinique), car la majorité qui dirige cette dernière ne s'est aucunement prononcée pour une scission de l'Université des Antilles. Son président d'ailleurs, Alfred MARIE-JEANNE, ne cesse de clamer et de proclamer qu'il y est totalement hostile.

   Car quelles seraient les conséquences immédiates d'un éclatement de l'Université des Antilles ? En voici au moins quatre : 

   . la création de deux micro-universités (l'Université de Martinique et l'Université de Guadeloupe) comportant chacune moins de 10.000 étudiants, masse critique indispensable pour qu'une université soit prise au sérieux au niveau international (contrairement aux collèges et aux lycées, les universités sont engagées dans une compétition qui dépasse les frontières de leurs territoires. Ce qui explique, par exemple, que les universités québécoises débarquent chaque année chez nous pour tenter de capter nos étudiants.). 

   . la perte de nombreux postes au moment de la scission, contrairement à ce que certains s'imaginent en Guadeloupe, car la taille des deux nouveaux établissements ne justifiera plus le maintien du volume actuel des postes dont dispose l'Université des Antilles. Ensuite, la disparition progressive des masters déjà fortement captés par les ESPE (ex-IUFM), ce qui signifiera, à terme, la fin de toute recherche alors que cette dernière est l'une des missions des universités et qu'elle est nécessaire au développement de nos territoires.

   . la fuite des bacheliers martiniquais vers les universités hexagonales ou étrangères d'autant plus que, depuis toujours, cela tant en Martinique qu'en Guadeloupe, notre université ne parvient chaque année qu'à recruter 25 à 30% de nos bacheliers. Si déjà avec l'Université des Antilles, la majorité des parents préfèrent "se purger" pour envoyer leurs rejetons ailleurs, qu'est-ce que ce sera quand il y aura deux micro-universités ?

   . la possible réintégration des trois chefs de l'ex-CEREGMIA qui, révoqués de la fonction publique par deux fois, ont fait appel. En effet, quand l'audience d'appel se tiendra, la partie civile (celle à qui on a soustrait douze millions d'euros), à savoir l'Université des Antilles, n'existera plus. Cette entité juridique aura disparu et ni l'Université de la Martinique ni celle de la Guadeloupe ne pourront la remplacer.

   Sinon la menace qui pèse sur l'unité de l'Université des Antilles devrait interroger les politiques martiniquais qui sont favorables à ladite unité. En effet, il est bien beau de se déclarer urbi et orbi hostile à toute scission de l'établissement, il est facile de hausser le ton ou de faire des effets de manches, mais cela n'empêche pas les partisans de la scission de poursuivre leurs manœuvres. C'est dire que les politiques martiniquais favorables à l'unité devraient agir plus concrètement en commençant, par exemple, par le plus évident, le plus logique : exiger de l'actuelle gouvernance de l'Université des Antilles qu'elle respecte l'autonomie des pôles telle qu'elle est prévue dans la loi de création de celle-ci en 2015 et donc qu'elle cesse de violer en permanence celle du Pôle Martinique en marginalisant celles et ceux que ce dernier a démocratiquement élu.

 Car c'est ce non-respect, ce sont ces violations permanentes qui font germer, progressivement, des idées sécessionnistes chez certains (es) sur le Pôle Martinique...

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