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LES PARTIS PRIS DU "MONDE" : INCROYABLE, DES GUADELOUPEENS VETUS A L EUROPEENNE !

Par Claude RIBBE

Je voudrais féliciter Le Monde des Livres du 9 novembre 2007 et en particulier le journaliste Jérôme Gautheret, qui poursuit dans ce journal une carrière de négrologue dont j’espère qu’elle lui rapportera, comme à Olivier Pétrè-Grenouilleau, son confrère du Figaro, récompenses, considération et contrats juteux chez les meilleurs éditeurs (Grasset ou Gallimard par exemple) ainsi que des places dans les jurys littéraires. Os de poulets os de pigeons, sans parler de maintes caresses…

Jérôme Gautheret, dans un « dossier » consacré aux « blessures » de l’esclavage, se garde bien, on ne s’en étonnera pas, de faire mention de mon dernier ouvrage, Les Nègres de la République –censuré puis passé sous silence - de même qu’il se garde bien évidemment de citer l’admirable livre d’Odile Tobner, Quatre siècles de racisme français (éditions des Arènes). Il réussit par ailleurs un véritable tour de force en relatant les événements liés au bicentenaire d’Austerlitz en décembre 2005 sans me citer ni citer mon livre Le Crime de Napoléon. Un cas d’école journalistique. On apprend ainsi que des associations de descendants d’esclaves sont parvenues, en décembre 2005, «à perturber les célébrations officielles du bicentenaire de la victoire napoléonienne à Austerlitz». Faut-il rappeler qu’il n’y a jamais eu de célébrations officielles du bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, au grand dam des admirateurs de Napoléon et que la seule « perturbation » était mon livre dont la publication avait dissuadé le Premier ministre de l’époque de se rendre à une manifestation privée organisée place Vendôme ? Ce livre, on pourrait penser que Jérôme Gautheret de l’a pas lu. Pourtant, c’est le même Jérôme Gautheret qui écrivait ces lignes dans Le Monde daté du 1er décembre 2005 à propos du Crime de Napoléon , sans jamais préciser, me semble-t-il, qu’il s’agissait d’un pamphlet :

« Le récit de l’auteur est alerte et accablant. Mais ses partis pris créent vite un certain trouble. Ainsi de l’utilisation systématique et anachronique du terme "génocide" pour qualifier la répression qui s’abattit sur les population des Antilles : les exactions furent d’une violence extrême, mais rien ne démontre l’existence d’un "plan d’extermination" secret derrière les ordres lointains de Bonaparte. Par ailleurs, d’autres formules provoquent le malaise. Sous la plume de Claude Ribbe, les prisons qui accueillent les prisonniers déportés deviennent des "camps de concentration", les cales des bateaux dans lesquelles des hommes et des femmes périrent par étouffement, après avoir été intoxiqués au souffre, sont appelées "chambres à gaz"… »

Gautheret me reproche donc mes partis pris le 1er décembre 2005. Mais le 9 novembre 2007, pour saluer un livre de Philippe Régent publié par Grasset, l’éditeur de Pascal Bruckner, il le félicite de son parti pris. Un compliment des plus maladroits, car on pourrait supposer qu’un historien de métier (c'est-à-dire financé par nos impôts) n’a pas de parti pris. Alors, quel est donc ce bon parti pris qui serait aux antipodes de mes partis pris à moi ? C’est tout simple : Frédéric Régent se déclare « à la fois descendant d’esclaves et de colons». Donc un livre sur l’esclavage qui ne serait pas écrit par un auteur descendant de colons est taxé de mauvais parti pris par Jérôme Gautheret et par Le Monde. Nous en prenons bonne note. Mais ce qui est curieux, c’est qu’il me semble n’avoir jamais dit, dans aucun de mes livres, que j’étais descendant d’esclaves ou de colons… Alors c’est sans doute la couleur de ma peau qui oblige Le Monde, lorsqu’il est question de moi à parler d’ « écrivain guadeloupéen » (donc pas français à part entière, à cause de mes partis pris supposés), alors que je suis né à Paris. Mais que voulez-vous, quand il s’agit d’un «noir», il faut toujours justifier ses origines aux yeux des lecteurs «blancs».

Je plains Frédéric Régent, dont le livre ne me semble rien apporter de bien nouveau par rapport à des ouvrages déjà publiés qu’il ne cite pas (c’est grave s’il les a lus et tout aussi grave s’il les ignore). Faut-il rappeler que, dans un ouvrage précédent, Régent disait des sottises sur le chevalier de Saint-George (ce qui me semble curieux pour un enseignant à l’université des Antilles) ?

Mais le meilleur de ce dossier du Monde des Livres c’est son illustration (page 7 du dossier). Gautheret, de toute évidence coordinateur, a trouvé une photographie des années vingt. Un jeune couple endimanché et vêtu à la mode devant une automobile. Rien de particulier. Mais c’est la couleur de peau de ce jeune couple qui a retenu l’attention de Gautheret. Pensez donc : des «noirs» habillés ! Mais, comme de doute évidence, Gautheret a lu mon dernier livre, il ne veut pas se faire épingler en parlant de «noirs», ce qui se remarque dans ce dossier puisque c’est l’habitude du Monde de négrifier à tout va. « Noirs » par ci, « noirs » par là et toujours avec la majuscule s’il vous plaît pour bien communautariser le débat et insister sur la nécessité de statistiques ethniques (n’est-ce pas Laetitia van Eeckout ?).
Donc Gautheret se creuse la tête pour trouver une formule rendant compte de la couleur de ce couple « noir ». Et voici l’incroyable résultat : « Un couple vêtu à l’européenne, en Guadeloupe dans les années 1920 » ! Vêtu à l’Européenne ? Oui, c’est écrit noir sur blanc dans Le Monde des livres du 9 novembre 2007. Gautheret et Le Monde qui l’emploie veulent rappeler aux lecteurs blancs que les « noirs », en Guadeloupe comme au Darfour, vont toujours cul nu ou avec une ceinture de bananes, sauf bien sûr s’ils sont, comme Frédéric Régent, descendants de colons. Les Guadeloupéens apprécieront, je pense.

Au fait, je me permets de signaler que les éditions Gallimard publient Césaire dans la prestigieuse collection de la Pléiade. Mais Césaire n’a pas droit, comme Gobineau, auteur de l’Essai sur l’inégalité des races humaines, à un volume séparé. Non, à cause sans doute de ses partis pris, il devra cohabiter avec le «bon nègre» Senghor sous la rubrique « négritude». Senghor, lui, a eu un bon parti pris en nous expliquant que dans le concert universel le « blanc » est le chef d’orchestre tandis que le « noir» joue de la batterie. Selon lui, la raison est « héllène » et l’émotion « nègre ». D’où mes mauvais partis pris et ces « blessures » que la mémoire de l’esclavage occasionne aux descendants d’esclaves. Que voulez-vous, ces gens sont si fragiles et susceptibles… On félicitera pour cette excellente idée l’influent Pierre Nora, éditeur de Pétré-Grenouilleau chez Gallimard, oncle d’Olivier Nora, (l’éditeur de Frédéric Régent) et organisateur, en 2006, de la campagne menée auprès du ministre de la Culture de l’époque pour que le général Dumas n’ait pas de bicentenaire. En représailles de mes partis pris.

Commentaires

nasyon_matnik | 19/11/2007 - 23:52 :
Incroyable , pendant q'on parle de " faire un pays " en martinique , cela fait vraiment bizarre de voir que" les guadeloupéens se vétissent à l'européenne "!

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