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Les magouilles de Youssoufi Touré, l’ancien président de l’université d’Orléans

Jean-Marc de Jaeger (in "LE FIGARO", 05 janvier 2017)
Les magouilles de Youssoufi Touré, l’ancien président de l’université d’Orléans

   La mauvaise gestion de l’ancien président de l’université d’Orléans a creusé un déficit de 12 millions d’euros. Des suppressions de postes et de formations sont prévues. Il faudra «au moins cinq ans» pour que l’établissement s’en remette.

   Des notes de frais injustifiées, des factures téléphoniques de 8500 euros et des billets d’avion Paris-Cayenne «classe affaires» facturés à l’université d’Orléans. Outre ces dérapages personnels, Youssoufi Touré est critiqué pour sa gestion de l’établissement, qu’il a présidé au cours de deux mandats entre 2009 et 2016. À son départ, il a laissé un déficit cumulé de 12 millions d’euros, soit près d’un dixième de son budget annuel. Des 75 universités françaises, celle d’Orléans se retrouve dernière pour sa gestion, selon l’agence d’information spécialisée AEF.

   Une gouvernance «opaque»

   C’est en prenant sa succession qu’Ary Bruand a découvert la réalité des comptes de l’université. Il avait auparavant exprimé sa défiance envers Youssoufi Touré en démissionnant, en juin 2013, de son poste de vice-président. À sa prise de fonction au printemps dernier, il a diligenté un audit qui confirme l’existence d’«arrangements» dans les comptes.

     Au conseil d’administration aussi les dérives de la gouvernance de Touré étaient dénoncées depuis longtemps. Maïtine Bergounioux, qui y a siégé de 2007 à 2012, en pointe le manque de transparence. «Dès 2009, nous n’avons eu de cesse de souligner les dérives budgétaires de l’université. Le budget était géré de manière opaque avec une baisse des fonds de roulement [somme d’argent disponible en permanence pour couvrir les dépenses courantes, ndlr] et une hausse des dépenses», insiste auprès du Figaro Étudiant la professeur de mathématiques et membre du syndicat d’enseignants SNESUP-FSU.   

   Gel de postes et suppressions de cours

   Pour éviter sa mise sous tutelle, l’université a engagé en octobre un plan d’économies drastique. À la mi-décembre, les administrateurs se sont réunis pour voter un budget de crise pour 2017. Il prévoit des économies de 3 millions d’euros sur l’année, après un effort financier d’un million d’euros au dernier trimestre 2016. Tout l’enjeu sera de réduire les dépenses sans affecter le quotidien des 17.000 étudiants de l’université répartis sur plusieurs campus de la région Centre. Un objectif d’autant plus ardu que, comme la plupart des universités françaises, celle d’Orléans subit une hausse de ses effectifs. Elle a accueilli un millier d’étudiants de plus cette année.

   46 postes d’enseignants, d’enseignants-chercheurs et de personnels administratifs et techniques seront gelés cette année. L’offre de formation sera rationalisée dès la rentrée 2017, avec notamment une baisse du nombre d’heures d’enseignement. «Les petites formations, pointues, qui font notre spécificité, risquent de fermer», redoute Maïtine Bergounioux. Et de prédire: «Si les conditions se détériorent, les étudiants n’hésiteront plus à aller étudier à Paris, qui n’est qu’à une centaine de kilomètres d’ici. Sauf coup de pouce exceptionnel, il faudra au moins cinq ans avant un retour à la normale.»   

Un passage éclair au rectorat de Guyane

Youssoufi Touré, recteur démissionnaire de l’académie de Guyane


   Le bilan que Youssoufi Touré laisse derrière lui n’a pas empêché l’homme de 56 ans d’être nommé recteur de l’académie de Guyane en mars 2016. Il a démissionné de ce poste ce mercredi 4 janvier, quelques jours après la publication d’une enquête de Libération à son sujet. «Une décision personnelle», justifie-t-il. Le bruit provoqué par son bilan à l’université d’Orléans y est sans doute pour beaucoup... mais pas seulement. Le mois dernier, des agents de l’Éducation nationale avaient manifesté devant le rectorat de Cayenne pour dénoncer leur «mal-être» et le comportement des collaborateurs de Youssoufi Touré.

   Le ministère de l’Enseignement supérieur confirme auprès du Figaro Étudiant qu’une «enquête de l’IGAENR (Inspection générale de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche) est en cours [et que] nous n’en avons pas encore les conclusions à ce stade». Youssoufi Touré devra, à son retour en métropole, répondre à la convocation du ministère.

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