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Lemète Zéphyr dénonce les lacunes de la Résolution de l’AKA sur l’orthographe du créole

Lemète Zéphyr dénonce les lacunes de la Résolution de l’AKA sur l’orthographe du créole

La première Résolution sur l’orthographe du créole haïtien adoptée par « l’Akademi kreyòl Ayisyen » a soulevé pas mal de débats au sein de la communauté universitaire du pays. Dans cette série, des linguistes et d’autres professionnels évoluant dans le domaine de la didactique des langues et ayant accumulé des expériences dans l’enseignement du Créole haïtien, exposent à tour de rôle, leurs points de vue et formulent des considérations imprégnées d’arguments théoriques et scientifiques quant au premier travail de l’AKA publié le 1er juin dernier.

Lemète Zéphyr, professeur à la faculté de Linguistique appliquée (FLA) et à l’École normale supérieure (ENS), émet des réserves quant à la Résolution de l’AKA sur l’orthographe du créole haïtien. D’entrée de jeu, le professeur rappelle que la majorité des propositions faites par « l’Akademi kreyòl Ayisyen » ne présentent rien de nouveau dans la mesure où elles étaient déjà appliquées dans les pratiques rédactionnelles en créole haïtien des professionnels de niveau avancé. M. Zéphyr, après analyse des différentes dispositions prises par les académiciens haïtiens, a répertorié au moins quatre principales lacunes au sein de la première Résolution de l’AKA. Il s’agit selon le didacticien de faiblesses stylistiques, sociolinguistiques, logiques et phonologiques.

Les problèmes stylistiques auxquels il fait référence se trouvent au niveau de la justification de la résolution. Selon lui, l’utilisation, entre autres, du verbe « tanmen » – dans la phrase : « Akademi kreyòl Ayisyen an tanmen yon demach an patenarya ak ministè edikasyon nasyonal »- comme synonyme de « kòmanse, lanse » est inappropriée. Il avance que, contrairement au registre dans lequel le verbe « Tanmen » est utilisé par les académiciens, en créole haïtien celui-ci est surtout utilisé en registre familier.

 En ce qui a trait à la conception quasi générale de plus d’un de la vocation d’une académie de langue – l’Académie française en particulier – entité dont le rôle est de statuer (sous forme prescriptive) sur la façon dont les locuteurs doivent s’exprimer ; l’AKA, à travers sa résolution, n’en a fait la moindre démarcation, soutient le professeur. « Les académiciens haïtiens s’érigent unilatéralement en donneurs de leçon avec leur formule « nou pa dwe » / « se pou n itilize » respectivement dans les dispositions 3.1 et 6.1 », souligne le professeur Zéphyr, ajoutant qu’ils auraient mieux fait d’appuyer leurs propositions par des démonstrations scientifiques.

En outre, le linguiste et didacticien en langues étrangères, dit avoir observé des faiblesses sur le plan logique, notamment dans les dispositions 4 et 5 traitant des noms propres, des noms de villes et de rues. Les académiciens préconisent que le locuteur écrive les noms propres tels qu’ils sont dans les documents administratifs suivis de parenthèses pour inclure la forme « créole ». Le professeur Zéphyr fait remarquer que cette approche ne tient pas compte des trois groupes d’orthographe qui existent dans le monde qui sont : l’orthographe alphabétique qui se sert de lettres pour représenter les phonèmes, l’orthographe syllabique utilisée en japonais et l’orthographe idéographique utilisée pour le chinois.

De grandes faiblesses théoriques liées à la phonologie diminuent aussi le mérite de résolution de l’AKA, croit le professeur. Celles-ci s’illustrent par la reconduction de « ng » et « oun ». Selon lui, il s’agit d’une erreur de l’alphabet qu’aurait pu corriger l’AKA. Ces sons ne sont produits que dans des contextes précis, comme le cas de « ng » qui se réalise quand « g » se trouve après une voyelle nasale. Ces failles ont été révélées, poursuit-il, dans les conclusions des chercheurs Fayol et Jaffree (2008) qui démontrent que la prononciation d’un phonème peut se modifier selon son contexte, selon le groupe social et la région auquel appartient le locuteur.

La démarche utilisée par les 33 académiciens pour parvenir à cette résolution paraît peu convenable à Lemète Zéphyr. Si le consensus est utilisé dans le cadre de la résolution de conflits, de la décision d’une assemblée, cette approche n’est point valable dans le domaine scientifique, soutient-il. Il rappelle que « toute décision scientifique doit être le résultat d’analyses de données dans le cadre des théories et méthodologies valables communes à tous les scientifiques ».

 En dépit des considérations qu’il a formulées, Lemète Zéphyr dit reconnaître que cette résolution apporte certaines clarifications sur des points qui divisaient des locuteurs. « La plus grande contribution est la reconnaissance des académiciens de la différence qui existe entre le « r » et le « w » ainsi que l’élimination de l’apostrophe parmi d’autres ».

Remixon Guillaumme

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