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LE CHAMP DE NOTRE HISTOIRE COMMUNE

Par Antoinette GAMESS

En écoutant, le mardi 24 mars, une interview conduite par Maurice Violton qui recevait Frédéric de Reynal, j’ai eu la surprise de constater que le propos concernait le fait de « vivre en communautés » dans notre pays. Hors, lors de la commémoration de l’arrivée des premiers Indiens en 2003, nous, les descendants d’Indiens, nous nous étions efforcés de rappeler que les descendants de ces Immigrés arrivés de l’Inde, à partir de 1853, ne se percevaient plus comme communauté, mais comme Martiniquais et fiers de l’être devenus après cent cinquante ans de vie aux côtés de ceux qui avaient commencé à construire le pays, les Amérindiens, les Européens, les Africains et de ceux qui les ont suivis comme les Chinois et bien d’autres venus de diverses régions du monde.

J’ai aussi constaté qu’il était déjà difficile de citer tous ceux qui, chaque jour, continuent ensemble à bâtir la société que nous lèguerons à nos enfants. Les mémoires deviennent déjà flous là-dessus. On a parlé des Békés, des Noirs, des Juifs, des Libanais. La transmission est de moins en moins assurée et imaginons-nous dans vingt-cinq ans, ce qui restera de notre mémoire collective ! D’ailleurs, déjà toute allusion à une manifestation à coloration indienne, par exemple, soulève une objection : - « Il ne faut pas diviser la population en clans ».

Il me vient depuis un certain temps, l’idée que l’on puisse faire un inventaire de notre « héritage » multiple et immensément riche, puis, célébrer les « premières arrivées », c'est-à-dire les « premiers jours ». S’établirait alors le fil conducteur de notre société et pour que cela ne soit pas seulement dans les mots et dans les écrits, on pourrait concrétiser, matérialiser ces différentes étapes de notre histoire, sans risque d’être accusés de sectarisme. On pourrait créer le champ de notre histoire avec ses stèles du premier jour et ses personnages emblématiques. Nous avons déjà Desnambuc, Gandhi, qui ne seraient plus des intrus. Ils regarderaient Pilote, Le Nègre fondamental, l’ancêtre chinois, l’ancêtre libanais, etc. Certaines villes ou communes seront certainement intéressées, Fort de France, le Lamentin, Schœlcher, Trinité, le Marin, Saint Joseph, etc.… Il s’agirait de construction commune qui reflèterait les apports culturels : les plantes, les coutumes, les technologies, les traditions vestimentaires, culinaires, religieuses, médicinales, artistiques, les danses, la musique, etc.…

Des célébrations que nous aurions décidées nous-mêmes marqueraient les grands moments de notre histoire commune. Les descendants d’Amérindiens accueilleraient les autres, puis les Européens, les Africains, les Chinois. Nous pourrions ainsi nous approprier les fêtes amérindiennes, européennes, africaines, indiennes, chinoises, etc.… inviter nos cousins du monde entier pour qu’ils viennent voir comment on construit une nouvelle société et il ne nous manquerait pas de touristes issus de partout.

La ministre de la culture du gouvernement indien avait dit cette phrase, en 2003, lors de la commémoration de l’arrivée des premiers Indiens, aux collégiens de Saint-Pierre « votre pays est comme l’Inde, une société multiculturelle et pluriethnique ».

Des forums, à ces occasions, permettraient de régler les cas de profitations, de racisme, des litiges délicats. Des boycotts seraient même envisagés en cas de non respect des règles que nous nous serions donné.

Ce n’est pas forcément de l’utopie, car nous savons très bien nous réunir lorsque cela est nécessaire. Nous venons de le prouver au mois de février.

{{Antoinette GAMESS}}

Ecrivaine

Schœlcher

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