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LA RISIBLE (ET DEMAGOGIQUE) PROPOSITION DU DEPUTE LETCHIMY

LA RISIBLE (ET DEMAGOGIQUE) PROPOSITION DU DEPUTE LETCHIMY

    Le président du PPM est un grand amateur de commissions apparemment. Souvenez-vous, il n'y a pas si longtemps, de sa commission sur le chlordécone.

    A grand fracas, celui qui en 2007 avait rameuté les revendeuses des marchés de la ville-capitale dans une association appelée "Machann Foyal" laquelle avait défilé dans les rues en conspuant les noms de L. BOUTRIN et R. CONFIANT, coupables d'avoir publié un ouvrage dénonçant l'empoisonnement de nos terres agricoles, oui, celui-là même, est réapparu 12 ans plus tard, en 2019 donc, à la tête d'une commission d'enquête parlementaire sur le...chlordécone.

   12 ans plus tard !

   Et tel un grand pourfendeur de la veuve et de l'orphelin, il s'était écrié dans les médias : "Le chlordécone est un crime d'état !". Au fait, elle en est où ladite commission ? Puisqu'elle a rédigé son rapport bien avant l'apparition du Covid-19. Faudra pas que LETCHIMY vienne nous raconter dans quelque temps que rien n'a pu être enclenché sur le chlordécone à cause de ce virus. Manti a'w ! comme on dit en créole guadeloupéen. La vérité est que sa commission "chlordécone" fut morte et enterrée...7 mois avant que le virus de Wu-Han fasse trembler la planète.

   Aujourd'hui, voici que notre cher député nous revient avec une deuxième "commission dédiée à la mémoire et au patrimoine" suite à la destruction de la statue de SCHOELCHER, située devant l'ancien palais de justice de Foyal, par des activistes. Tout d'abord, le ton mielleux de ce communiqué contraste fortement avec celui d'un communiqué précédent qui avait vivement condamné ladite destruction. SCHOELCHER, pas touche ! s'était écrié LETCHIMY, tout comme Didier LAGUERRE, maire de Foyal, et Johnny HAJJAR, secrétaire général du PPM, ces deux derniers y allant aussi de leur communiqué dénonciateur.

   Examinons donc de près le deuxième communiqué du député foyalais : dès la toute première phrase, on est carrément estomaqué :

   "Les évènements du 22 mai concernant la démolition de la statue de Victor Schoelcher située au square « Légitime Défense » à Fort-de-France, au-delà de toute condamnation dans sa forme, est un acte qui nous préoccupe."

   Vous avez bien lu : "...au-delà de toute condamnation dans sa forme". Or, le PPM n'a jamais condamné cet acte "dans "sa forme", mais bien dans "le fond". En effet, lisons également la toute première phrase du communiqué publié par S. LETCHIMY immédiatement après la démolition de la statue :

   "La destruction des statues de Victor Schœlcher à Fort-de-France et à Schœlcher, sont des actes de vandalisme qui portent atteinte au travail de l’homme dont on ne peut nier le rôle et la contribution dans l’abolition de l’esclavage..."

   Parler de "vandalisme" est une "condamnation dans sa forme" ???!

   Qu'est-ce que ça aurait été alors si la condamnation était dans "le fond" ? Quel mots auraient été alors employés : barbarie ? sauvagerie ? Arrêtez de nous prendre pour des bougres plus couillons que leurs deux pieds, LETCHIMY ! Votre condamnation et celle des autres hiérarques du PPM a bel et bien été une condamnation "dans le fond". Immédiate. Virulente. Sans concession. Mais bon, venons-en à la deuxième phrase de votre communiqué et là, encore, on prend une claque :

   "Les interprétations de l’histoire et notre situation actuelle nous obligent à nous interroger sur le mal être d’une jeunesse curieuse de son passé..."

   A en hurler de rire ! "Une jeune curieuse de son passé" a détruit deux statues de SCHOELCHER. Oui, "curieuse" ! Non, mon gars, elle n'est pas du tout curieuse de quoi que ce soit. Elle le connaît sur le bout des doigts ce passé. Elle a entendu parler des innombrables révoltes d'esclaves qui, pendant deux siècles et demi, ont ponctué l'histoire de la Martinique. Elle sait deux-trois choses sur le 22 mai et l'esclave ROMAIN, sur l'Insurrection du Sud de 1870, sur l'assassinat d'ALIKER, sur Décembre 59, sur l'Affaire de l'OJAM, sur Février 74 et sur plein d'autres actes de résistance au pouvoir Béké et à son complice, l'Etat français.

   Elle sait  aussique CESAIRE et DARSIERES ont planté le "Courbaril de la réconciliation" sur l'Habitation du plus riche Béké martiniquais, B. HAYOT, sans jamais exiger de lui la reconstruction à l'identique d'un cachot d'esclaves et d'une Rue-Cases-Nègres aux abords de la belle Grand'Case du Maitre qui fait l'admiration des touristes. Elle sait que vous, LETCHIMY, aviez organisé sur la Place de l'Abbé Grégoire à Terres-Sainvilles une grande cérémonie de réconciliation en présence de B. HAYOT et d'autres Békés un certain 22 mai, tout ça parce que 300 Békés avaient publié dans "FRANCE-ANTILLES" un communiqué reconnaissant que "l'esclavage est un crime contre l'humanité".

   Non, LETCHIMY, cette jeunesse n'est pas "curieuse de son histoire", elle la connaît !

   Continuons dans la lecture de ce communiqué qui est en fait une lettre hypocritement adressée au maire PPM de Fort-de-France. Oui, hypocritement, car enfin, pourquoi LETCHIMY ne s'adresse-t-il pas directement à cette "jeunesse curieuse de son passé" ? Ne mériterait-elle pas que monsieur le Député lui parle d'égal à égal ? Lisons :

   "Notre réponse doit aussi se construire dans le dialogue. Celui-ci doit être ouvert. Nous devons nous défendre de toute certitude figée."

   Au moins, on a déjà une certitude : ces phrases d'une effarante banalité n'ont pas pu être écrites par un Prix Goncourt. Il aurait fait davantage dans la dentelle, ça aurait été un p'tit brin plus subtil. Car enfin, comment appeler au dialogue des gens que l'ont vient de qualifier de..."vandales" ??! Depuis quand dialogue-t-on avec des personnes que l'on a publiquement accusées d'avoir commis des "actes de vandalisme" ? On nage en plein surréalisme là. Quand au pléonasme qu'est "certitude figée", il y a de quoi rester rêveur. Car, si on certain de quelque chose, sûr et certain, ladite chose est forcément, logiquement, figée, non ? Bon, il est vrai que juste avant, on lit "le dialogue. Celui-ci doit être ouvert" !!! Or, si c'est un dialogue, il est forcément...ouvert. Il engage forcément deux ou plusieurs parties opposées. Un dialogue fermé, ça n'existe pas, enfin, en bonne logique...

    Mais avançons dans la lecture de la lettre de LETCHIMY au maire de Foyal :

    "Cette commission « Mémoire et Patrimoine » serait chargée d’évaluer et de faire des propositions concrètes pour une lecture plus contemporaine de notre patrimoine."

    Ah, comme c'est joli "notre patrimoine" ! Oui, l'Habitation CLEMENT, par exemple, est notre patrimoine, messieurs du PPM, mais à deux conditions et seulement à deux conditions : 1) que l'on reconstruise un cachot d'esclaves et une Rue Cases-Nègres à côté de la Maison du Maitre ; 2) que cette habitation soit rachetée ou saisie au profit de la collectivité martiniquaise (ou pourquoi pas cédée par son propriétaire lui-même, chose qui aurait été un signe concret de "réconciliation" au lieu des simagrées de réconciliation cosmétique auxquelles il se livre régulièrement). Dans la Caraïbe anglophone indépendante, aucune "Habitation" n'a été détruite ni aucune statue de WILBERFORCE (le SCHOELCHER anglais) démolie. Et les Blancs créoles bien plus nombreux qu'en Martinique (1% de la population), comme à Barbade (5%) par exemple, ne vivent pas dans la crainte d'être exterminés ou jetés à la mer. Cela devrait nous permettre de comprendre qu'en fait, notre problème n'est pas un problème de "statue", mais bien de "statut".

   Or, en 2010, le PPM, parti dont l'idéologie depuis 50 ans est l'autonomie, avait appelé à voter "NON" lors de la consultation sur l'Article 74 qui nous aurait permis d'accéder à une poussière d'autonomie, ce qui n'était déjà pas si mal. 78% des Martiniquais avait abondé, hélas, dans le sens du parti de CESAIRE. Et voici qu'aujourd'hui, "une jeunesse curieuse de son histoire" démolit des statues" en se comportant comme des "vandales" ! Non, mais ça vous arrive des fois de vous regarder dans une glace le matin, les mecs du PPM ? Car la lettre de LETCHIMY s'achève ainsi :

   "Notre volonté progressiste a toujours été de nous construire sur un socle solide dont les bases seraient la connaissance, la culture et fierté des libertés acquises par nos ancêtres, souvent au prix de tragiques évènements."

   Comment construire ce "socle solide" si on refuse déjà une poussière d'autonomie ?...

***

Monsieur le Maire,

Les évènements du 22 mai concernant la démolition de la statue de Victor Schoelcher située au square « Légitime Défense » à Fort-de-France, au-delà de toute condamnation dans sa forme, est un acte qui nous préoccupe.

Les interprétations de l’histoire et notre situation actuelle nous obligent à nous interroger sur le mal être d’une jeunesse curieuse de son passé, et notre réponse doit aussi se construire dans le dialogue. Celui-ci doit être ouvert. Nous devons nous défendre de toute certitude figée.
C’est pourquoi je vous suggère la mise en place d’une commission dédiée à la Mémoire et au Patrimoine, sur un sujet aussi sensible qu’est la connaissance de notre passé, avec nécessairement une projection sur notre avenir. Le silence serait la pire des réponses.

Cette commission « Mémoire et Patrimoine » serait chargée d’évaluer et de faire des propositions concrètes pour une lecture plus contemporaine de notre patrimoine
Notre volonté progressiste a toujours été de nous construire sur un socle solide dont les bases seraient la connaissance, la culture et fierté des libertés acquises par nos ancêtres, souvent au prix de tragiques évènements.

En l’attente, je vous prie de croire, Monsieur le maire, en l’assurance de ma parfaite considération
Serge Letchimy

Commentaires

Véyative | 28/05/2020 - 20:55 :
"Si vous voulez enterrer un problème, nommez une commission", disait Clemenceau.....

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