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LA QUESTION DE RÉPARER EST COSUBSTANTIELLE À CELLE DE DÉCOLONISER

Pierre CARPENTIER
LA QUESTION DE RÉPARER EST COSUBSTANTIELLE À CELLE DE DÉCOLONISER

Ce que partagent les Guyanais avec les peuples océaniques transverses sous autorité française, c'est "le Manque", celui de la représentation de soi sur bien des plans. Le vide historique et identitaire dans lequel nous nous trouvons précipités, les dépossessions économiques à large spectre et l'Éducation qui demeure un pôle de négligence et d'aliénation de notre jeunesse à la culture hexagonale.

Qu'y a-t-il de commun, par exemple, entre le Guyanais, le Martiniquais et le Guadeloupéen dans un premier temps, outre l'origine africaine de leur peuplement forcé aux Amériques et dans la Caraïbe, pour ce qui concerne la question des Réparations liées à l'esclavage colonial qui y sévît quatre siècle d'endurante résistance ? Et bien, c'est l'actualité du débat dans nos pays sur l'exigence unanimement entendue des modes d'application (et nous n'en écarterons aucun) effectifs de la Réparation.

Dans ce contexte, nos frères Antillais voient surgir des ombres insondables de l'Habitation, la fondation "Esclavage et Réconciliation"   (créée à l’initiative du Comité de la Marche du 23 mai 1998 à Paris CM98 (à laquelle je participais), présidée par le médecin Guadeloupéen Serge Romana, et réunissant des associations citoyennes, des personnalités, des entrepreneurs et intellectuels originaires de l’Outre-mer. La caution morale qu'on aura voulu faire porter par quelques uns de ses premiers signataires ppourra surprendre, et c'est le moins que l'on puisse dire) dont l'objetif serait d'accompagner, d'amplifier et de promouvoir le Solde de Tout Compte Mémoriel  de la capitalisation négrière en faisant la significative économie de passer par l'inévitable préalable Purgatoire d'une commission "Vérité et Réconciliation" telle qu'elle fût organisée au niveau national par la République Sud-Africaine pour faire l'examen, le procès de l'Apartheid et ce faisant dans un premier temps, avant celui des modalités des Réparations, d'apaiser l'Avenir et la Mémoire de la Nation en toute conscience partagée.

D'autre part, nos cousins Martiniquais qui cherchent aussi à gagner quelque liberté économique en leur Pays, entendent-t-ils gérer directement, sous les auspices internationaux de l'UNESCO via l'ONU, les ressources liées à leur patrimoine culturel et naturel notamment touristiques en réclamant l'inscription du site historique de la commune de Saint Pierre sur la fameuse Liste Indicative de candidature afin de lE classer au Patrimoine mondial de l'Humanité. Seulement, pour aboutir, l'État-parti (ici la France) doit accompagner le dossier martiniquais pour qu'il soit sélectionné par l'honorable Organisation à concurrence de centaines d'autres en provenance de sites du monde entier. 

Maintenant, que peut- t-il y avoir de commun aux Guyanais et aux Marquisiens (sur l'infinie étendue et profondeur de l'océan Pacifique, en leur archipel sur l'habitat des eaux) en matière de destins politiques et de maîtrise de leurs ressources propres ?

Tout d'abord, ce que j'appellerai la Tabularité géophysique.

En effet, de notre forêt primaire continentale et de sa Roche-Mère s'élève par les cieux en son confin Le Sommet tabulaire de la Guyane composé de nombreux massifs imposants (Itoupé, Émérillon, Bakra etc.) tous surgis de l'inextricable océan de verdure. De même, l'archipel des Îles Marquises est-il solidaire de ses quatorze îles Hautes par la même Tabularité des monts Oave et Tekao tous deux émergés de l'abyssal plancher océanique.

Ensuite, la Guyane partage avec les Îles Marquises la tragédie des destins humains et politique qui ont milité pour tenter d'obtenir quelque autonomie de gestion.

Le Député Justin Catayée et le Conseiller territorial de l'Assemblée de Polynésie Française Lucien Kimitete ayant payé leurs tentatives d'émancipation politique de leurs peuples vis à vis de la France au prix de leurs vies abîmées dans de mystérieuses catastrophes aériennes liées à leurs campagnes élctorales déterminantes, respectivement en juin 1962, quand le Boeing 707 d'Air France s'écrase sur le morne Deshayes en Guadeloupe, et en mai 2002 quand le Piper PA 34 se crashe entre deux atolls de l'archipel des Tuamotu perdu corps et biens, décapitant les leaders des mouvements autonomistes antillo-guyanais et marquisien.

Justin Catayée représentait une menace réelle pour le pouvoir néocolonial qu'incarne le général de Gaulle dont on retiendra la citation explicite suivante : "L'indépendance, on verra, l'autonomie, jamais !". De même, quarante années plus tard, Lucien Kimitete ayant compri que son projet d'inscription des Îles Marquises au Patrimoine mondial - Unesco serait un des moyens indispensables pour son peuple de maitriser la gestion de ses ressources sous des auspices internationaux, mais au détriment de la puissance colonisatrirce ; le projet marquisien présentait le risque d'une perte de compétences non négligeables d'accès aux ressources de l'archipel pour les institutions de tutelles tahitiennes et métropolitaines.

Ainsi, compte tenu des exemples des dossiers UNESCO ; des Îles Sous-le-Vent à Raitea qui verront dès juillet 2017 la première inscription officielle (d'une possession française d'outre-mer) du site historique du Marae de TAPUTAPUATEA cf.  le discours F. Hollande à Raitea en fevrier de cet année sur élysée.fr ; marquisien (sur le point d'aboutir) et martiniquais (récemment engagé) ; le Parc Amazonien de Guyane (PAG) devient-il aussi un enjeu des plus importants pour maîtiser et gérer directement notre patrimoine mixte (naturel et culturel) exceptionnel ; ce qui nous permettrait de le protéger des pirates institutionnels qui ont accès à nos ressources biogénétiques à tout moment, et de décider des axes que nous jugerons prioritaires pour notre développement.  

Enfin, la toute récente mobilisation pendant des semaines entières du peuple guyanais par ses acteurs éducatifs au sein des organisations syndicales et la société civile par d'imposantes manifestations pour dénoncer l'état scandaleux de délabrement généralisé de l'Éducation en Guyane, organisé par le mépris et la négligence historique des Gouvernements successifs qui tiennent le Centre Spatial "Guyanais" en bien différente considération et plus haute estime, a eu raison du Gouvernement et obtenu que la Guyane tout-entière soit classée en "Zone d'Éducation Prioritaire Renforcée" accompagnée d'un sigle qui pourrait signifier à lui seul, comme un début, sinon une forme, qui pourrait apparaître dérisoire, mais Ô combien nécessaire, de Réparation parmis d'autres tellement indispensables à l'harmonieuse guyanisation de l'environnement culturel et économique de nos compatriotes : "REP +"

Oui, c'est dans les conditions historiques des surdéterminations que l'on exerce, je dirai sur nos pays, que l'on prend conscience plus que jamais, à mesure qu'on tente d'insinuer l'intolérable dans la norme du temps, que, (pour reprendre l'expression de Garcin Malsa le président du Mouvement International pour les Réparations - Martinique (MIR) :

"La question de la Réparation est cosubstantielle à celle de la décolonisation".

Guyane, Guadeloupe, Martinique, MÊME COMBAT !

Les Calédoniens, les Polynésiens, les Marquisiens ont obtenu, via l'ONU et sa IVème Commission (Politiques Spéciales et Décolonisation) la visibilité mondiale des déposséssions qu'ils subissent pour les recouvrir dans un avenir proche. De même les ressources naturelles et culturelles guyanaises nous sont-elles promises par la branche Culture de l'ONU via la Labellisation du PAG comme "Patrimoine mondial de l'Humanité - UNESCO". 

Décoloniser, c'est commencer de rétrocéder, ou d'arracher les moyens culturels et économiques d'identification propres à soi-même, par l'Éducation elle-même vecteur d'accession à la gestion intelligente de notre plurinational patrimoine guyanais, c'est faire place à l'indétournable éclosion de la Nation. Cet intérêt qui nous rend indivisibles, la colonialité du pouvoir n'en veut pas. Faut il rappeler que Justin Catayée et Lucien Kimitete l'ont payé de leur vie et que la dignité d'un peuple s'estime à l'aune du courage qu'il démontre.

Bwa pou nou Alé !

Go afissi !

Wapo na dé !

Soley' !

 

Source : https://blogs.mediapart.fr/pierre-carpentier/blog/090616/la-question-de-reparer-est-cosubstantielle-celle-de-decoloniser

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