La problématique du créole à l'Université de Kenitra (Maroc)

La problématique du créole à l'Université de Kenitra (Maroc)

    A l'occasion d'un colloque organisé cette semaine par l'Université de Kenitra, au Maroc, sur le thème "Langue et territoire", deux créolistes, Max BELAISE (Guadeloupe) et Karen TAREAU (Martinique), ont fait connaître la problématique des langues et cultures créoles, cela en présence de sociolinguistes du monde arabe, d'Afrique noire et d'Europe. On y a noté la présence (cf. photo) du très connu Louis-Jean CALVET, auteur d'un ouvrage incontournable intitulé "La Guerre des langues"...

 

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Diagnostics littéraires des territoires insulaires antillais

 

Max BELAISE Université des Antilles, Martinique.

Selon l’écrivain Haïtien Dany Laferrière : « L’écrivain devrait vivre dans une ville qu’il n’aime pas » Alain Mabanckou qui cite son confrère, explique son propos en y voyant « une invitation à la prise de distance » de l’écrivain d’avec la ville où il séjourne. Qui plus est, écrit le poète et romancier, on est écrivain « parce que quelque chose ne tourne pas rond ». De nombreux auteurs de l’espace franco-antillais ont scruté et ausculté leurs territoires. Ainsi la Martinique, depuis Aimé Césaire avec son Cahier d’un retour au pays natal en passant par les auteurs de la créolité tels que Patrick Chamoiseau et Raphaël Confiant, jusqu’aux jeunes écrivains – « courant qui n'a pas encore obtenu la reconnaissance hexagonale et internationale », disait R. Confiant – a fait l’objet d’une attention particulière de ses écrivains dans la description de la « ville-capitale » : Fort-de-France « ville lamentablement échouée », considérait F. Fanon à la suite de A. Césaire. Haïti n’est pas en reste : Port-au-Prince est souvent objet d’un réel intérêt géographique et urbanistique. Elle est la ville qui fascine et effraie : c’est la ville de tous les dangers. 15 Quels sont les mobiles des auteurs de l’espace créole pour qu’ils soumettent leurs territoires à leurs diagnostics ? Pourquoi cette « littérature anthropologique » (Jean Benoist) se préoccupe-t-elle de « spatialité problématique » (Rafael Lucas) ? Serait-ce un phénomène davantage marqué en post-colonisation française ? Ces villes : « (post)coloniales », « assassines », chaotiques, postmodernes, imbriquant une culture mi-rurale, mi-urbaine méritent que l’on s’y arrête pour appréhender les intérêts qu’elles suscitent en saisir les enjeux qui s’y déroulent quelles que soient les latitudes où elles se trouvent.

 

Le créole, langue véhiculaire des territoires francophones, anglophones et hispanophones

 

Karen TAREAU Université des Antilles, Martinique.

 

La langue créole est née de la première mondialisation : celle dont les affres de la colonisation a donné lieu au métissage de langues et de cultures entre l’Afrique et l’Europe et l’Asie, mais aussi celle qui a érigé ces territoires créolophones dans une incomplétude culturelle et identitaire. Pour Fanon, les peuples colonisés vivent un complexe d’infériorité, « du fait de la mise au tombeau de [leur] originalité culturelle locale » (1952: 14). Quoi qu’il en soit, la deuxième mondialisation traverse ces espaces qu’ils soient indépendants comme Haïti ou assimilés comme les Antilles françaises. Cependant, la langue créole fait fi des langues héritées de la colonisation et facilite l’intercompréhension entre francophone, anglophone et hispanophone. Notre étude est traversée par la dé-territorialisation et re-territorialisation des langues créoles à base lexicale française dans un département : la Martinique, marqué par la suprématie du français. En effet, notre réflexion porte principalement sur les effets linguistiques des mouvements migratoires de ces ressortissants : Dominique /Sainte-Lucie, Haïti et Saint-Domingue dans cette île. L’étude ouvre aussi le débat sur des territoires qui, à plus grande échelle, subissent des apports de migrants sur le plan linguistique que culturel, faisant du concept d’identité un terme flou.

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