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Jid : Le militant, supporte la langue au quotidien.

Jid : Le militant, supporte la langue au quotidien.

Jude DURANTY, de son nom de plume Jid, œuvre depuis 15 ans dans le journal ANTILLA avec une chronique créole intitulée KREYOLAD. Ce billet d’humeur participe à la promotion de l’écrit en créole. Jid a créé sa propre maison d’édition, Les Editions Zaboka, et nous l’avons rencontré pour un bokantaj.

MONTRAY KREYOL : Aujourd’hui votre chronique KREYOLAD qui paraît sur ANTILLA vous a permis d’être connu dans le monde de l’écriture créole, que pouvez-vous nous en dire ?

En effet, Jid est aussi connu que Jude Duranty dans le monde créole. Les Kréyolad m’ont permis de tenir un rythme d’écriture régulier avec l’hebdomadaire ANTILLA. Près de 800 textes sont aujourd’hui écrit. Autrement dit, cela représenterait six ouvrages de 130 pages. L’aventure de Kréyolad est intéressante car il m’a permis modestement, à mon insu, que les lecteurs d’ANTILLA disposent depuis 15 ans d’une page de lecture en créole. Cela leur a permis une familiarisation avec la langue en lisant régulièrement. Kréyolad, même si ce n’était l’objectif initial, a participé à une forme d’alphabétisation en langue créole.

Je profite d’ailleurs de remercier la direction d’ANTILLA, Henry Pied, Gérard Dorwling-Carter. Le proverbe créole dit « Makak pa ka trouvé ich-li led » C’est le seul journal qui, depuis 2004, propose à ses lecteurs une page en créole. J’ai beaucoup de retour intéressant de lecteurs qui m’encouragent voire me critique. Par exemple deux lecteurs sympathiques au demeurant, dont une ancienne inspectrice de l’Education Nationale apprécie mais n’aime pas la graphie du GEREC. Elle m’a suggéré mainte fois d’écrire avec l’écriture étymologique comme faisait Monsieur Gilbert Gratiant. Cependant il est important de reconnaître le travail considérable du GEREC avec le standard I et II de la graphie proposée. J’utilise le standard II et celle-ci a fait ses preuves même si tout système graphique peut être amélioré.

MONTRAY KREYOL : Hormis les lecteurs d’ANTILLA qui s’intéressent aux KREYOLAD ?

Kréyolad s’est fait connaitre dans le milieu universitaire avec le formidable travail de Nicole ISCH présenté dans le cadre d’un colloque organisé par le GRECFAC intitulé « Le spectacle de Kréyolad » en novembre 2008 au Macabou. J’ai appris que des étudiants en langue et culture régionale utilise régulièrement les textes de Kréyolad dans leur apprentissage de la langue. Il a même déjà proposé au Baccalauréat. Pour leur faciliter la tâche, je viens d’ailleurs de publier Kreyolad 2004-2008 que j’ai appelé premier quinquennat. Deux autres vont suivre dans le cadre de ses 15 ans. Kreyolad a fait l’objet de trois publications à ce jour. Kréyolad en 2011, Dis lanné Kréyolad en 2014 et Kréyolad 2004-2008. Actuellement une présentation en PDF est en cours pour les chercheurs et les étudiants désirant y travailler.

MONTRAY KREYOL : Depuis quand écrivez-vous et quels sont vos publications en termes de quantité ?

Mon premier écrit en créole Zouki bel zouti est paru en français sous le titre Zouki d’ici danse aux Editions Ibis Rouge. Ma bibliographie comporte aujourd’hui 32 publications dont 22 en créole. Parmi ces 22 ouvrage 8 sont consacrés à la littérature de jeunesse. Notons que parmi ces écrits en créole on trouve également 5 ouvrages traduits du français.

Pour répondre précisément à votre question, j’écris depuis 2004 mais j’ai du en 2011 créer ma propre maison d’éditions, Les Editions Zaboka, pour publier mon premier livre créole refusé par l’éditeur en 2005. Les Editions Zaboka ont donc déjà publié 14 ouvrages dont 4 en français, un catalogue est en cours de préparation pour une meilleure visibilité des ouvrages.

MONTRAY KREYOL : La production de livres en créole est en augmentation mais se vendent-ils bien ?

Ma modeste entrée dans l’édition m’a fait découvrir combien la distribution était compliquée d’autant que le lectorat en créole était loin d’être pléthorique. Mes livres en créole sont écoulé entre 80 et 200 exemplaires pas plus. Il se pose le problème de la promotion. Comment faire connaître cette production qui est pourtant là, reste pour moi une vraie difficulté. Mon blog et Facebook ne suffisent pas et je n’ai pas toujours les moyens d’investir dans une communication onéreuse et pas toujours maitrisable pour faire connaître les Editions Zaboka.

MONTRAY KREYOL : Vous étiez professionnel du livre, bibliothécaire, pouvez-vous nous expliquer les raisons qui vous ont amenés à l’écriture du créole ?

C’est vrai que mon métier a favorisé mon initiation ainsi que ma rencontre avec l’écrit créole. Ma fréquentation d’auteurs tels que Gilbert Gratiant, Marie-Thérèse Julien Lung-Fu, Raphaël Confiant, Georges de Vassoigne, Jean Bernabé pour la Martinique. Hector Poullet et Sylviane Telchid pour la Guadeloupe, Georges Castéra, Maurice Sixto, et la merveilleuse anthologie de la littérature haïtienne de Jean-Claude Bageux Mòso chwazi ki ékri an kréyol ayisien. Les ouvrages de Jean Bernabé notamment la Graphie créole et Fondal Natal m’ont intéressé et petit à petit la lecture de divers ouvrages m’ont amené à vouloir écrire la langue. Certains ont été rude comme l’ouvrage de Parépou ou Dézafi de Frankétienne. Mais curieusement en lisant Frankétienne j’ai eu envie d’écrire parce qu’il a m’a montré que l’on pouvait créer sa propre langue en créole. Mes premières expériences de l’écrit créole furent avec l’écriture musicale et l’écriture de la langue était parallèle. Une expérience de direction de chœur liturgique en France hexagonale m’a fait prendre conscience de la langue créole et de la nécessité de l’écrire. Ces deux piliers que sont l’écriture musicale et l’écriture de la langue créole sont deux éléments sur lequel il faut marcher kantékant selon moi de manière évidente.

MONTRAY KREYOL : Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire puis éditer en créole ?

J’ai répondu déjà à la première question. Cependant pour la seconde mérite un éclairage. J’ai découvert sur le net la microédition c’est-à-dire la possibilité d’éditer en nombre limité et de s’abréger de problème de stockage. Et c’est ainsi que j’ai pu enfin publier Zouki bel zouti et c’était parti. Cette plateforme qui propose de vous éditer et d’imprimer vos livres m’a offert la possibilité de publier mes ouvrages. J’avais déjà en 2009 publié avec les Editions JouvePrint Sansann, mais en découvrant TheBookEdidtion j’ai publié enfin mon premier roman refusé en 2005 par l’éditeur. En effet, il m’avait demandé une traduction et lorsque je l’ai réalisé il a finalement gardé le texte français. En découvrant TheBookEdition, je ne me suis pas dit : Euréka mais mi lim !

MONTRAY KREYOL : Nous constatons que quel que soit le genre pratiqué, musique, poésie, fiction, le créole a toujours occupé une place prépondérante dans vos écrits ?

J’ai eu la chance inouïe que mon environnement ne m’ait jamais interdit l’usage du créole comme d’autres. Sauf un oncle qui m’a même frappé parce que je parlais créole à son petit fils alors que ce cousin qui sortait de Madagascar me le réclamait. Mon père n’était que créolophone quand il allait dans les administrations il s’adressait en créole et me disait « man pa ka jouwé moun an, i pou konprann sa man ka di’y la ! ». Ma mère parlait les deux langues mais l’on ne m’a jamais interdit l’usage du créole. L’injonction parler créole à un adulte serait irrespectueux je ne connais pas cela, bien au contraire.

J’ai été en 2001 de ceux avec le Père Monconthour à animer toute une messe par des chants en créole à Bellevue. Au sein de ma paroisse à Schoelcher avec ma chorale j’ai toujours introduit régulièrement des chants en créole dans la messe. Puis nous avons institué la messe de juillet tout en créole. C’est comme cela en introduisant de manière « homéopathique » des chants liturgiques en créole que les paroissiens se sont familiarisés avec la lecture et le chant en créole. Il y a encore des réticences car l’écriture du créole est souvent fluctuante lorsqu’il s’agit d’autres groupes qui animent.

MONTRAY KREYOL : Dans vos écrits l’on constate une nette ouverture vers le créole guadeloupéen pourquoi cela ?

Eh bien j’ai rencontré un ami en la personne Hector Poullet ce grand monsieur discret de la littérature créole de Guadeloupe. Ce militant infatigable a toute mon admiration. Nous avons entamé une longue et fructueuse collaboration depuis plus de dix ans. Figurez-vous que notre premier projet n’a pas encore été publié. Il s’agit d’un ouvrage sur les crabes qui comporte un lexique de noms de poissons des deux pays avec des noms différents. Ce sera fait prochainement nous l’espérons fortement. Nous avons poursuivi notre collaboration et c’est ainsi qu’est né ce qui s’appelait initialement Zwel-mo qui est devenu Dictionnaire de rimes créole de Guadeloupe et de Martinique aux Editions Nestor. En 2017 est sorti Konparézon/Siparézon kréuyol : Expressions métaphorique en créole guadeloupéen et martiniquais à CaraïbEditions. Prochainement paraîtra un Dictionnaire comparée de créole guadeloupéen et martiniquais toujours à CaraïbEditions. Notre collaboration est intéressante et respectueuse dans le sens où les deux pays qui pratiquent une graphie différente publie ensemble sans que cela ne pose aucun problème de lecture mais bien au contraire une meilleure connaissance des deux langues.

MONTRAY KREYOL : Pourquoi selon vous la littérature écrite en créole n’occupe-t-elle pas la place qu’elle mérite au sein de notre littérature ?

C’est vrai que pour certains militants les choses n’avancent pas assez vite. Cependant, lorsque l’on regarde dans le rétroviseur, l’on constate que depuis une dizaine d’année environ. La production en langue créole a pris sa vitesse de croisière avec au moins trois ou quatre ouvrages par an depuis une dizaine d’année. Si nous regardons l’année 2019 c’est plus de 15 ouvrages environ qui ont été édités dont 5 d’un coup par K.Editions.

Donc les publications commencent à poindre mais les lecteurs sont-ils au rendez-vous ?

C’est là tout une autre question à laquelle il faudra s’y atteler avec précisément d’ateliers d’apprentissage de l’écriture de la lecture pour un regain de la langue créole. L’association KM2 (Krey Matjè Kréyol Matinik) travaille à promouvoir la langue mais la lecture et l’écriture doivent être nourri par une série d’initiatives valorisant cette lecture. Chacun à son niveau ne doit pas faire comme le dicton créole « chak bètafé ka kléré pou nam-li » mais plutôt agir en synergie et solidarité pas ou pa ka pran pis épi an sel dwet.

 

Crédit-Photo Charles-Henry Fargues

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