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IL FAUT ETRE SOLIDAIRE DE LA CATALOGNE EN LUTTE

Raphaël CONSTANT
IL FAUT ETRE SOLIDAIRE DE LA CATALOGNE EN LUTTE

Jordi Cuixart et Jordi Sanchez sont en prison depuis plus d’une semaine pour le seul crime d’être des responsables de deux organisations indépendantistes catalane, l’Omnium Cultural et l’Assemblée Nationale Catalane, toutes deux regroupant des dizaines de milliers de membres.

La justice espagnole leur reproche le crime de « sédition » du fait qu’ils auraient appelé à une manifestation devant des immeubles où la « guardia civil », de sinistre mémoire, effectuait des perquisitions.

Amnesty International a immédiatement fait savoir qu’il s’agissait de « prisonniers politiques ».

Pourtant, l’Union Européenne qui ne cesse de donner des leçons de démocratie au monde entier et d’infliger des sanctions économiques au travers de la planète n’a pas eu un mot au sujet de ces scandaleux emprisonnement par une justice aux ordres du gouvernement Rajoy et de la droite espagnole.

Le sommet européen qui vient de se tenir a été absolument silencieux sur cette question. Tous les chefs d’état ont entouré Rajoy de leur soutien sinon de leur affection. Le président Tusk a clairement dit qu’il n’y avait pas de place pour une médiation, ce que le gouvernement catalan avait sollicité depuis plusieurs semaines. Angela Merkel a déclaré que la seule solution se situait dans la constitution espagnole. Maron a été égal à lui-même en soutenant l’espagnolisme à outrance.

Bref, Rajoy est retourné à Madrid les mains libres de faire tout ce qu’il voulait.

Ainsi, dès le lendemain, le samedi 20 octobre, il a annoncé qu’il allait, au nom de la constitution espagnole, placé sous tutelle la Catalogne, dissoudre la « généralitad » issue d’élections démocratiques et son gouvernement et gérer directement ce pays. Contrairement à ce qu’il a dit, il a suspendu l’autonomie catalane. Cette décision fait fi des règles élémentaires du suffrage universel et de la démocratie.

L’Europe a ainsi clairement démontré que le droit et la démocratie ne sont pas des questions de principes mais bien des concepts creux qu’on utilise et exploite au gré des situations nationales particulières.

Cette attitude discriminatoire de l’Union Européenne n’est pas nouvelle. Elle s’est déjà manifestée sur maints sujets. L’UE a sanctionné le Venezuela de Maduro mais continue à financer l’Egypte de Sissi. Elle sanctionne la Russie pour la Crimée mais finance le Kosovo ou la Birmanie etc…

Ce qui est quand même nouveau, c’est d’une part que la situation catalane est celle d’un des pays de l’UE. Il y a peu de semaines, la commission a fait de gros yeux à la Pologne car une loi sur la justice lui paraissait contraire à la séparation des pouvoirs. Mais que l’Espagne refuse d’organiser un référendum ou emprisonne des hommes du fait de leurs opinions et cela ne déclenche aucune réaction chez ses dirigeants européens.

Quelle formidable hypocrisie !

L’autre aspect nouveau à cette affaire est l’argumentaire « juridique » avancé par les eurocrates de tous poils. Seule la loi espagnole compte et uniquement elle nous dit-on ?

Peu importe que cette loi soit juste ou injuste, contraire ou non au droit international, seul compte la loi que Madrid met en avant.

Or puisque la loi espagnole dit qu’il n’y a qu’un peuple espagnol indivisible, les catalans n’ont qu’à se taire, se plier aux diktats d’un gouvernement madrilène, par ailleurs totalement corrompu.

Dans cet ordre idée, depuis un mois toute une série de juristes se démène pour expliquer que si le droit à l’autodétermination (ouf !) existe bien ce dernier est limité ! il serait limité par le droit des états existants à garder leur territoire ! Bref, ce droit existe mais pas pour les catalans, les basques, les galiciens, les flamands, les écossais et autres peuples sans états d’Europe occidentale etc….

On ne peut être que sidéré devant un tel raisonnement car il met en cause la hiérarchie des normes en droit international et considère comme relatif ce qui était accepté à ce jour comme absolu.

La suite logique de cette remise en cause est de considérer aussi comme normal d’emprisonner des êtres humains du fait de leurs opinions et uniquement pour celles-ci.

En fait, un de ses grands savants tenant ces inquiétant raisonnements, professeur d’université de géographie (excusez du peu), a terminé son article par cette formule : « l’exercice du droit à l’autodétermination est une question de rapports de force ».

C’est donc selon que vous soyez forts ou faibles que votre droit sera reconnu.

L’Espagne est forte. Seul son point de vue compte.

En général, la communauté internationale essaie de garder les formes. A titre d’exemple, entre 1954 et 1962, l’ONU considérait la question algérienne comme une question coloniale même si la France mettait son veto à toute résolution au nom de l’indivisibilité du territoire français et de son peuple (la même thèse que celle de M. Rajoy). Aujourd’hui encore et depuis pas moins de quatre décennies, l’ONU considère que le peuple du Sahara Occidental a le droit de choisir librement son destin même si le Maroc n’a cessé de réussir à mettre en échec l’exercice de ce droit.

Mais là, pour l’UE, circulez, il n’y a rien à voir, la Catalogne n’existe pas.

Or la Catalogne qui n’existe pas possède une population d’un peu moins de dix millions d’habitants et une importante activité économique.

Si dans ce cas, l’UE est aveugle, nul doute que demain quand le peuple martiniquais (ou les autres sous actuelles domination française) fera valoir son droit à l’autodétermination, il ne faudra pas attendre de ces messieurs et dames de Bruxelles qu’il bouge un petit doigt pour faire respecter le droit international (ce qui démontre que les indépendantistes martiniquais ont intérêt à rechercher principalement des soutiens hors d’Europe). La France aura les mains libres comme Madrid aujourd’hui. Pour arrêter et plus s’il y a lieu.

Tenons-le-nous pour dit.

Pour en revenir à la Catalogne, il est clair que Rajoy, ce petit Franco moderne (rappelons que Franco avait la même position sur l’impossibilité de diviser l’Espagne et que lui aussi avait dissout la « Généralitad »), qui a obtenu le soutien des centristes et des socialistes du PSOE (seuls Podemos et la gauche Unie -IU- ne le soutiennent pas), veut l’affrontement direct et espère à coup d’arrestations, d’interventions policières, de chantage économique, apeurer une majorité de ce peuple pour qu’il recule et renonce à son indépendance. Voici pourquoi il prétend organiser dans six mois des élections dans un pays occupé, étranglé et apeuré. Même s’il y arrive, ce qui reste à démontrer, nul doute que la question nationale catalane ne sera pas résolue.

Les deux millions de personnes qui ont voté pour l’indépendance le 1er octobre 2017 ne vont pas s’évanouir dans la nature et fort heureusement Rajoy ne pourra pas tous les emprisonner, faute d’avoir assez de cellules carcérales.

Si les quarante ans de franquisme n’ont pas eu raison de la Catalogne, ce ne peut être Rajoy et son roi qui réussissent à faire taire la légitime revendication de ce peuple séculaire.

La Catalogne se bat et mérite notre soutien.

Il est à espérer que ceux qui se disent patriotes en Martinique le manifesteront clairement (si le CNCP et le PKLS ont clairement manifesté leur soutien et indirectement le GRS, les occupants de Plateau Roy ont adopté un silence inquiétant).

A toutes fins, j’indique qu’il existe en Martinique un consulat d’Espagne dont le siège se situe dans un quartier huppé du Robert.

Le 22/10/17

R. CONSTANT

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