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HOMMAGE A PIERRE-JUST MARNY

Daniel Boukman

Je ne suis pas un Français mais un Martiniquais né d’un descendant d’Arawaks. Pas un Français, un Caraïbe. - Extrait d’une lettre de Pierre-Just Marny en date du 19 avril 2009.

Le dimanche 7 août  2011, dans sa cellule, Pierre-Just Marny mettait un terme définitif à ces 48 années d’emprisonnement qui faisaient de lui le plus vieux prisonnier de ce  pays - la France - qui, malgré ce déni de justice, a l’impudeur de se prétendre la patrie des droits de l’Homme.

Officiellement, Pierre-Just Marny s’est suicidé. Nombreux sont ceux qui difficilement acceptent  cette version des faits; j’hésite pour ma part  à partager un tel scepticisme mais j’affirme que la mort de  cet homme exceptionnel, les décideurs de l’aréopage judiciaire en partagent largement la responsabilité. 

L’hommage que je rends aujourd’hui à Pierre-Just Marny ne concerne pas la portion de sa vie entachée par le geste fatal qu’il  accomplit ce 2 septembre 1965 et pour lequel, après 48 années de privation de liberté, il a payé, lourdement payé… Toutefois,  je ne suis pas du parti de ceux qui justifient le calvaire carcéral de cet homme en rappelant qu’il avait du sang sur ses mains...

Marny

Après tant d’années passées dans une quinzaine de prisons françaises, dont 6 années, seul, enchaîné au fond du mitard, cette geôle faite pour mater «les fortes têtes»; après 32 années interné dans un hôpital psychiatrique du Vaucluse, Pierre-Just Marny est transféré, le 28 mai 2008, à la prison de Ducos… Aux  demandes répétées de mise en liberté conditionnelle1 effectuées par ses avocats, au plus haut niveau de la magistrature française, il a toujours été opposé une fin de non-recevoir, et cette implacable décision, l’appareil judiciaire installé en Martinique va la perpétuer en y ajoutant une dose supplémentaire d’inhumanité.

En effet, ce ne sera que suite à de nombreuses requêtes que ses avocats  finiront par obtenir une permission de sortie, mais, leur est-il précisé,  sous escorte militaire, et seulement pour une durée de 6  heures... Et quand de nouvelles demandes sont formulées, on dit NON!… Qui pis est, pour calmer les impatiences justifiées du plus vieux prisonnier de France, plusieurs fois, sur ordre du préfet, il sera trimballé à Colson pour y recevoir cachets  et piqûres.

Le 7 août 2011, Pierre-Just Marny est trouvé, sans vie, dans sa cellule… Dernier outrage à lui infligé: les pages qu’il a écrites avant son dernier voyage, sont jusqu’à ce jour, confisquées… Pendant  48 années, institution pénitentiaire et instance psychiatrique ont vainement tenté de briser la volonté de ce Martiniquais au caractère d’acier trempé… Puisse, dans ce pays, - le nôtre - où tant de nos compatriotes, par peur ou complicité, acceptent l’inacceptable, puisse, au-delà de sa mort, Pierre-Just Marny, l’insoumis, demeurer longtemps un exemple à méditer.

Daniel Boukman
Écrivain patriote martiniquais

Note

  1. L’octroi de la  liberté conditionnelle,  P.J Marny pouvait y prétendre dans la mesure où tout condamné à perpétuité, après 22 ans de prison, peut en bénéficier, après avis favorable du CNO (Centre National d’Observation) basé à Fresnes…, C’est suite à son passage devant ce CNO, le 12 juillet 2007 qu’il avait pu quitter, après 32 ans d’internement, l’hôpital psychiatrique du Vaucluse, et être transféré à Ducos… Le 25 juin 2008, une nouvelle loi impose à tous condamnés à perpétuité de passer devant le CNO pour une évaluation de leur dangerosité… Estimant avec raison qu’il a déjà subi cet humiliant examen, P.J Marny refuse de se rendre à Fresnes où pendant 6 semaines, de nouveau, comme un cobaye, il aurait été de nouveau soumis à toute une batterie de tests dont il garde un très mauvais souvenir… En outre, dans  le cadre d’une justice digne de ce nom, comme ses avocats n’ont  cessé de le demander, P.J Marny aurait pu  obtenir une libération conditionnelle soit en vertu d’une suspension de peine pour raisons médicales: il était atteint de cécité, son bras gauche en cours de paralysie, ou bien suite à une commutation de peines: il aurait suffi de transformer une perpétuité en une peine avec un nombre d’années déterminé, ou bien encore par l’octroi d’une grâce présidentielle: fin décembre 2010, les avocats de PJ Marny présentent au président de la république française  une supplique en ce sens; le 4 janvier 2011, le Comité  Libérez Marny  fit de même: en retour, à ces différentes  démarches sera opposé un bureaucratique refus.

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