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Harold Sonny Ladoo : Nulle douleur comme ce corps, Editions Les Allusifs

Compte-rendu de lecture par Jean S. Sahaï
Harold Sonny Ladoo : Nulle douleur comme ce corps, Editions Les Allusifs

{{Grandiose et triste à la fois}}, cet ouvrage d'un auteur caribéen mort trop tôt, comme un chien.

Nous sommes au début du XXème siècle, dans une des îles à sucre anglophones de la Caraïbe, ou des enfants indiens, descendants des pauvres hères dits coolies qui remplacèrent les esclaves, s'étripent et se font détriper par un père inconsistant. Dans une saga faite de souffrance et de colère omniprésentes, se confrontant avec rage de survivre, et s'accrochant...

{{C'est le partage de cette noirceur de vie}} sous le soleil féroce des Antilles; d'une existence misérable rythmée par l'eau de la pluie, la rizière, les cris, les larmes; de l'énervement et de l'agacement de ces petites gens écrasées par le malheur de tout ordre... Qui cultivent le riz nourricier, mais souffrent l'alcoolisme intempestif d'un père bagarreur et mari incompétent, de la violence des éléments, de l'étroitesse du groupe humain aussi.

Harold Sonny Ladoo n'y va pas de main molle en écriture descriptive. Il l'a connue, la douleur explosive, mal contenue, du corps humain comme du corps sociétal. Et celle évidemment qu'il porta dans son propre corps d'auteur écœuré. L'univers est en guerre contre l'homme, les éléments sont sans pitié pour sa chétivité. Vent, pluie, rizière en crue, désespérance intérieure aboyante, tout concourt à générer entre les personnages une archaïque douleur de vivre, sur fond d'infantile phobie de l'écrasement - bêtes, diables, dieux et bon dieu, esprits maléfiques, sont omniprésents dans ce fracas-vacarme.

"Nulle douleur comme ce corps" sera pour beaucoup la révélation d'un aspect brûlant et trop méconnu de notre histoire : la cruelle existence, la folle épopée des descendants d'engagés indiens dans les plantations des Caraïbes...

{{Entre autres raisons de cette carence}} de témoignages sur la vie indienne dans la littérature caribéenne, citons ces deux - l'omniprésence de la plainte inexpurgée de l'esclave noir au prétoire de l'histoire, et la timidité de l'indien caribéen quant à extravertir sa propre souffrance... Lui réputé surtout contemplatif - et productif - face au malheur et à l'outrage, est demeuré plutôt réservé et torturé que révolté et destructeur, par décence envers ceux qui, ancêtres, ont souffert comme lui, avant lui.

Vie brève et intense, comme celle d'Harold Sonny Ladoo lui-même, dont le nom indien, laddhu, ironie du sort, désigne une boulette de confiserie indienne très prisée. Né à Trinidad en 1945, HSL émigre, comme tant de milliers d'autres, avant, et après lui, fuyant une vie médiocre sans grand lendemain pour commencer une autre existence, au Canada. Là, sa vie d'écrivain se doublera de celle du père qui doit travailler de nuit pour faire vivre sa famille. Mais, tenté par on ne sait quel démon du retour, Harold Sonny Ladoo repart pour Trinidad, où il se fait assassiner et jeter dans un caniveau en 1973.

Harold Sonny Ladoo nous laisse ainsi aux prises avec les inconnues intimes de sa motivation de romancier. La part du témoignage et de l'autobiographie, de l'interrogation sur le parcours sauvagement raccourci de ce percutant artiste peintre en lettres, pèse sans nul doute dans "Nulle douleur comme ce corps". La vie de ces êtres harrassés, abandonnés des dieux... une carrière de romancier inachevée, brisée par l'horreur... un parallèle qui nous reste à explorer...

{{Par la simplicité sans cadeau d'un style}} sans complaisance, sans pardon, Harold Sonny Ladoo pousse à fond la stupéfiante totalité de son regard dans l'abrupt abîme de cette épreuve de vivre - épreuve qui transparaît aussi dans le défi de la traduction. Nécessaire et courageuse entreprise. Utile transbordage, pour recommencer à commencer de combler l'ignorance du public francophone, francotillais de surcroît, encore tout tout nu sur cet aspect fort de son histoire : la souffrance indienne dans les Caraïbes.

Jean S. Sahaï, septembre 2006

Post-scriptum: 
Nulle douleur comme ce corps Harold Sonny Ladoo Traduit de l'anglais par Marie Flouriot et Stanley Péan Éd. Les Allusifs, Montréal • 2006 • ISBN 2-922868-38-9 13.00 €.

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