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GANESH D'OR POUR FRANCIS PONAMAN

CGPLI

Au cours des manifestations des 12 ans du CGPLI à la médiathèque du Lamentin, 27 juin 2014, le Ganesh d'Or a été décerné à M. Francis Ponaman, chercheur d'origine guadeloupéenne

{{{Gilbert Francis PONAMAN
Le père de l'indianité créole aux Antilles

par Madelyne MARY
Correspondante de Guadeloupe-Inde à Paris }}}

Tout jeune, Gilbert Francis est conscient qu'il est différent des autres et pas seulement par son apparence typiquement indienne.

Il sent en lui quelque chose d'impondérable qui le distingue, par son comportement et son approche des choses. Il veut comprendre, il cherche, se pose des questions, il se sent proche des autres à certains moments et tellement éloigné à d'autres.

Il pense à sa pratique du culte indien, à son éducation familiale, il sent confusément que la différence est culturelle.

Elève brillant dans les matières littéraires, il s'oriente vers l'enseignement, ou il s'attardera quelques années.

La force de sa quête identitaire, son désir d'être reconnu dans la totalité de sa personnalité d'indo-martiniquais, le pousseront à initier le premier mouvement indianiste en 1967.

Mais la société martiniquaise, elle-même ancrée dans ses contradictions et dans la recherche de ses racines ne l'entend, ni le voit. Gilbert Francis ne se décourage pas, en 1973 avec ses propres moyens, il crée le périodique: Soleil Indien qui va officialiser le mouvement indianiste.

L'indianité telle, qu'il l'entend, vise en premier lieu à sauvegarder la mémoire des anciens, à préciser et rehausser l'éclat des nadron, ces longues soirées de chants épiques extraits des grandes épopées de l'Inde, tel le Mahâbhârata; à initier et développer la pratique de la langue tamoule, à valoriser le culte indien afin de déculpabiliser et décomplexer l'Indien, afin qu'il reconnaisse et accepte ouvertement sa culture d'origine transplantée aux îles.

Toutefois, Gilbert Francis si revendique sa culture indienne, il tient à l'accoler à sa qualité de Martiniquais, et de Guadeloupéen d'adoption. Il souhaite, avec ses amis, que la part indienne de sa culture soit reconnue comme une des composantes fortes de l'antillanité, devenue aujourd'hui la créolité.

Pour mieux comprendre la pratique du culte hindou qui survit aux Antilles, Gilbert Francis se décide en 1980 à faire le grand saut. Il prend son bâton de pèlerin et part en Inde, le pays mythique des ancêtres. C'est le premier martiniquais à faire la démarche de rechercher les sources de l'hindouisme pratiqué en Martinique. Pour cela, il vivra avec les indiens dans leur village, se fondant dans leur vie pour les reconnaître, et les connaître.

Il découvre que les indo-martiniquais et indo-guadeloupéens n'ont rien oublié ! Il retrouve en Inde les mêmes traditions - ce sont les rites qu'ils ont amené avec eux depuis plus d'un un siècle, et qui se sont perpétués.

Son premier séjour en Inde, au pays tamoul, durera huit mois. De retour aux Antilles, il se remet à l'œuvre. Il écrit, donne des conférences, et continue ses recherches. Cela fait plus de trente ans que dure son combat pour la reconnaissance, la survie, et l'acceptation de l'apport indien du monde créole. Aujourd'hui doctorant en ethno-histoire, il se partage entre la France, l'Inde et les Antilles, intervenant à divers colloques, expositions et autres manifestations, toujours en quête de plus de connaissance à partager. (…)

Mais la reconnaissance n'est pas toujours au rendez-vous. Le travail d'occultation des caractéristiques propres à la présence indienne avait nappé d'indifférence, quand ce n'est pas de mépris, l'existence pourtant riche de cette composante humaine et culturelle et ses subtiles influences sur la société créole.

Pour commémorer le cent cinquantenaire de l'arrivée des indiens en Martinique et en Guadeloupe, Gilbert Francis Ponaman, chercheur, a donné une série de conférences abordant des aspects de l'histoire: à Trinité, il a expliqué «la place de la femme indienne dans la communauté». A Ducos, il a parlé de «la créolisation de l'indien», et au Morne Rouge il a fait une communication sur «la civilisation dravidienne.» Ces différents échanges ont donné lieu à des débats passionnants, devant un public tant indien que non-indien assoiffé, souvent médusé, ravi de s'informer, de sortir de la regrettable méconnaissance de la cosa indica antillensis, de s'enrichir et se réapproprier cette culture qui est aussi la sienne mais fut si longtemps occultée.

A la Guadeloupe, Gilbert Francis est intervenu avec élégance lors du Festival de Gwo-Ka de Sainte-Anne en 2003, et à plusieurs reprises au cours de l'année de commémoration 2004. Son exposé sur la vie à bord des bateaux indianiers au 19è siècle a été particulièrement révélateur des péripéties des migrants.

Enfin, Gilbert Francis Ponaman écrivain nous gratifie, en cette année de grâce indienne sur les îles, d'un recueil d'histoires indiennes, La Nuit du Swami, et de plusieurs chapitres dûs à sa plume fertile dans l'ouvrage collectif intitulé L'Inde dans les arts de la Guadeloupe et de la Martinique : héritages et innovations.

Aujourd'hui, nous tenons à exprimer notre gratitude à Gilbert Francis et lui dire combien nous lui sommes gré d'avoir, en pionnier, envers et contre tout, restitué à la mémoire indienne sa vraie place dans la mémoire collective martiniquaise et guadeloupéenne

Et de contribuer encore à enrichir la créolité, fer de lance de notre identité.

Madelyne MARY

{{{L'Indianité a fait de la Martinique une mosaïque

par Raymond RELOUZAT, 1974 }}}

L'irruption de l'indianité dans la culture martiniquaise allait provenir de Gilbert Francis PONAMAN, auteur du Soleil Indien, l'organe d'expression du mouvement indianiste du même nom en mars 1974.

L'éditorialiste du «Naïf» (journal de la gauche intellectuelle martiniquaise) écrivait lors de la sortie du Soleil Indien :

« … nous constatons avec plaisir qu'il (le Soleil Indien) comble une lacune et donne une voix, espérons nous authentique, à l'une des fractions de la population martiniquaise, de toute la plus discrète, la plus méconnue et parfois la plus méprisée…

Les «coolies» pour reprendre volontairement l'expression qui les désigne péjorativement entendent faire connaître aujourd'hui, leur attachement, sentimental et culturel à la grande Inde comme hier les «nègres», et l'on sait quelles ignominies s'attachaient cette épithète, il y a trente ans ont crié leur filiation à l'Afrique.

Il n'est donc pas surprenant que le premier numéro de ce mensuel parle avec chaleur de l'Inde actuelle et précise dans une courte étude la signification historique réelle du mot coolie.

Du coup, et quelque soit la modestie présente de la publication, c'est un grand moment, non seulement pour la communauté indienne mais aussi pour la Martinique entière.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que pour une communauté quelconque, où qu'elle soit, il ne peut y avoir de destin historique et même de destin tout court, si sont ignorées ou niées ses racines, ses attaches en tant q'identité culturelle te humaine…

Avant le cri des Damas, Senghor et Césaire, la Martinique était blanche et mulâtre… Puis la négritude, croyons-nous, la souda à l'Afrique et nous éloigna de l'Europe.

Aujourd'hui, qu'une minorité vigoureuse crie son affiliation à l'Inde, une évidence transparaît :

Ni blanche, ni noire, ni africaine, ni européenne, ni indienne, la Martinique est simplement une mosaïque de races de cultures et de communautés fondues dans la souffrance au cours des âges…

Et une mosaïque à nulle autre pareille».

Raymond Relouzat, 1974

Post-scriptum: 
http://www.potomitan.info/bio/ponaman.php

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