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ET JUSQU'A LA DERNIERE PULSATION DE NOS VEINES

Daniel Boukman

En 1976, les éditions Harmattan publiaient ET JUSQU'A LA DERNIERE PULSATION DE NOS VEINES, pièce de théâtre acte (symbolique) de solidarité d’un Martiniquais avec la lutte du peuple palestinien.
Cet acte de solidarité, je le renouvelle aujourd’hui, avec d’autant plus de fraternité qu’ à l’occasion du rapt de trois jeunes juifs, le gouvernement israélien s’est empressé d’accuser (sans preuves) le Hamas, afin de contrecarrer la récente constitution d’un gouvernement palestinien national, et, dans le silence coupable des « démocraties » occidentales, lors de rafles, emprisonnements, fusillades, Israël, de nouveau redouble de férocité.
Suite à la publication, le 24 avril dernier, par MONTRAY KREYOL, d’un extrait de la première partie de ET JUSQU'A LA DERNIERE PULSATION DE NOS VEINES, voici un extrait de la deuxième partie de cette pièce écrite, il y a de cela 37 années

{Lumière.. Sur la plate-forme, Goldfinger, Moshe, Mutter Golda, le rabbin compulsant des dossiers (...) Explosions lointaines, sirènes de pompiers... Nouvelles explosions plus rapprochées.}

Goldfinger : Encore !! Les capitaux US, vous savez sont des poules faciles à effaroucher ! Pour pondre comme pour couver, elles ont besoin de calme, de sécurité !

Mutter Golda : Pour la sécurité, adressez-vous à... lui !

Moshe : Objection ! Je ne suis pas seul à bord !

Mutter Golda : J’ai la conscience tranquille, moi !

Moshe : Que voulez-vous insinuer ?

Mutter Golda : Je n’insinue pas, j’affirme !

Moshe : Que ?

Mutter Golda : Que je suis fort mal secondée ! (...)

Goldfinger : Bon sang de bon sang ! Ca suffit ! La situation est assez compliquée comme ça ! ( ...)

Moshe : Il serait temps d’arriver à mes propositions !

Sur la passerelle, entrée de trois comédiens tenant des masques que successivement ils mettent sur leurs visages

{Le premier comédien : Hitler.

Le second comédien : Goerring.

Le troisième comédien : Goebbels.

Ils s’installent et écoutent ce qui suit.
}

Moshe : Il serait temps d’arriver à mes propositions !

Goldfinger : Je vous en prie, général, nous vous écoutons !
Moshe (lisant) : Programme en quatre points pour l’élimination définitive des Palestiniens. Premièrement, annexion pour toujours, mais progressive et subtile, de la quasi-totalité des territoires arabes occupés... Deuxièmement, judaïsation au galop des régions habitées par les Arabes.

Goldfinger : Intéressant, mais selon quelle méthode, votre judaïsation ?
Moshe : Expulsion des populations arabes par la force des crosses et des matraques ! Dynamitages des maisons arabes ! Rachats des terres, ou mieux encore encourager les occupants desdites terres à abandonner celles-ci ! Deir Yassine, à ce propos demeure un exemple à méditer.

{Le technicien déclenche un magnétophone : ambiance de marché ; un groupe de comédiens déjà en place, s’installe pour illustrer le récit... Bruitages}

Voix off : A l’aube du 9 avril 1948, des hommes de l’Irgoun

Le témoin 1 : Irgoun milice sioniste de l’époque

Voix off : font irruption dans un village arabe

Le témoin 2 : DEIR YASSINE !

Les hommes de l’Irgoun (faisant irruption) : Partez ! Partez ! Si vous ne voulez pas mourir, partez !

Voix off : Les villageois ne comprennent pas ce qui arrive...Mais déjà ceux de l’Irgoun incendient les habitations...Des hommes, des femmes, des enfants en sortent épouvantés...Sur la place, la population est rassemblée et (rafales)...254 cadavres recouvrent le sol...Quelques malheureuses ayant réussi à échapper à la boucherie, sont rattrapées, dévêtues, jetées dans des charrettes, promenées à travers les quartiers juifs de Jérusalem, ensuite abandonnées dans un terrain vague

{Un temps}

Lé témoin 1 : Ce n’est pas tout ! La suite !

Voix off : A DEIR YASSINE, les corps mutilés sont photographiés, les photos distribuées dans d’autres villages arabes avec en bas comme légende

Les hommes de l’Irgoun : Si vous ne partez pas, voilà ce qui vous attend !

Hitler (jubilant) : ORADOUR

Goering : (idem) : SUR

Goebbels (idem) : GLANE !

(…)

Le témoin 2 : Après ce massacre du 9 avril 1948 frappant le village de DEIR YASSINE, l’exode des populations palestiniennes se généralisa.

{(...) Un temps}

Moshe : Je continue ! Troisièmement : intensification des l’immigration juive en Israël avec priorité donnée aux Juifs d’Europe orientale.

Le rabbin : Et la multiplication des naissances ?

Moshe : Pardon ?

Le rabbin : Les Arabes, comme des oursins, ils prolifèrent...(...) Nous serons submergés, absorbés, bouffés !!

Moshe : En ce cas, contrôle rigoureux des naissances arabes !

Le rabbin : Et stérilisation !

{Hitler, Gering, Goebbels applaudissent.}

Moshe : Quatrièmement : dans les zones arabes occupées...

Le rabbin : ... récupérées !

Moshe : construction massive de kibboutz stations balnéaires hôtels usines villes synagogues super - marchés.

Goldfinger : Excellent, votre programme !

Mutter Golda : Excellent, je veux bien, mais incomplet ! A ce beau projet, il manque une dimension... idéologique (elle compulse son dossier) J’ai là...Ah ! Voilà ! (elle lit) Sur le plan extérieur, travailler en profondeur la mauvaise conscience de l’Occident chrétien et surtout celle des intellectuels progressistes... convertir les retombées de cette mauvaise conscience en aversion - avouée ou non - pour le monde arabe. (...)

Le rabbin : Et si l’opinion internationale, à la longue, se trouvait contaminée par la propagande arabe, et chavirait ?

Goldfinger : Dans ce cas

Mutter Golda : ne pas hésiter

Moshe : à sacrifier des Juifs

Le rabbin : pour redresser la situation

Goldfinger : en attribuant l’entière responsabilité de ces « infâmes crimes »

Tous : Aux Palestiniens !

(...)

Mutter Golda : Sur le plan intérieur, c'est-à-dire partout où vivent des hommes et des femmes d’ascendance israélite, manipulation continue de la mémoire juive... cristallisation de leurs souvenirs de larmes et de sang pour, ainsi, en eux, anesthésier toute réflexion critique.

Goldfinger : Wonderfull !

Le rabbin : Lancer et nourrir l’idée de la faiblesse congénitale des Arabes !
Moshe : Cultiver la thèse de l’invulnérabilité d’Israël, de Notre Israël, frappant qui, quand, où, comme elle veut !

{Un temps}

Hitler : Goebbels, cela ne vous rappelle rien ?

Goebbels : Si, mein Furher ! Le bon vieux temps !

Goering : Iront-ils jusqu’aux fours crématoires ?

Hitler : Ils les construisent déjà, Goering, dans leurs têtes mais ils ne le savent pas encore !

{Un temps}

Moshe : Cultiver la thèse de l’invulnérabilité d’Israël, de Notre Israël, frappant qui, quand, où, comme elle veut !

Goldfinger : Vous rêvez, général ! Mais ce rêve, grâce au bon Oncle Sam, peut demain devenir réalité (il tire de sa serviette des documents) Regardez !
Projections de diapositives adéquates

Goldfinger : Ce sont là quelques-uns de nos gadgets qui ont fait leur preuve dans les rizières et sur les villes et villages du Vietnam. (...) Vous n’avez vu là qu’un aspect de nos possibilités... Quand vous viendrez à Washington, général Moshe, vous aurez droit au grand jeu. (...)

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