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ESSAI DE SAPOLOGIE

L'A. explore la mode (la Sape) et son utilisation parmi les jeunes Congolais comme un moyen d'emprunter de nouvelles identités. La Sape est une aventure ambiguë, une sorte de voyage baudelairien qui non seulement conduit les jeunes sapeurs congolais d'une ville du tiers-monde à Paris ou Bruxelles, mais les arrache à une déréliction sociale pour leur accorder une rédemption psychologique à travers le discours de la mode. Par le truchement de la Sape, leur quête d'une identité nouvelle, qu'ils ne peuvent acquérir dans le cadre d'une ville africaine qui les marginalise, se trouve authentifiée et en même temps validée. L'A. examine les interactions entre le vêtement et l'identité sociale et les transferts de sens qui se déroulent entre l'un et l'autre.

La Sape permet au sapeur de définir les frontières identitaires entre lui et l'Autre et l'isole dans un boudoir social balisé par le discours égotistique des apparences. Il convient également de considérer la Sape comme un discours politique de résistance à l'égard de l'Occident, ancien colonisateur, aussi bien que vis-à-vis des structures autoritaires de la société congolaise. Ce discours de résistance et les attitudes hédonistes qui l'accompagnent sont inséparables, car toute culture populaire de résistance est, selon l'A., politique parce qu'elle est avant tout culturelle.

La SAPE : Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes, c’est une pratique populaire née à la fin des années 1960 au Congo-Brazzaville, chez les jeunes. Il s’agissait de se distinguer en portant des vêtements de luxe. La jeunesse surnomma cette pratique la « lutte » : c’en était une pour arriver à acquérir ou emprunter cette denrée-là. Des « lutteurs » commencèrent à émigrer à Paris, vitrine de la mode, dans les années 1970, vivant souvent en clandestins. Revenant de temps en temps au Congo, ils y devenaient… des « Parisiens »*.

Pour les membres de ce mouvement culte, la haute couture est une religion, et leurs leaders sont adulés et copiés par la jeunesse. Ce mouvement, congolais à l'origine, s'est répandu dans les pays frontaliers d'abord et plus tard à travers l'Afrique, véhiculant une image idéalisée et exagérée du Dandy-Sapeur.

Comme des supporters de football qui vouent une adoration quasi religieuse à leurs leaders et trouvent au sein de cette communauté un statut et une identité, le monde des Sapeurs a deux facettes : celle de la frime et du glamour, qu’ils aiment à projeter dans les concerts ou les fêtes, où ils "paradent" sur leur 31. Ils portent des titres honorifiques comme Archevêque ou Grand Commandeur de la Sape, certains d'entre eux sont même entourés de divers "ministres" quand ça n'est pas toute une cours.

L’autre facette est celle de la lutte quotidienne des Sapeurs pour leur survie. Du fait de l’instabilité politique du Congo, des centaines de milliers de réfugiés congolais sont arrivés en Europe à la recherche d’une vie meilleure. Leurs destinations privilégiées restent toujours la France et la Belgique, mais la réalité qu’ils y rencontrent est souvent plus difficile que celle qu’ils attendaient. Les Sapeurs doivent s’adapter à leur nouvelle situation, trouver les moyens de s’en sortir individuellement, tout en restant inscrits dans une conscience collective.

Luttes et conflits de l’Afrique post-coloniale. En l’absence d’alternatives, les Sapeurs ont développé leur propre forme de résistance : la visibilité, incarnée par leurs excès dans l’habillement et leur attachement aux vêtements griffés. Dans un monde où le choix est "être ou ne pas être", les Sapeurs ont fait le leur. Le désir d’acquérir et de porter des vêtements de grandes marques n’est pas seulement un moyen d’attirer le regard et la reconnaissance des autres. Pour les Sapeurs congolais, ces vêtements sont l’essence de leur identité. Pour eux par conséquent, "Etre", c’est être élégant avant tout et porter des signes extérieurs de réussite, même si celle-ci n’est pas toujours au rendez-vous.

*(A lire : dans la revue Internationale de l’imaginaire, numéro consacré au « Corps tabou », l’article « La sape », par Rémy Bazenguissa-Ganga, Babel/Maison des cultures du monde).

Source, Sapologie congolaise :

[http://sapologiecongolaise.unblog.fr/->http://sapologiecongolaise.unblog.fr/]

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