Accueil

"Enseigner les danses et musiques traditionnelles en milieu scolaire caribéen : Quels enjeux ?"

Paulette Durizot Jno-Baptiste
"Enseigner les danses et musiques traditionnelles en  milieu scolaire caribéen : Quels enjeux ?"

   SEMAINE DU CREOLE 

   COMMUNICATION DE PAULETTE DURIZOT JNO-BAPTISTE

   Docteur en anthropologie de l'éducation de l'université des Antilles

   Correspondante académique du réseau des écoles associées à l'UNESCO (2009-2018)

   Coordonnatrice de la collection Les cahiers créoles du patrimoine de la Caraïbe, coéditée par le rectorat et le Canopé (2000-2018)

   Mémorial Acte 16 mars 2018

   Mesdames et messieurs,

   Il s'agit ici d'apporter des éléments de réponse à cette question essentielle : en quoi l'apprentissage des danses et musiques traditionnelles à l'école, invite tous les enseignants et tous les élèves, d'ici et d'ailleurs, à partir à la conquête de savoirs patrimoniaux ancrés dans les disciplines scientifique et scolaires ? 

   Mesdames et messieurs les DANSES ET MUSIQUES TRADITIONNELLES CARIBEENNES, ont vocation à nous faire voyager DANS LE TEMPS ET L'ESPACE : la géographie et l'histoire ne sont-elles pas les clés de la compréhension des sociétés créoles ?

   L'enseignement des danses et musiques traditionnelles en milieu scolaire caribéen, permet d'ancrer les savoirs scolaires dans leur histoire sociale et culturelle, dans un champ de questions historiques. Il est question de favoriser ainsi l'ouverture à l'échange culturel à travers le langage universel de ce patrimoine culturel immatériel, (désormais PCI).

   La présente communication s'attache essentiellement à tirer les enseignements du projet d'adhésion au réseau des écoles associées à l'UNESCO, de l'école élémentaire Turenne Thénard du Gosier, qui obtient le label d'écoles associées à l'UNESCO, en 2012. 

   LE PATRIMOINE CULTUREL IMMATERIEL : UN LIEU D’APPRENTISSAGE SCOLAIRE  POUR APPRENDRE A CONNAITRE, FAIRE, ETRE ET VIVRE ENSEMBLE est le titre du projet UNESCO qui met l'accent sur le gwoka et qui  éclaire déjà les enjeux scientifiques, éducatifs, culturels, didactiques et pédagogiques de l'enseignement des danses et musiques traditionnelles.

  En 2016, l'évaluation des actions UNESCO s'appuie sur les différents propos, questions et réponses, tenus dans le cadre du bilan du projet d'école par l'ensemble des collègues que nous tenons à remercier et féliciter ici en notre qualité de correspondante académique du réseau des écoles associées à l'UNESCO. Sont invités aussi à réfléchir aux perspectives : deux parents, un conseiller pédagogique Langue vivante régionale, le parrain, Félix Cotellon, président de Rèpriz, à l'origine de l'inscription du gwoka sur la liste représentative du PCI de l'humanité de l'UNESCO, un intervenant PCI, la correspondante académique et un jeune observateur de la pratique du PCI en Caraïbe, en Europe et au Canada.

   QUELLE EST L'APPREHENSION DE L'EQUIPE PEDAGOGIQUE DE LA NOTION DE PCI ?

   Je cite :

     * C'est un patrimoine sensible ;

     * Sa dimension affective ne doit pas gêner l'approche scientifique ;

     * Son association à une communauté, une identité ne doit pas supposer l'exclusion des autres, le patrimoine résultant d'apports culturels multiples, divers ;

      * L'appréhension du gwoka à l'école doit aider à la construction d'une démarche méthodologique ;

      * Sa maîtrise doit faciliter la tâche des enseignants qui ne doivent pas être isolés dans leurs recherches et apprentissages d'un objet patrimonial à caractère oral ;

   L'ENSEIGNEMENT DU PCI : EST-CE UN ENJEU DE SOCIETE ? 

       * Oui, c'est un enjeu de société, affirment les collègues, car l'enseignement du PCI permet :

   1-d' identifier sa valeur sociale, culturelle, économique

   2- de le connaître et le faire reconnaître comme objet patrimonial

   3-et d'assurer sa sauvegarde, sa transmission donc 

   De plus, l'enseignement du PCI permet d'interroger cette nouvelle vocation à lui trouver dans le cadre d'un projet de coopération régionale et internationale.. 

   Autre importante question soulevée par les enseignants et leurs invités : QUELS SONT LES TROIS GRANDS ENSEIGNEMENTS DU PROJET DE L'ECOLE SUR LE PCI  ? 

   Les trois grands enseignements nous renvoient à ces trois grandes questions ? 

   * Pourquoi et comment enrichir la relation enseignant-intervenant en situation d'apprentissage scolaire des danses et musiques traditionnelles : quel est l'intérêt de définir le rôle, la place et le statut de chacun ?

   * En milieu scolaire pourquoi ne faut-il pas tomber dans le piège des comparaisons de cultures patrimoniales (Ex : le gwoka ne "parlait pas à mes tripes, depuis cettremarque, souligne une enseignante,  qui m'enfermait dans ma communauté, dans mes préférences culturelles d'individu, j'ai beaucoup appris du gwoka" )

   * Quelles sont les valeurs que l'enseignement du gwoka véhicule en situation d'apprentissage scolaire ?

   DES ELEMENTS DE REPONSE APPORTEES DANS LE CADRE DU BILAN DU 16 JUIN 2016 …

   * Concernant la relation intervenant-enseignant, le parrain du projet, Félix Cotellon, rappelle avec force qu' "Une école n'apprend pas aux élèves à danser ; une école enseigne le PCI".  La coordonnatrice du projet UNESCO partage sa préoccupation en disant : "Je m'interroge encore sur la meilleure relation à définir entre l'enseignant et l'intervenant ; autrement dit que dois-je apprendre aux élèves en amont avant qu’ils ne se rendent  dans les divers ateliers réalisés (flûte, tambour Ka, costumes, chants, danses..).? 

   * Au sujet de la guerre des patrimoines en situation d'apprentissage scolaire, la réponse des professionnels de l'éducation, est claire : "Ne pas limiter le PCI au gwoka." ; Pas de guerre de patrimoines culturels matériel et immatériel". "Bien définir ce qu'est le PCI."

   * A propos de l'enseignement du gwoka et les valeurs véhiculées, les collègues adhèrent à cette remarque pertinente : "C'est le devoir fondamental de l'Ecole de construire l'identité du citoyen sur le socle commun des valeurs universelles. La finalité du projet c'est l'apprentissage des valeurs universelles : l'estime de soi, la reconnaissance sociale, le vivre ensemble, la tolérance. Et le gwoka est le vecteur de cet apprentissage."

   QUELES SONT LES PERSPECTIVES DU BILAN DU PROJET UNESCO DE L'ECOLE TURENNE THENARD DU GOSIER  ?

   * Sur le  plan Humain : une enseignante dit : "Nous devons apprendre à discuter de nos projets individuels et collectifs entre nous." 

   * Sur le plan méthodologique : une collègue insiste : "Nous devons rencontrer ensemble les intervenants. Nous devons trouver le fil conducteur d'un tel apprentissage pour arriver à un travail harmonieux en vue de mieux guider les élèves durant l'année scolaire et celles qui suivront."

   * et concernant plus précisément la démarche pédagogique : une enseignante valorise son vécu personnel : "Mes élèves m'ont clairement dit qu'ils préfèrent l'intervenant à moi. Il est urgent de leur enseigner la complémentarité des rôles."  Elle avance une idée : "Il faut créer un cahier des charges pour mieux définir la relation enseignant-intervenant."

   Trois grandes propositions sont retenues :

     1. "Les enseignants doivent tirer une méthodologie de leur pratique qui pourra être reprise par des collègues d'ici et d'ailleurs."

    2. "Ils doivent aussi inscrire les contenus d'un enseignement du PCI dans un cahier où enseignants et intervenants s'enrichissent des remarques de chacun car l’entrée dans l’institution École de la langue et culture régionales créoles n’est pas sans poser des problèmes d’ajustement dans la relation pédagogique, dans l’organisation des objectifs et dans les choix de contenus."

      3. Enfin, il s'agira aussi de "Faire du léwoz un lieu d'apprentissage de l'humain pour "apprendre à être" discipliné et respectueux de l'autre en société ; pour "apprendre à connaître" l'histoire des rapports sociaux à travers la musique, les danses et ses messages culturels à la fois particuliers et universels, et pour "apprendre à vivre ensemble célébrant ainsi la diversité des cultures et l'unicité du genre humain."

   Mesdames et messieurs, la présente communication plaide pour une Education au développement durable parce qu'elle ne distingue pas ce qui contribue à la formation de l'homme quelle que soit la discipline. Autrement dit, elle invite enseignants et élèves à toujours tirer profit de ce qu'ils ont reçu de leur environnement naturel et culturel et des sciences. Il est question de conforter l'inscription de l'école dans son territoire et de favoriser l'ouverture aux autres cultures. 

    C'est le message fort que tous les enseignants retrouveront dans la collection Les cahiers créoles du patrimoine de la Caraîbe coéditée par le rectorat et le Canopé. Les 6 numéros sont riches de leurs RESSOURCES CULTURELLES, SCIENTIFIQUES, ET PEDAGOGIQUES. 

    Cet outil didactique et pédagogique qui s'inscrit dans la mission académique Langue vivante régionale, rappelle à tous les enseignants, la non ghettoïsation de l’enseignement du créole ; et par conséquent, il est nécessaire d’envisager son articulation avec L’ENSEMBLE DES DISCPLINES.  

    Les experts pédagogiques du Canopé et les chercheurs du Centre de recherches et de ressources en éducation et formation (CRREF) de l'ESPE, reconnaissent que les cahiers créoles sont un bon exemple de contextualisation de l'enseignement en milieu scolaire guadeloupéen. Et dans son MOT d'appréciation du 5ème numéro sur la mer caraïbe, le recteur souligne : " Cahiers créoles" est un outil pédagogique validé par les corps d'inspection qui permet d'adapter les programmes aux ressources du patrimoine". 

    Chers invités, chers collègues, le 7ème numéro de la collection, à paraître, propose des documents d'accompagnement fort intéressants pour mieux enseigner nos danses et musiques traditionnelles à l'école.

   Il a pour titre :

   TRADITIONS MUSICALES ET DANSÉES CARIBÉNNES/ 

   MIZIK É DANSÉ TRADISYONEL AN PÉYI KARAYIB

   Il importe aux co-auteurs bénévoles de ce 7ème numéro, universitaires d'ici et d'ailleurs, enseignants-chercheurs, professeurs de la maternelle au lycée, artistes, responsables politiques et d''associations culturelles, de développer le sens de la responsabilité sociale en milieu scolaire.

    Ils invitent les enseignants à prendre conscience, AUJOURD’HUI, du rôle dynamique des cultures et de la nécessité de prendre en compte l’histoire des cultures dans les stratégies de développement économique et social. 

   Si l’outil culturel apparaît DESORMAIS comme une des voies naturelles de cohésion sociale, de réussite scolaire, de lutte contre l’exclusion et la désintégration sociale, il s'agit de s'engager résolument sur la voie de l’Education des femmes et des hommes de demain. Ils restent la première source du développement humain durable. 

   Et dans nos sociétés antillaises, la question qui s'impose à nous aujourd'hui est peut-être celle-ci : comment éduquer les citoyens de demain à la responsabilité sociale si l'école n'éduque pas à la confiance culturelle, comme le recommande l'enseignement des langues et cultures régionales !

   Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre aimable attention !

Pages