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DIKSIONE KRÉYOL

Une chanson du bélè dit : « Man ni bizwen an diksionè anglé », il semble qu’à ce refrain les amoureux, les militants de la langue avaient chanté également « Man ni bizwen an diksionnè kréyol ». C’est désormais chose faite avec les deux tomes du « Dictionnaire créole martiniquais de Raphaël Confiant » parut aux Editions Ibis Rouge. Il nous dit : Mi lim !

Voici donc à votre disposition cette somme de travail de plus de 25 ans. Ce dictionnaire arrive à point nommé au moment où les « Konba djol », polémiques et autres divergences semblent s’apaiser. Mais est-ce le calme avant la tempête ou le tremblement de terre ?
Certains aujourd’hui contestent les travaux du GEREC qui depuis trente ans travaille à proposer un outil d’unification de la langue. Beaucoup conteste encore cet outil qui serait trop loin du français, trop déviant sans pour autant proposer un autre système.
Pendant ce temps, on assiste à une décréolisation comme le dit l’auteur {« un recul tant quantitatif que qualitatif de la pratique de la langue créole} ». C’est en quelque sorte une « tjololisasion » de la langue s’exprimant par un processus d’attaque de tous les plans de la langue (phonétique, lexical, syntaxique, rhétorique) qui met en danger l’existence même de celle-ci.

Dans son avant-propos, nous percevons la somme de difficultés surmontées pendant ce quart de siècle. L’établissement d’un dictionnaire n’est pas « rédi chez bò tab » et Raphaël Confiant nous montre sa méthode sur une réalité lexicale loin d’être évidente. Des mots créoles pas toujours faciles à définir et à identifier tant les sources sont nombreuses et le champ vaste.

A partir d’enquêtes, il a investi trois domaines :

- l’oralité créole (contes, titimes, Proverbes)
- l’univers de l’habitation (ou plantations de canne à sucre)
- le magico-religieux (Indouisme créole, quimbois, etc…)

On y découvre également que ce travail requiert une longue procédure de vérification. L’auteur nous apprend, (à son corps défendant) que de nombreux mots n’ont pu être intégrés.

Ce travail monumental est à saluer car il réaffirme l’aspect écrit du créole depuis 1846 avec la publication de {« Les Bambous : Fables de la Fontaine travestis en patois par un vieux commandeur ».} Il réaffirme {« l’écrit créole n’est pas si rare ni anecdotique que le grand public se l’imagine »} en visitant une grande diversité d’écrits collectés.

Dans les sources écrites, il faut noter les sources informelles venant de toutes sortes de personnes. Cependant cette source demande de longues vérifications allant du relevé de mot jusqu’à son inclusion en tant qu’entrée. On comprend alors que des mots que nous connaissons (aboufiaf, lié’y..) ne figurent pas encore et pourront l’être un jour.

L’auteur pose et repose en partie l’intitulé d’un dictionnaire du créole martiniquais à l’heure où le créole n’invente plus les mots. Il souhaite qu’il ne devienne un bel objet inutile. Ce souhait dépend de nous autres créolophones, selon notre attitude créolophile ou créolophobe.

Ce dictionnaire se veut (et incontestablement il est) une pierre de l’édifice « maison créole » que nous souhaitons le plus imposant et le plus résistant possible. De tels outils contribuent à sculpter la langue et lui donner une meilleure image pour, peut-être une meilleure considération.

Nous avons la fâcheuse tendance dans notre pays de rendre hommage aux disparus. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord avec la plume au vitriol de « notre chaben » qui souvent hérisse le poil, nous pouvons haïr le chien sans pour autant nier la blancheur de sa dentition.

Un dicton créole dit : « pa pran dité pou lafiev ki pa ta’w » mais vivement que les haines s’amenuisent voire s’apaisent et que le respect du travail pour la langue soit magnifié. En petit écrivaillon du créole, je rends hommage à ce « brital » travail personnel et collectif qui a fait aboutir au dictionnaire créole martiniquais. Il a aujourd’hui le mérite d’exister et, comme l’annonce l’auteur sera poursuivi et augmenté.

Vivement d’autres publications de ce type, nou bizwen sa !

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