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"DEFENDRE L'INDEFENDABLE" D'ALEX URSULET : UN GRAND LIVRE

   Il y a une expression anglo-saxonne qui convient à merveille au dernier ouvrage du célèbre avocat martiniquais Alex URSULET : celle de "page-turner". Elle n'a pas d'équivalent en français, mais désigne ces ouvrages qui captivent tant le lecteur que ce dernier en tourne les pages sans se rendre compte que le temps passe jusqu'à parfois le finir d'une traite. De nos jours, à l'heure de l'Internet et de tous les gadgets (Facebook, Whatsapp, Twitter etc...) qui accaparent notre attention, il est devenu rare qu'un livre nous contraigne à ne pas le lâcher. C'est incontestablement le cas de "l'INDEFENDABLE. COMMENT DEFENDRE UN SALAUD SANS EN ETRE UN SOI-MEME ?".

   Les avocats sont réputés, surtout les ténors du barreau, pour manier à l'excès les fleurs de la rhétorique un peu désuète et qui souvent fait mouche auprès dès jurés lors des procès d'assises. C'est sans doute le cas d'Alex URSULET lorsqu'il lui arrive de plaider, chose, hélas, à laquelle, je n'ai pas encore eu la chance de pouvoir assister, mais dans son livre, il manie plutôt le scalpel. Son style ciselé à l'extrême convient parfaitement à son sujet : retracer sa carrière au travers des grands procès au cours desquels il a dû défendre des criminels ou des terroristes. Car Me URSULET a défendu des accusés célèbres comme Guy GEORGE, le fameux "serial-killer" ou CARLOS, le nom moins fameux révolutionnaire manieur de bombes. Et de très nombreux inconnus : pères violeurs, politiciens accusés de corruption etc... Et Alex URSULET de nous dire sans pathos aucun mais avec gravité :

   "En revenant au fil de ce livre sur plusieurs étapes de l'affaire Guy GEORGE et sur de multiples dossiers que j'ai eu à traiter, je veux témoigner d'une promenade infernale dans la cour du mal."

   Ou encore :

   "Mes vingt années de pratique criminelle m'ont appris à lire dans le regard des hommes enfermés. Je connais l'œil des rescapés de l'enfer."

   Mais il n'y a pas que les prévenus et leurs défenseurs, les avocats. Il y a l'autre face, celle de la Justice avec un grand "J", celle des magistrats et le portrait que trace l'auteur de certains d'entre eux donnent froid dans le dos. Comme cette juge d'instruction qui ne regarde jamais l'avocat du prévenu qu'elle est en train d'interroger ou qui s'adresse à sa plante verte à laquelle elle a donné un nom. La recommandation suivante de l'auteur n'est donc pas un trait d'humour :

   "Certains comportements m'ont convaincu d'instaurer un contrôle psychique des magistrats comme cela se fait pour les pilotes d'avion ou d'autres professions à risque. Cette évaluation devrait avoir lieu à la sortie de l'Ecole de la magistrature puis se perpétuer tous les deux ou trois ans tout au long de leur carrière."

   Passionnant aussi est le rapport à la fois amical et professionnel entre Alex URSULET et le très sulfureux et brillantissime avocat que fut Jacques VERGES avec lequel il a été associé quatre ans durant. Le portrait que l'auteur trace de ce dernier en fait à la fois un être attachant et énigmatique car habité par une douleur secrète, celle qui le fera disparaître soudainement de la scène parisienne durant huit longues années. Alex URSULET nous livre des hypothèses très crédibles sur les deux endroits où Jacques VERGES a pu trouver refuge. Je laisse le lecteur les découvrir. En tout cas le passage où VERGES est convoqué par un juge pour outrage à magistrat et où il se fait accompagner par une cinquantaine de défenseurs en robe noire, mettant ledit juge en déroute est absolument hilarant.

   Alex URSULET a aussi le courage de dénoncer la pénétration de la franc-maçonnerie au sein du monde judiciaire, surtout dans le corps des magistrats et nous donne à voir des procès où les "frères trois points" se tiennent par la queue et assure aux uns et aux autres une forme d'impunité scandaleuse mais peu connue du grand public. Jamais il n'a baissé la garde devant les "Fils de la Veuve" et c'est tout à son honneur. Il y aurait beaucoup à dire sur cet ouvrage prenant qui n'est pas écrit du tout de manière chronologique mais qui s'arcqueboute sur au moins trois fils rouges : l'affaire Guy Georges, les relations avec Jacques Vergès et l'affaire Carlos, temps forts de la carrière d'un avocat qui n'a pas encore finit de nous étonner, ne serait-ce que parce qu'il est doté d'un vrai talent d'écrivain.

   Lisez "DEFENDRE L'INDEFENDABLE" ! Vous ne serez pas déçus...