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DEBAT SUR "LA LEGITIMITE DE LA LANGUE CREOLE" ???!

DEBAT SUR "LA LEGITIMITE DE LA LANGUE CREOLE" ???!

   Umberto ECO, le grand sémiologue italien, avait mille fois raison.

   Les réseaux sociaux sont l'endroit où n'importe qui peut se croire plus intelligent ou plus savant qu'un Prix Nobel et raconter n'importe quoi sur le ton le plus docte possible sans que personne ne lui dise de fermer son clapet. On est d'abord tenté de se dire : à quoi bon rectifier les choses ? Cela ne saurait être qu'une perte de temps. Mais ce serait oublier que de nos jours, le caractère viral des posts, du moins de certains d'entre eux, peut faire un tort considérable et incruster des contrevérités, voire des âneries dans l'esprit du grand public. MONTRAY KREYOL a donc pris le parti de répliquer chaque fois qu'il l'estimera nécessaire.

    D'où la présente rubrique "LU SUR FACEBOOK"...

    C'est ainsi que nous sommes tombés sur le stupéfiant post ci-après :

   "Martinique : Le débat sur la légitimité de la langue créole et tout ce qui s’y rattache n’a pas fini de faire couler de l’encre et surtout de diviser les Martiniquais....
Chacun affute ses arguments et pendant ce temps, rien n’avance !"

   On hésite entre haussement d'épaules, éclat de rire ou colère bleue. Car enfin de quelle "légitimité" qui serait remise en cause parle cette personne ? Les Martiniquais ne sont devenus francophones qu'à compter des années 60 du XXe siècle. Avant cela, c'est-à-dire pendant 2 siècles et demi, ils n'ont parlé (hormis la minorité békée) qu'une langue et une seule : le créole. Ils ont certes était contraints par la barbarie esclavagiste d'abandonner le wolof, le fon, l'éwé ou le bambara, mais ils ont inventé, créé ("créole" vient du latin "creare" qui signifie "créer") une nouvelle langue ainsi qu'une nouvelle culture. C'est-à-dire une cuisine, une musique, une pharmacopée, une littérature orale (contes, titim, proverbes, chants etc..), des techniques agricoles, architecturales etc...

      Et voilà qu'aujourd'hui, on vient demander à leurs descendants de justifier la "légitimité" de ce formidable exercice de résilience !

      C'est carrément du grand n'importe quoi !

      Non, le "Neg" n'a aucunement à "justifier" le fait qu'il parle la langue et vit dans la culture qu'il s'est forgées pour pouvoir survivre au sein de l'enfer esclavagiste. Ce dont ses descendants actuels, c'est-à-dire nous, devraient justifier tout au contraire, c'est pourquoi certains prêtent l'oreille à des hurluberlus veulent les lui faire renier ou abandonner. Au profit de quoi d'ailleurs ? De quelle autre langue et culture puisque jusqu'à preuve du contraire, on ne connaît aucun peuple qui vive sans langue et sans culture ? De l'égyptien pharaonique, du wolof, du swahili ? Eh bien qu'ils le disent et surtout qu'ils nous expliquent comment ils comptent s'y prendre pour nous faire passer de l'infâme créole à ces nobles idiomes !

       Pour l'heure, ils n'ont fourni aucune indication à ce sujet. Ni non plus au sujet d'autres éléments de notre culture : cuisine, musique, pharmacopée etc.

      Ensuite, le post parle de "débat" qui diviserait les Martiniquais !!! Comme s'il y avait le moindre débat possible entre ceux qui étudient, analysent, décrivent, écrivent etc...le créole depuis quasiment un demi-siècle, qui ont forgé une graphie, rédigé des grammaires, constitué des dictionnaires, créé des œuvres littéraires, introduit le créole à l'université et ceux qui se contentent de blablater sur TOUTANKHAMON. Créole dont il faut rappeler qu'il fut dénigré, rejeté, interdit (à l'école notamment) par le pouvoir colonial français jusqu'à il n'y a pas si longtemps. Si le créole était un "outil de la colonisation ou de la domestication du Nègre", pourquoi ledit pouvoir l'aurait-il interdit ? Bien au contraire, il l'aurait protégé, chouchouté, valorisé pour continuer à abrutir le "Neg". 

       En toute logique, c'est qu'aurait dû faire le pouvoir colonial.

       Le plus affligeant dans tout cela est l'ignorance crasse de l'auteur de ce post (Umberto ECO, au secours !) au sujet des 40 années de labeur acharné du Pr Jean BERNABE dont voici quelques publications :

 

 

       Les 30 années de travail de Robert DAMOISEAU, Georges MAUVOIS, Marie-Thérèse JULIEN LUNG-FOU, Raphaël CONFIANT, Térez LEOTIN, Georges-Henri LEOTIN, Daniel BOUKMAN, Hector POULLET, Max RIPPON, Joby BERNABE, MONCHOACHI, BENZO, Pierre PINALIE, Judes DURANTY, Sylviane TELCHID, Serge RESTOG, Gerry L'ETANG, JALA, Jean-Pierre ARSAYE etc..., les 15 années de travail de plus jeunes (pas forcément en âge) comme Roland DAVIDAS, Jean-Marc ROSIER, Hughes BARTELERY, Romain BELLAY, Roger EBION, Eric PEZO, TIMALO, Serge KECLARD etc...dont voici quelques publications :

 

 

       C'est ignorer le dur combat mené pour pouvoir introduire le créole à l'université, puis à l'école, pour amener le Ministère de l'Education nationale à créer un CAPES de créole et, à compter de cette année, une Agrégation de créole. Victoires fragiles, sans cesse remises en cause car elles minent ce sur qui est fondé le pouvoir colonial : l'entreprise d'assimilation c'est-à-dire de francisation totale des peuples martiniquais et guadeloupéen. Ledit pouvoir doit d'ailleurs se réjouir secrètement de voir des hurluberlus contester la "légitimité" du créole et de la culture qu'il véhicule au nom d'une africanité de pacotille.

   Oui, de pacotille car tant qu'ils ne diront pas clairement qu'ils veulent remplacer le créole par une langue africaine, quelle qu'elle soit, et qu'ils n'exposent pas tout aussi clairement les voies et moyens par lesquels ils comptent parvenir à cette ré-africanisation, ils demeureront des brasseurs de vent et des alliés objectifs d'un pouvoir colonial qui ne rêve que d'une chose : éradiquer la langue et la culture créoles pour pouvoir nous transformer en Gaulois noirs ou basanés...