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DARFOUR : QUAND DES « ARABES » MASSACRENT DES NOIRS…

Chacun sait désormais que l’information diffusée par les grands médias occidentaux est biaisée, que ceux-ci, d’une manière ou d’une autre, toujours très habilement, ne poursuivent qu’un seul et même objectif : maintenir la suprématie de l’Occident (Europe, Etats-Unis, Israël, Australie etc.) sur le reste du monde. Pour ce faire, ils utilisent une arme qu’aucune instance de l’ONU ni aucune Ligue des Droits de l’Homme n’a jamais déclarée illégale : {{la désinformation massive}}. Si Saddam Hussein fut, à tort accusé de détenir des « armes de destruction massive », il est clair, par contre, que CNN, TFI, la BBC, The Gardian, The New-York Times, Le Monde, Libération, Le Nouvel Observateur, El Pais, Le Corriere della Sera, Die Welt et tant d’autres usent et abusent d’ « armes de désinformation massive ».

L’exemple du Darfour le montre de façon criante. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, le Darfour est cette province occidentale d’un pays africain appelé Soudan qui est entrée en dissidence depuis des années et où se déroulent des massacres à répétition que les bonnes âmes occidentales qualifient de « génocide ». Depuis quelque temps, l’indignation (sélective !) des médias, de l’intelligentsia et des gouvernements occidentaux est montée d’un cran. Un peu partout aux Etats-Unis, des manifestations monstres sont organisées, souvent par des artistes célèbres (Georges Clooney ) pour dénoncer le régime sanguinaire du président Omar El-Béchir. Georges Bush s’est même fendu d’une menace très claire : « J’exige que le Soudan cesse de terroriser des populations innocentes et ouvre ses portes aux observateurs internationaux ». (On croit rêver : pourquoi la même injonction n’est-elle pas adressée à la Chine qui depuis bien plus longtemps que le Soudan, s’emploie à génocider le peuple du Tibet, pays qu’elle occupe en toute illégalité depuis pas moins d’un demi-siècle ? Sans même parler de l’entité sioniste qui a carrément expulsé les Palestiniens de leur terre natale !). En France, les droits-de-l’hommistes et les intellos de la gauche-caviar se déchaînent, de Bernard-Henri Lévy à Pascal Bruckner en passant par Marek Halter ou encore Bernard Kouchner. Ecoutons justement ce dernier dans un article intitulé «Au Darfour, des massacres et du pétrole » paru dans « Le Monde » (mercredi 27 décembre 2006, rubrique « Débats », p. 15) :

« …le général Bachir a laissé se développer (à moins qu’il ne les ait armées et payées) des milices arabes, des {{musulmans blancs}}, des nomades, les janjawids, dont les raids meurtriers font régner la terreur parmi les populations civiles. »

Dans cet extrait tout est dit : des Arabes assassins massacrent sans vergogne des pauvres Noirs au Soudan. Des « Blancs » ose même écrire B. Kouchner !!! Or, un rapide coup d’œil aux études historiques et anthropologiques, ou plus simplement aux images des différents journaux télévisés montrant des foules soudanaises, révèle une chose claire, nette et précise à savoir qu’il n’y a pas de… « Blancs » au Soudan. Ce pays artificiel, tracé sur une carte par les colonisateurs britanniques, n’est composé que de Noirs qui se répartissent comme suit :

- au Nord-Est (région de Khartoum et de la côte du canal de Suez) : des {{Noirs musulmans arabophones}}

- au Nord-Ouest (région du Darfour entre autres) : des {{Noirs musulmans non arabophones}} (ou plus exactement bilingues, la plupart des Darfouriens parlant à la fois leur langue vernaculaire négro-africaine et l’arabe)

- au Sud (région en rébellion depuis bien plus longtemps que le Darfour) : des {{Noirs non musulmans non arabophones}} (en fait, animistes ou chrétiens et utilisant soit des langues africaines vernaculaires soit l’anglais).

En bref, mis à part le personnel diplomatique occidental et quelques commerçants syro-libanais comme il y en a partout en Afrique (et aux Antilles), il n’y a aucun « Blanc » au Soudan. Monsieur Bernard Kouchner est pris là en flagrant délit de désinformation ! Jetez un œil à la photo qui illustre le présent article et regardez bien le visage (et la couleur) de l’homme qui y figure : il s’agit de Ahmed Haroun, ancien responsable de la sécurité au Darfour dont le TPI (Tribunal Pénal International) vient d’exiger l’arrestation par les autorités de Khartoum au motif des massacres qui auraient été perpétrés sous ses ordres. Vous n’êtes pas convaincu ? Allez sur « Google » et tapez « Omar El-Béchir », vous verrez apparaître la bonne bouille du, président actuel du Soudan, « noir bon teint », selon l’expression française consacrée. Toujours pas convaincu ? Chercher « Hassan El-Tourabi », celui que la presse occidentale elle-même surnomme depuis des lustres {{« le pape noir de l’islamisme »}}. Il s’agit d’un grand intellectuel, diplômé en philosophie de la Sorbonne, qui depuis trois décennies participe activement, en coulisses, aux différents gouvernements soudanais et, entre deux séjours en prison, écrit des livres dans lesquels il développe une vision islamiste autrement plus articulée et sophistiquée qu’un Tarik Ramadan, par exemple. Ceci est si vrai que le « Corriere della Sera », quotidien italien est allé jusqu’à écrire que « Hassan Tourabi est trop noir pour devenir le penseur de référence de l’islamisme, chose pour laquelle la qualité de ses œuvres le désigne sans discussion possible ».

Donc, loin de moi l’idée de nier qu’il se produit des atrocités au Darfour, mais dire que des « Arabes » ou des « Blancs » y massacrent des « Noirs » relève de la pure désinformation. La vérité est plus simple : des « Noirs musulmans arabophones » massacrent des « Noirs musulmans non arabophones ». Si El-Béchir ou Hassan Tourabi sont des « Blancs », alors nous, les Antillais, nous sommes des Ouzbeks ! On rétorquera que le régime de Khartoum se déclare lui-même « arabe » et que le Soudan fait partie de la Ligue arabe. C’est là un argument qui relève là encore de la désinformation pour la bonne et simple raison que se dire « Arabe » ne veut aucunement dire qu’on se déclare ou se vit comme « Blanc ». Comme l’écrit le grand intellectuel égyptien Gamal Hamdane ({Shakhsiyatn Misr, dirasât fî ‘abqariyyat al-makân}, Le Caire, ‘Alam al-Kutub, 1984 :

{{ «S’il nous faut absolument donner une définition de l’arabité, elle ne serait surtout pas ethnique. Ce n’est pas le sang, mais la langue qui définit l’arabité. »}}

Les Arabes ne se sont jamais défini racialement comme le font les Occidentaux et même s’il est vrai que le préjugé de couleur existe dans le monde arabe (comme en Inde : cf. les films de Bollywood où n’apparaissent que des visages…pâles, très pâles ; comme en Amérique du Sud et aux Antilles etc.), un Arabe peut être un Libanais ou un Algérien kabyle blond aux yeux bleus, un mulâtre marocain ou yéménite, un Noir d’ébène comme au nord du Tchad ou au Soudan et même un « Indien » comme dans les Emirats Arabes Unis où les mariages avec les Pakistanais et les Indiens musulmans sont légion. Que l’Occident n’applique donc pas sa grille de lecture raciologique au monde arabe et qu’il arrête de nous raconter qu’au Soudan, des « Blancs » massacrent des « Noirs » ! La Somalie, avant qu’elle n’implose, et les Comores sont membres de la…Ligue arabe. Va-t-on nous dire que Somaliens et Comoriens sont des Blancs ??!! Quand donc le régime d’El-Béchir se déclare arabe, il ne fait pas référence à une quelconque appartenance raciale, mais bien à une appartenance linguistico-culturelle. Sinon, que l’on nous explique pourquoi le Sud qui a signé un traité de paix avec Khartoum après trois décennies de rébellion, ce Sud composé de Noirs non musulmans et non arabophones, a des ministres dans le gouvernement de…Khartoum ? Pourquoi le vice-président du Soudan est un Sudiste c’est-à-dire un négro-africain ? Les Sudistes préféreraient-ils s’allier au régime « blanc » de Khartoum contre leurs frères noirs du Darfour ? A qui ferez-vous avaler une pareille couleuvre, messieurs les droits-de-l’hommistes ?

En réalité, l’hallali contre le régime de Khartoum ne vise aucunement à secourir les pauvres noirs génocidés du Darfour, sinon comment expliquer que personne ne cherche noise à Pékin pour le génocide qu’il opère au Tibet ? Les Dafouriens seraient-ils plus dignes d’intérêt que les Tibétains ? On a vu madame Ségolène Royal, lors du débat qui l’a opposée à Nicolas Sarkozy à la veille du second tour des élections présidentielles, pousser l’hypocrisie jusqu’à proposer que la France boycotte les jeux olympiques de Pékin pour « obliger la Chine à faire pression sur son allié soudanais » !!! La dame Royal a probablement oublié que le régime de Pékin n’est pas mieux (au regard des normes occidentales) que celui de Khartoum et que ce régime, depuis 50 ans, met en œuvre un processus d’extermination des Tibétains. Il a belle mine notre cher Dalaï-Lama lorsqu’il entend ce genre de propos, lui que l’Occident feint de recevoir avec tous les honneurs, tout en continuant tranquillement à commercer avec le régime génocidaire de Pékin. Qui les Occidentaux croient-ils couillonner ? Que cache la diabolisation du Soudan ? La réponse à ces questions ne fait aucun doute : {{stigmatiser et déstabiliser le régime soudanais est une manière, pour les suprémacistes occidentaux et les sionistes, de s’attaquer au monde arabe.}} C’est une tentative de le prendre à revers, de l’attaquer sur un front à la fois faible (le Soudan était l’un des pays les plus pauvres du monde jusqu’à la découverte toute récente de pétrole dans son sous-sol) et périphérique. C’est aussi un moyen de monter les Noirs contre les Arabes, entreprise qui s’est aussi manifestée sur la question de l’esclavage dernièrement : des historiens comme Pétré-Grenouillot tentent de nous faire admettre que ce qu’ils appellent la « traite orientale », perpétrée par les Arabo-musulmans, fut aussi cruelle, sinon plus cruelle, que la « traite atlantique », perpétrée par les Européens. Désinformation oblige, ces éminents universitaires « oublient » de préciser que la « traite orientale » ne s’est aucunement basée sur des critères raciaux comme son alter ego « atlantique », mais sur des critères principalement religieux. Pour aller vite, les Arabo-musulmans ont mis en esclavage aussi bien des Européens Blancs que des Africains noirs. Au XVIIè siècle, il y avait 1 million d’esclaves blancs en « Barbarie », nom donné par les Européens à l’époque au Maghreb. Cervantès, le grand Cervantès, l’auteur de « Don Quichote », fut esclave à Alger pendant trois ans et dans l’avant-propos de son livre, il écrit que celui-ci n’est que la traduction à partir de…l’arabe d’un texte écrit par un certain Cid Ahmed !!! Mettre donc sur le même plan la traite orientale et la traite atlantique est une escroquerie intellectuelle qui, hélas, réussit à aveugler certains intellectuels négro-africains, instrumentalisés il est vrai par des groupes sionistes.

Pour en revenir au Soudan et bien comprendre la situation, il faut revenir à la création même de cet état par les Anglais. Habitués, comme leurs compères français et portugais, à tracer à l’équerre, sur des cartes vierges, les frontières des états africains qu’ils furent contraints de décoloniser, les Anglais ont fabriqué un monstre : un énorme pays (2 millions de km2) composé au Nord de Noirs musulmans arabophones, au Sud de négro-africains animistes ou chrétiens et non arabophones et enfin, à l’Ouest, de Noirs musulmans non arabophones ! Une véritable bombe à retardement donc qui n’a évidemment pas tardé à imploser. Là se pose la question de l’intangibilité des frontières décrétée par l’ONU, dogme qu’il faudra bien un jour remettre en question pour que des peuples de même langue et de même culture ne soient pas éternellement divisés par des frontières arbitraires et surtout contraint de vivre avec des peuples qui ne partagent pas la même culture qu’eux. C’est le cas bien connu du Sénégal et de la Gambie ou encore du Togo et du Bénin. Et bien sûr du Soudan. C’est dire que la résolution de la question du Darfour, comme de bon nombre de conflit interafricains, passe nécessairement par {{une révision des frontières arbitrairement tracées par les colonisateurs européens}}.

Il existe en Europe des cas très similaires : ceux de la Tchécoslovaquie et de la Belgique. Dans le premier cas, Tchèques et Slovaques se sont séparés en deux états indépendants après la chute du communisme alors même que les différences culturelles entre ces deux peuples ont l’épaisseur d’une feuille de papier : les films tchèques projetés en Slovaquie n’ont pas besoin d’être sous-titrés, par exemple. Quand au royaume de Belgique, il est perpétuellement au bord de l’implosion, certains Wallons (francophones) souhaitant leur rattachement à la France et certains Flamands leur rattachement à la Hollande. Et je ne parle même pas de l’implosion de la Yougoslavie et de l’actuelle question du Kossovo. Sans compter qu’il y a quelques semaines les indépendantistes écossais ont pris le contrôle du parlement d’Edimbourg ! Quoi qu’on en dise, les peuples n’aspirent pas à vivre qu’avec ceux qui partagent la même culture ou la même religion qu’eux (ou la même langue). C’est triste mais c’est comme ça ! L’Union Soviétique a voulu, dans une noble impulsion, infléchir ce réflexe nationalitaire et a, au bout de soixante-dix ans, bel et bien échoué.

Ceci dit, dans l’immédiat, en attendant une hypothétique révision des frontières en Afrique, il faut bien arrêter les massacres perpétrés au Darfour par le régime de Khartoum. Il y a là une urgence qu’il ne serait pas honnête de nier, mais les actions qui devront être entreprises ne peuvent et ne doivent pas s’appuyer sur les manœuvres déstabilisatrices et divisionnistes des Occidentaux et des sionistes. Monter artificiellement les « Arabes blancs » contre les « Négro-africains », comme on le fait pour le Darfour, est absurde et absolument contre-productif. Cette question ne peut être résolue que par les Soudanais d’abord, les Africains et les Arabes ensuite. L’exemple récent de la Côte d’Ivoire démontre que nous n’avons pas besoin des Occidentalo-sionistes pour régler nos problèmes. Etat artificiellement créé par les Français, la Côte d’Ivoire était, elle aussi une bombe à retardement, partagée qu’elle est entre un Sud animiste et chrétien et un Nord musulman. Seul le charisme exceptionnel de feu Houphouët-Boigny a permis longtemps de retarder l’explosion. A sa mort, le pays s’est coupé en deux et a subi une partition de fait. Les Français sont intervenus pour sauver leur pré-carré, l’ONU y a mis son grain de sel : en vain. Il a fallu que, finalement, Laurent Gbagbo, président lu du pays, et Guillaume Soro, le chef de la rébellion, décident enfin de se mettre autour d’une table et en personnes responsables mettent un terme à ce conflit fratricide. Les Africains sont donc parfaitement capables de s’entendre entre eux sans les bons offices hypocrites des Occidentaux. C’est ce qui s’est d’ailleurs passé entre Khartoum et le Sud-Soudan : Noirs musulmans arabophones du Nord et Noirs non musulmans non arabophones du Sud ont fini par s’asseoir à la table des négociations et trouver un modus vivendi. Pourquoi cela ne serait-il pas possible avec leurs compatriotes du Darfour ? Et là, c’est à l’OUA et à la Ligue Arabe d’exercer des pressions sur toutes les parties en présence, à commencer par le régime d’Omar El-Béchir. De toute façon, il y a nécessité d’organiser une {{grande conférence d’amitié et de réconciliation entre Négro-africains et Arabes}}. Les Arabes doivent reconnaître la « traite orientale » comme un crime contre l’humanité et demander pardon, même si, insistons sur ce point, l’esclavage qu’ils ont pratiqué n’était pas fondé sur des critères raciaux. N’oublions pas que le mot « Slaves » vient d’esclaves » et qu’à la cour du Grand Turc, il y avait des milliers d’esclaves « blancs » (Bulgares, Grecs, Serbes etc.) ! Les Africains, de leur côté, doivent admettre que l’esclavage musulman, bien que hautement condamnable, n’a rien à voir avec cette abomination absolue que fut l’esclavage atlantique, celui qu’a pratiqué les Européens. Bref, chacun, Négro-africains et Arabes, doit faire un pas l’un vers l’autre, mettre l’histoire à plat, discuter sans concessions et surtout fonder une nouvelle alliance contre les suprémacistes occidentalo-sionistes. C’est ce que propose, de façon hélas trop brouillonne, le chef de l’Etat libyen, le colonel Khaddafi.

Avant de terminer votre lecture, jetez à nouveau un œil sur la photo qui illustre cet article ! Celle d’un des principaux bourreaux du Darfour, Ahmed Haroun : c’est homme est un « Noir », monsieur Kouchner, et non un « Blanc », comme les droits-de-l’hommistes et vous même, le prétendez. {{Arrêtez de nous désinformer !}}

(Au fait, pour ceux qui l’ignoreraient, « Sudan » en arabe signifie… « pays des Noirs » !!!)

{ {{Raphaël Confiant}} }

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