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CRÉOLITÉ ET DROITS DE L’HOMME

Par Raphaël Confiant
CRÉOLITÉ ET DROITS DE L’HOMME

La problématique dite des « Droits de l’homme » est, depuis quelques années, au cœur des réflexions qui s’attachent à penser le monde et à en proposer un modèle neuf. Une véritable surenchère médiatique et politicienne accompagne ce phénomène, plaçant l’Europe et les Etats-Unis en défenseurs de l’humaine condition tandis que les pays du Sud seraient la proie, pour bon nombre d’entre eux, de satrapes et de dictateurs qui, non contents de piller les ressources de leurs peuples, bafouent à longueur de journée leurs droits les plus élémentaires. Profitant des désastres à répétition qui secouent les pays du Sud, les pays du Nord en sont logiquement venus à inventer un « droit d’ingérence humanitaire » qui prend soit la forme de l’intervention étatique soit celle de l’intervention par ONG interposée. Il convient de relativiser cette vision pour le moins caricaturale de la réalité en rappelant que si c’est bien l’Europe, et singulièrement la France, qui, au moment de la Révolution française, a gravé dans le marbre une « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », déclaration reprise et améliorée par l’ONU en 1948 et qui sert de fondement à l’actuel discours « droit-de-l’hommiste », la notion de « droit de l’homme » ne ressortit pas de l’évidence. En Occident, elle a accompagné la lente et irréversible montée de l’ « individu » et de notions telles que le « libre-arbitre » ou « l’habeas corpus », tout cela s’inscrivant dans un processus plus vaste qui est l’accession au pouvoir de la bourgeoisie et, au plan économique, le développement foudroyant du système économique capitaliste. Mais qu’en est-il des sociétés où la « communauté » prime l’individu, où le « nous » prend le pas sur le « je » ? Ces sociétés qui considèrent, par exemple, que l’orphelinat, l’asile psychiatrique et l’asile de vieillards sont de véritables abominations, institutions qui pourtant sont constitutives de l’univers sociétal euro-américain. Dans certaines sociétés d’Afrique noire, on considère, en effet, que l’enfant devenu orphelin a le droit d’avoir une famille, ce qui fait qu’il est immédiatement recueilli et intégré par des proches ou des voisins. Dans certaines sociétés musulmanes, le veuvage est perçu comme une épreuve insupportable pour la femme qui le subit, ce qui explique que celle-ci soit assez rapidement réintégrée dans le cercle familial en épousant le frère du défunt. Dans certaines sociétés polynésiennes, le fou (et même l’homosexuel à Tahiti) ne sont absolument pas exclus du corps social. Au contraire, une place spéciale leur est attribuée et d’aucuns voient en eux des « décrypteurs de rêves » ou des sortes de devins.

On le voit donc à ces quelques exemples, la notion de « droit de l’homme » n’est pas si évidente que veut nous faire le croire un certain discours occidental, paternaliste et donneur de leçons. D’autant que non seulement cette notion doit être relativisée culturellement parlant, mais il est toujours bon de rappeler que l’Occident, tout en ayant rédigé la fameuse déclaration évoquée plus haut, fut l’auteur des trois plus grands « crimes contre l’humanité » de l’ère moderne, à savoir :

_ . le génocide des Amérindiens
_ . l’esclavage des Noirs
_ . la Shoah

Pire : les discours et autres théories racistes ont été élaborées au cœur même de l’Occident, véritable inventeur de la notion de « race ». Si est de bon ton aujourd’hui de rappeler que le monde arabe fut, lui aussi, à l’origine d’une forme de commerce des nègres, appelée « traite orientale » par les historiens, peu de gens soulignent dans le même temps, que l’on ne trouve aucun texte littéraire, ouvrage religieux ou traité scientifique arabe dans lequel est établie une hiérarchisation des races comme ont tenté de le faire un Broca, un Gobineau ou un Hitler. L’Africain est qualifié de « kaffir » (cafre) par l’Arabe musulman ce qui signifie simplement « infidèle ». Mais une fois que ce dernier se convertit, il est aussitôt intégré dans la « communauté des croyants » et c’est pourquoi le tout premier muezzin de l’islam, le premier à avoir psalmodié le désormais internationalement célèbre « Allah-ou Akbar ! » (Dieu est grand) ne fut autre que le nègre Bilal. Contrairement au mot « nègre », « kaffir » n’a aucune connotation de couleur ou de race, mais relève du vocabulaire religieux. Cela ne signifie naturellement pas que le préjugé de couleur est absent du monde arabo-musulman, mais il convient de ne pas tout confondre et de ne pas assimiler « préjugé de couleur » à « racisme ». Dans la quasi-totalité des pays du monde, l’idéal de couleur est la clarté de la peau, et cela bien avant qu’ils n’entrent en contact avec l’Occident. Lorsqu’il y a 4. 000 ans les Aryens (clairs) envahissent le continent indien et repoussent vers le Sud sa population autochtone composée de Dravidiens (foncés), elle traite ces derniers de « diables » et nul ne s’étonnera donc que les Brahmanes (caste supérieure) d’aujourd’hui aient une couleur de peau et un phénotype proche des Européens du Sud tandis que les basses castes et surtout les Intouchables arborent le plus souvent un teint d’ébène. Dans le cinéma fabriqué à Bollywood, il y a même moins de visages foncés que dans son alter ego d’Hollywood ! Autre exemple : au Cambodge, dont le nom autochtone est « Khmer », qui vient de « Khémit », qui a donné « Chamite », et qui signifie « Pays des Noirs », les filles des villes qui, au contraire des paysannes qui travaillent à longueur de journée dans les rizières, sous le soleil, ont un teint relativement clair, sont beaucoup plus prisées du point de vue matrimonial. On pourrait multiplier les exemples à l’envie qui démontrent que partout le « clair » l’emporte sur le « sombre », sans doute parce que somme toute l’électricité est une invention récente (que sont deux siècles dans l’histoire de l’humanité ?) et que pendant des millénaires, l’homme a vécu dans la crainte de la nuit, de l’obscur, du noir, lieu de tous les dangers, royaume des bêtes sauvages et des esprits maléfiques. Mais, insistons sur ce point, ni dans le monde arabe, ni en Inde, ni au Cambodge ou dans les autres pays asiatiques n’a été forgée une théorie qui cherche à démontrer scientifiquement que les « Blancs » ou les « Clairs » sont supérieurs aux « Noirs » ou au Foncés ».

Tout cela montre qu’il y a urgence à déconstruire le discours « droit-de-l’hommiste » tel qu’il fonctionne dans les grands pays du Nord, discours qui leur permet de se donner bonne conscience à peu de frais en distribuant ici et là des sacs de riz ou des boites de lait en poudre, au nom de l’aide humanitaire, dans des pays qu’ils ont auparavant pillés durant des siècles et dont le pillage est l’une des causes principales de leur incapacité à se « développer ». Car si l’on quitte le terrain du politique et que l’on s’intéresse à celui de l’économique, on se rend compte que dans le même temps où les bonnes âmes de l’Occident déversent à longueur de médias leur discours pro-démocratie, les compagnies européennes et étsuniennes n’ont jamais cessé de piller le Tiers-Monde. La « Chiquita », multinationale de la banane aux capitaux majoritairement nord-américains, paie ses ouvriers 1 dollar par jour dans ses immenses plantations d’Amérique latine, ouvriers que l’on contraint par ailleurs à manipuler des pesticides dangereux pour la santé, voire cancérigènes. Et de même qu’au XVIIIe siècle, un Voltaire pouvait se faire le héraut de la liberté et des « Lumières » tout en possédant des actions dans une compagnie hollandaise faisant le commerce des esclaves, un Bernard-Henri Lévy aujourd’hui se trouve être l’héritier d’une fortune qui s’est bâtie, et continue de se bâtir, sur l’exploitation du bois précieux des forêts d’Afrique centrale et de ceux qui les coupent. N’y a-t-il pas de la duplicité, sinon du cynisme, à dénoncer ce que l’on fait soi-même ?

L’aboutissement logique de tout ce qui vient d’être dit est que les fameux droits de l’homme n’ont été jusqu’à aujourd’hui que les droits de l’homme…blanc et que ceci est désormais inacceptable. Il n’y a qu’à comparer le battage médiatique monstre fait autour d’une seule otage franco-colombienne, d’un seul soldat israélien capturé lors de la dernière guerre du Liban ou encore de six infirmières bulgares et l’indifférence, ou le mutisme, qui entoure les crimes commis contre le peuple palestinien depuis un demi-siècle ou les « dommages collatéraux » provoqués par les bombardements américains en Irak (la deuxième guerre du Golfe a déjà fait à ce jour 250.000 victimes civiles), pour comprendre qu’il y a bien deux poids deux mesures en matière de droits de l’homme. En clair, la vie d’un Occidental est mille fois plus précieuse que celle d’un Non-Occidental. C’est ainsi que l’otage ou le prisonnier occidental possède un nom, son visage fait la couverture des journaux et la Une des journaux télévisés, son nom nous est martelé à longueur de temps, alors que l’otage non-occidental est un anonyme, un être sans visage et sans nom. Dans la jungle colombienne, les FARC détiennent près d’une centaine d’otage, or nous ne connaissons que le nom d’un seul, ou plus exactement d’une seule, d’entre eux. Pourquoi ? Est-ce bien normal ? Cela cadre-t-il avec l’idéologie des droits de l’homme telle qu’elle nous servie par les maîtres penseurs de l’Occident judéo-chrétien ?

Si donc nous sommes tout à fait d’accord pour condamner les satrapies du Tiers-Monde, il serait malhonnête de notre part d’ignorer le fait que le monde euro-américain bafoue, lui aussi, de manière régulière, ces fameux « droits de l’homme » dont il fait son credo actuel, et cela tant sur son propre sol que dans le Tiers-Monde. Deux exemples, qui concernent les USA, le démontrent de manière irréfutable :

. lors du cyclone Katrina qui dévasta il y a deux ans la ville de la Nouvelle-Orléans en Louisiane, une trentaine de bébés noirs prématurés sont décédés au « Memorial Hospital » de la ville parce que le réseau électrique ayant été détruit, cet établissement public ne disposait pas de groupe électrogène permettant de continuer à alimenter les couveuses. Cela dans le pays le plus riche et le plus « démocratique » du monde ! A l’inverse, aucun bébé blanc n’a perdu la vie dans les cliniques et hôpitaux privés de la ville, eux parfaitement équipés.

. lors de la première guerre du Golfe, l’armée américaine a utilisé des armes à base d’uranium appauvri totalement interdites par la Convention de Genève, armes qui ont provoqué la mort immédiate de milliers d’hommes de troupe irakiens, mais qui, juste retour des choses, ont aussi contaminé nombre de soldats américains qui, de retour au pays, durent être hospitalisés d’urgence parce qu’ils souffraient d’un mal « inconnu » lequel, à ce jour, a déjà provoqué le décès de plus de 3.000 vétérans.

Ceci pour dire que l’Occident n’a guère de leçons à donner aux pays dits du Tiers-Monde en matière de droits de l’homme, de respect de la personne humaine et de démocratie. Si les dirigeants euro-américains n’emploient pas (plus ?) les méthodes spectaculairement brutales des satrapes du Tiers-Monde, il n’en demeure pas moins que leurs violations répétées des lois internationales, qu’ils ont souvent eux-mêmes rédigées au sortir de la Deuxième Guerre Civile Européenne (1939-45), aboutissent aux mêmes résultats, sinon à des résultats encore pire, si l’on tient compte du fait qu’ils disposent d’armes plus sophistiquées que les seconds. Bombarder une armée ennemie à l’aide d’armes à base d’uranium appauvri est, en effet, moins visible, moins immédiatement visible, que de procéder à des carnages à la machette de populations entières comme au Rwanda, mais le résultat n’est-il pas, pour les victimes de ces exactions, exactement le même ?

Il y a donc nécessité de repenser les notions de « droits de l’homme » et de « démocratie ».

Commentaires

mo1mo1 | 08/11/2008 - 11:12 :
Il ne faut pas oublier nos parents Hindous,qui ont du quitter leur pays Inde occupé par les forces coloniales ANGLAISES,PORTUGAISES,?rancaises . Pour construire ces nouvelles valeurs ,il faut être intraitable sur celles qui se glissent en ce moment sous nos yeux: La commémoration par l'institut du monde arabe (I M A),qui est financé par nos impôts et qui ose mettre à l'honneur le bourreau de nos communautés Napoléon Bonaparte, sous couvert de ses prouesses scientifiques. Imaginons à Fort de France ou à Pointe à Pitre qu'on organise ce genre de manifestation pour HITLER QUI LUI AUSSI A FAIT DES PROUESSE SCIENTIFIQUE(autoroute,avion à réaction,voiture individuelle pour les ménages modestes,missiles..). LES AUTORITES JUDICIAIRES OU POLICIERES AURAIENT -ELLES ACCEPTE CELA? Pour manifester notre désaccord à cet évènement à Paris à l'I M A,il faut dire NON A CETTE INFAMIE EN UTILISANT TOUS LES SUPPORTS JURIDIQUES POUR SE FAIRE ENTENDRE ET QUE LES DESCENDANTS DES AFROAMERINDIENS SE LEVENT EN CRIANT LEUR RAGE DE VOIR QU'ON CONTINUE A NOUS HUMILIER! OU SONT LES TELEVISIONS AFRICAINES DU NORD ET DU SUD ,DU CARICOM POUR COUVRIR A NOTRE MANIERE CET EVENEMENT? SEULE LE réveil de nous même par nous même fera reculer cette vision du monde parles occidentaux de droite. RIEN NE NOUS EMPECHE DE FAIRE UN PROCES AUX GENERAUX COLOMBIENS QUI SONT DIRECTEMENT RESPÖNSABLE DE LA MORT DE NOS PARENTS. NOUS AVONS SUFFISAMMENT DE COMPATRIOTES A PARIS POUR HURLER NOTRE DOULEUR DEVANT L'AMBASSADE DE COLOMBIE A PARIS ET AUSSI D'ECRIRE A INGRID BETANCOURT POUR LUI RAPPELER CE FAIT DOULOUREUX POUR NOTRE PEUPLE .. . ON DOIT SE MOBILISER POUR DEMANDER A LA FRANCE OU EST PASSE NOTRE OR EN 1944 EMBARQUE A BORD DE L'EMILE BERTIN VERS LE HAVRE. QUE LES HISTORIENS DE CHEZ NOUS PARLENT,ECRIVENT ,JE LES TROUVENT SILENCIEUX ALORS QU'ILS SONT NOMBREUX. SANS LE REVEIL DE L'ELITE INTELLECTUElLE DANS TOUS LES SECTEURS D'ACTIVITEIL SERA DIFFICILE D'ACCOMPLIR DES ACTES DE GRANDE FIERTE. INTERNET EST LA POUR COMMUNIQUER ENTRE NOUS ET POUR NOUS.CULTIVONS LE COURAGE POUR QUE CE QUE RESSENTONS SOIT PARTAGER PAR NOUS TOUS!!

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