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CORSE : LA GUERRE ENTRE PAUVRES N’EST PAS LA SOLUTION

www.ensemble-fdg.org/

Deux événements graves se sont succédé à Ajaccio, à quelques heures d’intervalle. Ils ont suscité une grande émotion et une vive indignation en Corse et bien au-delà.

Le premier s’est déroulé le soir du réveillon de Noël. Les pompiers ont été appelés à la suite d’un début d’incendie au quartier dit des Jardins de l’empereur. Là, ils sont tombés littéralement dans un guet-apens. Ils ont été victimes d’une agression de la part d’une vingtaine d’individus cagoulés. Deux d’entre et un policier ont été blessés et un fourgon endommagé. Cette agression doit être condamnée avec la plus ferme détermination. Il est inadmissible qu’on s’en prenne à des gens dont la mission est de porter secours à toute personne en difficulté ou en danger de mort. La police doit faire son travail. Rechercher les auteurs de l’agression et la justice doit les condamner avec la plus grande fermeté. Par ailleurs, on peut s’interroger sur l’identité de ces individus, sur leurs motivations. Acte stupide, recherche d’une publicité malsaine ? Acte délibéré, prémédité et inspiré par qui ? Toujours est-il que cet événement contribue peu ou prou à aggraver le racisme et la xénophobie qui se manifestent  de plus en plus ouvertement dans tout le pays, y compris en Corse. Cet événement qui n’est pas exceptionnel – il y en a eu de nombreux sur le continent, mais sans autant de retentissement – n’est que le résultat d’une politique pratiquée pendant des décennies. Celle de parquer des gens dans des ghettos, sans aucune perspective d’espoir et d’avenir. Ne pas voir le problème, c’est prendre le risque d’un embrasement général dans ce qu’on appelle les quartiers difficiles.

 

Le deuxième événement est aussi grave que le précédent. Une manifestation de soutien aux pompiers et aux policiers a été organisée le jour de Noël, à Ajaccio. Pure coïncidence, cette année Noël Chrétien tombe le même jour que Mawlid, anniversaire de la naissance du prophète Mahomet. Cette manifestation était tout à fait légitime. Mais elle a vite dérapé et perdu de sa signification d’origine. Une centaine d’individus, très déterminés, prêts à en découdre, se sont crus obligés d’organiser une expédition punitive sur le quartier des jardins de l’empereur, pour se faire justice ! Sommes-nous encore dans un Etat de droit ? Résultat : des cages d’escalier ont été vandalisés, une salle de prière de culte musulman saccagée, des livres du Coran brûlés et de nombreuses menaces proférées. Sans compter avec  le déferlement d’injures racistes et xénophobes du genre : « On est chez nous », cher au Front national, « Arabi fora », « Ils viennent manger notre pain et prendre notre boulot », etc. Il ne manquait plus que le passage à l’acte physique, en un mot à une « bonne » ratonnade. Qu’il nous soit permis une réflexion au regard de ce dernier événement. La haine de l’autre ne doit pas servir de défouloir. Elle ne doit pas masquer la réalité. L’étranger quel qu’il soit n’est pas responsable de la situation sociale et économique de la grande majorité des Corse qui vivent dans la précarité et la désespérance. Les vrais responsables sont à rechercher dans le système lui-même. Ce système capitaliste qui tend à diviser les individus afin de mieux les exploiter et assurer ainsi sa pérennité. La guerre entre pauvres n’a jamais été une solution, mais elle peut conduire au désastre. N’ayons pas la mémoire courte. En outre, il est bon de rappeler que le peuple corse est le résultat  de mélanges dus à des flots migratoires continus au cours des siècles. N’en déplaise à certains obscurantistes et autres partisans de la pureté de la race corse.

 

Tous les démocrates, les progressistes ne doivent pas rester indifférents à ce qui vient de se passer à Ajaccio. Une réaction massive s’impose. Notre île ne peut pas devenir un nouveau champ d’expérimentation de la haine, du racisme et de la xénophobie. Il y a danger. La bête immonde, comme le disait Bertolt Brecht, n’est pas morte. Elle est entrain de renaître de ses cendres. Ouvrons les yeux et agissons tant qu’il est temps encore.

 

Jean Antoine Mariani, A Manca alternativa, Ensemble!