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COMMENT DIT-ON "IL Y AVAIT UNE FOULE ENORME" EN CREOLE ?

COMMENT DIT-ON "IL Y AVAIT UNE FOULE ENORME" EN CREOLE ?

   Contrairement à une idée reçue, le lexique de la langue créole n'est pas "pauvre". Aucune langue n'est pauvre car elle permet d'assurer la totalité des besoins communicatifs de ceux qui la parlent et ces besoins sont liés aux réalités du pays, au mode de vie, aux relations sociales ou aux croyances dudit pays. Quel besoin, par exemple, un Eskimo aurait-il de dire "cocotier" ou "chêne" ? Il n'y a pas d'arbre d'ailleurs au Pôle Nord. Dira-t-on alors que la langue eskimo est pauvre parce qu'elle ne possède pas de terme pour "cocotier" ou "chêne" ? Oui, mais alors à ce compte-là, le français serait pauvre lui aussi puisqu'il ne dispose que d'un seul terme pour dire "neige" alors que l'eskimo en a vingt-cinq.

   OK, dira-t-on encore, mais une langue, surtout depuis que la planète a été mondialisée, depuis que tous les peuples sont en contact permanent, doit pouvoir aussi exprimer des réalités qui n'existent pas dans l'environnement physique, social, religieux, culturel etc..., de ceux qui la parlent. C'est exact ! Eh bien, la solution la plus communément adoptée est l'emprunt. L'emprunt à d'autres langues. C'est ce qu'a fait le français en empruntant à l'eskimo le terme "iceberg", à l'arabe le terme "amiral", à l'italien le terme "pizza", à l'anglais 'redingote", au turc "divan" etc...et au créole "zombi". Toutes les langues s'empruntent des mots, parfois même des expressions, et cela depuis la nuit des temps.

   Par le passé, avant la mondialisation, les emprunts étaient naturalisés c'est-à-dire adaptés à la phonologie de la langue emprunteuse, devenant ainsi méconnaissables, ayant l'air plutôt d'être parfaitement autochtones. Quel Français sait que derrière le mot "amiral", il y l'arabe "amir al-bahar" ou que derrière "redingote" déjà évoqué, il y a l'anglais "riding-coat" ? Autrement dit l'emprunt se fondait dans la langue et devenait un mot comme un autre. Le créole a été longtemps un champion en naturalisation lexicale : quel locuteur, hormis le linguiste évidemment, sait que derrière "razié" il y a le français (en fait, le normand) "hallier", derrière "bwareng" l'ancien français "bréhaigne", derrière "manawa" l'anglais "man-of-war" ou encore derrière "katjopin" l'espagnol "gachupin" ?

   Le gros problème du créole actuel est qu'il est devenu incapable de naturaliser ses emprunts. Nous y reviendrons. Pour l'heure :

 

FRANCAIS : Il y avait une foule énorme    /// CREOLE : Té ni an siwawa moun.