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CHRONIQUE DE LA LAGUNE VII : CHARITY BUSINESS




 

Personne ne t'a donné pour rien, si personne ne t'a donné le cœur

parce qu'il n'y a que le cœur qui se donne pour rien

Antonio Porchia

 

...............Pourquoi sommes nous charitables dans notre grand pays la France, en Occident même, car nous le sommes ? Essentiellement pour nous-mêmes et envers nous mêmes. Nous traînons des culpabilités à n'en plus finir et nos consciences souffrent. Il nous faut nous flageller chaque matin, ou de temps en temps du moins. Quel terrain est le plus favorable à notre mauvaise conscience qui génère notre charité ? l'Afrique.

 

...............L'esclavage, ce lourd fardeau à porter. Et cette tragédie qu'on suppose d'être nègre, ce combat incessant contre notre indécrottable racisme. On voudrait magnifier le nègre pour l'avoir si longtemps méprisé alors qu'un nègre n'est qu'un homme comme vous et moi avec juste un peu plus de mélanine dans la pigmentation de sa peau.

 

...............Et aussi il y a la pauvreté accablante de l'Afrique, la famine, des États corrompus, la guerre civile ici ou là. Si besoin est on nous fait de sanglants reportages ou de misérables et pornographiques états des lieux sur le manque d'eau, de riz avec si possible des enfants décharnés, des bidonvilles insalubres, des êtres hébétés, des jeunes qui vont émigrer et se noyer en mer pour joindre, quitte au grand sacrifice de leur existence, les pays de tous les rêves, l'Europe, les Amériques.

 

...............Nous qui vivons dans un matérialisme pur et dur, dans un tranquille confort moral et intellectuel, il nous reste un brin de conscience qui nous titille parfois. Et nous enjoint à une légitime compassion, à une indignation justifiée. Car l'Afrique a tout pour nous sensibiliser. Il est acquis que c'est vraiment pas de chance d'être africain, presque injuste. Il faut calmer notre conscience afin que nos vies bourgeoises ne soient jamais traversées par les affres d'une inquiétante commisération, d'un trouble. Et surtout que jamais n'affleure cette question : pourquoi ?

 

...............Frères humains, sachez d'abord que l'Afrique est pauvre, crasseuse, misérable, qu'elle s'enfonce inexorablement aujourd'hui dans le dénuement ; elle est bordélique, indolente, languissante, inhumaine, belliqueuse, désespérante, dégénérée souvent. Oui l'Afrique est répugnante à nos yeux quand on la regarde droit dans les yeux.

 

...............Mais sachez que la vraie misère se trouve chez nous, chanceux occidentaux, à un degré que vous ne pouvez imaginer, plus subtil, moins immédiat, misère relationnelle, misère affective, misère sexuelle, misère de la pensée, misère sociétale, misère de la civilisation, misère officielle du système érigée en système du mépris, en système du mensonge, en système d'oppression, misère de nos existences dérisoires et recroquevillées sur nos gâteuseries, notre hédonisme, notre égoïsme, notre indifférence, notre absence de philosophie et de morale qui ne m'inspirent à y regarder là-encore de près que du dégoût voire, si je m'emporte, du mépris et de la honte.

 

...............Mais passons, il faut être charitable, c'est aussi officiel car chez nous on dirige nos esprits avec une hallucinante facilité. On s'apitoie donc officiellement car on ne sait plus filer un coup de main à un ami dans la merde, là tout proche. C'est aussi faut-il le reconnaître un sentiment tout de même naturel pour beaucoup du moins à un certain point, il ne faut pas exagérer.

 

...............Manque de chance, il y a des gens heureux en Afrique, j'en ai connu. Sûr, ils n'ont pas grand chose, mais bien plus heureux que vous, sans internet, sans écran plat, sans matériel Hifi, sans la twingo à crédit, sans carte bancaire, sans sécurité sociale, sans système de santé ou d'éducation, sans sécurité tout court, sans adresse, sans avenir, et peut être sans existence, dans la promiscuité souvent, dans des bidonvilles où vous vous pinceriez le nez. Oui, des gens heureux, dès lors qu'ils peuvent payer le riz à 11 000 francs cfa soit 17 euros par mois. D'ailleurs ces gens-là rient et parlent, rient surtout et nous, nous ne rions pas, nous ne rions plus. Étrange ce rire, dont quelque philosophe a dit, qu'il était le propre de l'homme ! Il y a même des gens qui sont dans la merde réellement, peuvent pas payer le riz, mangent une fois par jour, peuvent pas soigner leurs enfants et eux aussi savent rire et ne disent rien, ne se plaignent pas.

 

...............Étrange et paradoxal, mais c'est nous qui avons besoin de la charité africaine mais pouvons nous le comprendre cela ?

 

...............Mais point de subtilités  ; soyons, résolument charitables envers l'Afrique un point c'est tout. Et d'abord au niveau de l'État. On va de temps en temps, à point nommé, effacer l'ardoise des États africains. Quelle ardoise ? Et bien celle qu'on leur a collée avec nos mauvaises affaires en Afrique, un pillage pas tout à fait réussi, nos coups tordus avec ces nègres qui ne savent rien faire sans nous, paresseux, corrompus, abrutis, incapables, infantiles malgré tous nos efforts, pas toujours gratuits d'ailleurs pour les développer, enfin qu'ils nous ressemblent. En ont-ils envie ? Je ne sais pas ! En ont-ils besoin ? Naturellement.

 

...............Le PIB par habitant de la Côte d'Ivoire est 20 fois moins élevé que celui de la France. Probablement 50 fois moins élevé aujourd'hui. Donc au niveau mondial, au niveau national, on efface les ardoises. On efface surtout nos erreurs, notre incompréhension crasse de l'Afrique. Les problèmes africains ne s'apprennent pas à Harvard ni à l'ENA. Il suffit d'aller traîner un peu par là-bas, de regarder et d'écouter, simplement et sans compassion, bien sûr sans apparat, dépouillé de tout, nos préjugés sauf hélas de notre couleur de peau. On les comprend rapidement les problèmes de l'Afrique. Alors les propos généreux, macroéconomiques, démocratiques, fraternels, surtout télévisés de nos dirigeants m'inquiètent toujours. Et si on lui foutait la paix à l'Afrique ! Car si tout le monde s'essaiera à proposer des solutions sincères au mal développement de l'Afrique, jamais ou si rarement, n'est ouvert le grand procès de l'histoire, de façon globale et la question africaine est complexe car elle nous inclut sur la banc des accusés, sur la chaire des procureurs, celle des juges et rarement celle des avocats.

 

...............Bernard Debré et Jacques Vergès, deux vieux routiers de l'Afrique, que leurs origines et leur vie devraient opposer, se sont penchés sur cette mauvaise conscience. Ils sont amis. Ils ont renvoyé dos à dos les droits-de-l'hommistes que sont nos socialistes, les ingérences humanitaires, les antiracistes et anticolonialistes mondains et tous les culpabilisés. Pour eux l'Afrique a besoin de nous mais très différemment, davantage que les diktats du FMI, que nos aides détournées et souvent éphémères, que notre coopération qui aboutit à nous enrichir au bout du compte.

 

...............Mais nous ne voyons pas comment nous engager car cet engagement ne serait pas facilement financier, ils en ont certes besoin. L'engagement serait bien plus élevé, il serait affectif et moral. Et là le bât blesse. Nous sommes incapables de nous engager chez nous, autour de nous, auprès de nos amis, alors pourquoi et comment aimer sincèrement les africains. Ce serait de l'amour masochiste et surtout rarement reconnu, donc empreint d'ingratitude et désolant. Les africains sont idéalement dans la misère, inaccessibles car lointains et surtout inaccessibles à nos capacités d'aimer si limitées.

 

...............Laissons tomber les aides étatiques, onusiennes, diplomatiques même si elles se veulent sincères et ce n'est jamais ou très rarement le cas, tant s'en faut. D'ordinaire, il faut constater qu'en sous-main nous faisons le pire à ce niveau de décision. Alors silence dans les rangs, conservons notre coopération apostolique, nos apôtres, nos émissaires, nos messieurs Afrique, nos conseillers, nos cabinets doublés et surtout épargnons nous nos discours lyriques sur le développement de l'Afrique. Qui parle simplement aux peuples africains ? Ou alors qu'on le fasse en baoulé, en bété, en mossi, en peul, en djola, en malinké, en tout-couleurs, en créole, en wallof.

 

...............Le français est la langue officielle de l'Afrique francophone, c'est d'abord la langue des patrons, la langue des maîtres, la langue des chefs, la langue des ordres, la langue-fouet. Et ils, en ont eu suffisamment du fouet ! Et ne nous en veulent pas pour autant. Le français est aussi la langue des plus grands penseurs, écrivains ou poètes et ce serait faire un mauvais calcul voire une grossière erreur que de stigmatiser la pensée française et sa civilisation vis-à-vis de l'Afrique. Toujours la mauvaise conscience. Montaigne déjà a écrit des mots remarquables sur le monde noir et il ne fut pas le seul. Concilier une France moderne, capitaliste et une Afrique féodale est déjà une bonne approche de la tâche à entreprendre.

 

...............Nous avons nos coopérations étatiques, nos ONG si réputées, acronyme magique, organisations non gouvernementales mais financées par les gouvernements. Nous avons des structures mondiales de tout acabit, des modestes et des puissantes et des fondations à n'en plus finir. On s'organise et on délègue sous les sunlights pour avoir l'air de s'en mêler. Cela porte un nom : le charity business. Tout est parfait et bien huilé. Financements importants, logisticiens, 4X4 rutilants, hommes et femmes de terrain, réalistes, diplômés de charité, puisqu'il y a des formations pour çà, de bonne volonté, rigoureux à l'extrême et quand çà chauffe on décroche, approche martiale mais pas amoureuse.

 

...............Il n'y a pas de trace d'amour sinon de pitié froide. Or n'en déplaise aux pragmatiques de tous bords comme aux indignés du dimanche, seul l'amour pourrait faire quelque chose, être le départ de quelque chose. Aucune constitution d'aucun pays ne l'a figé dans le marbre. On délègue le spirituel et l'affectif aux religions, à peu de frais, mais ces dernières sont si peu pragmatiques, finalement si peu concernées aux choses de ce bas monde et souvent si cyniques qu'il n'y a là aucun espoir. Il n'y a point de trace non plus dans toute cette effervescence de la poésie ou de la littérature ou de la pensée africaine qui seraient gages d'un autre regard. Donc, on est pragmatique à défaut d'être amoureux. On sera efficace. Mais tout montre aux aveugles que nous sommes que les aides sont souvent détournées, adroitement données, politiquement accordées, inappropriées, parcimonieuses, partisanes. On ne peut pas dire qu'il n'y a pas de résultats. Si il y en a un au minimum, l'Afrique crève, l'Afrique s'enfonce, l'Afrique s'annihile. Tout le montre, tous les témoignages et tous les indicateurs les plus sophistiqués le prouvent.

 

...............Chacun fait ce qu'il peut pour calmer sa conscience. Certains, modestes et sincères, dans des associations ou individuellement. On ne peux pas leur reprocher ces quelques grains d'affection qui sont jetés là-bas, sans aller à Davos et sans se faire connaître. Mais l'essentiel s'organise à plus haut niveau, brasse de l'argent avec des rétributions, des dividendes évidemment. Car l'homme aime l'argent, tous les hommes, tous. Il y en a peu aussi mais il y en a quelques uns de ces hommes aimants et dépouillés. Ceux-là se battent, dans le silence et contre le découragement.

 

...............Il est un fait admis, hélas constaté, que seuls les pauvres sont généreux. Étendons ce constat à nos pays riches. On donnera toujours si peu, d'autant moins que nous sommes riches. Et l'on peut spéculer que la Zambie, le Burkina-faso, le Togo ou le Niger seront plus généreux paradoxalement que le Luxembourg, la Suisse, les États Unis, les îles Caïmans, Monaco ou les Émirats arabes unis.

 

...............Autre fléau à la mode voici quelques années, le SIDA qui naturellement nous venait d'Afrique qui d'ailleurs en était la plus affectée, très porteur aussi car, neuf et inquiétant, du moins tant qu'il était à la mode chez nous donc avant la découverte des multi-thérapies. On ne peut pas dire que l'on n'a rien fait pour l'Afrique car l'ampleur là-bas était considérable, sensibilisation, test de dépistage gratuit, accès très partiel aux tri-thérapies. Mais il était surtout très porteur médiatiquement. Toute célébrité se devait de lutter contre le SIDA, et en Afrique surtout, passage obligé. Ce fut une profusion de fondations, de donations, de dîners mondains au profit de, de galas au profit de. Même à Monaco, minuscule État mafieux. Et si l'on voulait entrer dans le monde ou y rester, il fallait faire quelque chose contre le SIDA ! Ouvrir le judas de la cale pestilentielle où des enfants mouraient par milliers, des femmes fidèles aussi, même si, en arrière-pensée, on stigmatisait le vadrouillage sexuel des africains. Seul Messieurs II et XVI, les papes donc, qui ne jalousent pas la libido des africains car les vertueux ignorent le pêché de la chair, en appelaient à la chasteté, les braves. Quant aux milliers d'enfants qui meurent de rougeole, de diarrhées, de ces maladies bénignes, éradiquées chez nous, cela n'a jamais ému ni généré des fondations ou des galas. L'espérance de vie en Côte d'Ivoire est de 46 ans, en France de près de 80 ans. Et elle baisse là-bas pas chez nous. Bah ! Il y a pire, au Nigéria, elle est de 28 ans. Pas besoin de gérontologues ni de de financement des retraites en Afrique.

 

...............J'en viens à cette façon la plus charitable et la plus simple d'aider l'Afrique et la plus accessible à nos consciences de morue. Lire Voici, Ici-Paris, Paris-Match, Gala et quelques autres revues tranquillement dans son fauteuil en buvant une bière. Vous y apprendrez que telle ou telle célébrité fortunée en dizaines de millions de dollars vient d'adopter un petit enfant africain sous le feu des caméras et des paparazzis. Bien sûr ce pauvre orphelin, s'il l'est vraiment et ce n'est pas toujours le cas, ne verra jamais sa mère adoptive qu'en photo ou presque. Une batterie de nounous s'occupera de lui. Il portera des layettes Dior ou Chanel, ce qui l'éblouira à 18 mois. Et on lui souhaite du bonheur et une saine éducation vu les vertus morales des célébrités hollywoodiennes ou du show business.

 

...............Une actrice de renom ou une chanteuse déjantée mais bandante va gagner en deux mois environ 20 millions de dollars. Elle choisit d'adopter un négrillon africain, libre à elle, tant mieux pour lui et encore. L'important est dans le spectaculaire puisque nous ne sommes sensibles qu'aux verroteries de l'apparence. Peu importe combien d'enfants auraient été sauvés de maladies infantiles simples avec cette générosité de bécasses dont nous sommes attentifs et larmoyants. Mais ces oies ont-elles le temps et l'idée d'une action discrète et pénible, exigeante moins spectaculaire, moins photogénique, moins médiatique qu'une adoption en Éthiopie. En tous cas, cela nous frapperait moins sur nos magazines-choc qui auraient du mal à nous édifier par des photos et des textes simples sur le sens du mot charité. Et ce geste suffit cependant à nous édifier sur le niveau d'intelligence des stars en tous genres, nos idoles, nos femmes ou nos hommes de rêve. Cela suffit aussi à édifier sur notre indifférence finalement infinie face à des maux finalement étrangers et irrémédiables qui viendraient écorner notre bonheur douillet. Car notre mauvaise conscience a ses limites et notre tranquillité obligatoire ses excuses, la fatalité qui s'acharne sur autrui prend fin aux bornes de notre amour de l'humanité qui sont souvent l'amour de soi et de nos rejetons. Alors l'Afrique, l'Afrique, l'Afrique, l'Afrique, si elle s'exhibe et existe dans les catastrophes télévisuelles exceptionnelles ne saurait venir troubler, la quiétude de nos vies de ruminants. Et que faire si la catastrophe est quotidienne ? On n'y peut rien, qu'il s'en remettent à Dieu ou Allah voire à nos gouvernants ! Nos capacités à supporter la déchéance d'un continent, laquelle devrait nous rendre insomniaques sont à la mesure de nos capacités à aimer, maigres ou nulles. Qu'ils crèvent !

 

...............Mais pour ôter ce trouble qui rarement pourrait affleurer à nos consciences et comme nous avons rationalisé le partage des responsabilités et des efforts, nous avons inventé une organisation vaste, salvatrice, parlante et déculpabilisante quoique lointaine, nébuleuse : le charity business, l'industrie de la charité ! Peut-on associer, sans gêne, ces deux mots, scandaleusement antinomiques ? Avec tout ce que cette expression a de misérable et de péjorative connotations ? Pourrait-on la traduire en ibo, en yorouba, en swahili, en ashanti, en fanti, en baoulé, en bété, en mossi, en peul, j'en doute ? Charity business, expression cynique anglo-saxonne ou aide humanitaire française, notre langue a des pudeurs, mais aide humaniste eût davantage convenu, quoiqu'il ne faut pas pousser, sont intraduisibles dans les langues africaines. Par voie de conséquence, elle n'est pas perçue par ces hominidés, qui n'en ont jamais la juste reconnaissance qui mettrait fin à notre mauvaise conscience, laquelle n'est ni élastique, ni permanente, ni éternelle. Qu'ils se démerdent finalement ! Par voie de conséquence, de l'industrie de la charité ou de l'aide humanitaire, il est aisé de vérifier leur nocivité, leur inutilité, leur inefficacité, sauf leur réelle rentabilité pour le monde universellement capitaliste et ce sur plusieurs décennies au point qu'on échappe à l'erreur humaine ponctuelle. Le pire fut atteint avec l'opération Restaure Hope en Somalie, hollywoodienne mise en scène américaine qui tourna en eau de boudin. Mais le ridicule ne tue pas, surtout les américains.

 

...............Moi j'ai bricolé dans la charité ou plutôt dans le coup de main, ici ou là, en Côte d'Ivoire. J'en dirai peu, de petites choses, emmener un accidenté léger chez le pharmacien et au CHU de Treichville pour une radio, faire soigner la petite fille d'un ami chez un médecin français, ébahi, Ahmed, que le médecin ne fasse que palabres médicales, acheté une table et deux bancs pour agrémenter un étal, payer une caution minable pour une jeune fille exploitée et toujours rieuse, acheté un job car il faut payer pour travailler pour une autre qui n'en pouvait plus et voulait repartir en brousse avec ses gosses ; j'ai aussi offert de l'aloko pour six mois aux enfants de l'avenue 19 de Treichville, le samedi midi. J'ai voulu faire de grandes choses aussi. Là, je me suis fait baiser et j'ai perdu beaucoup, beaucoup d'argent. Car ils les voient venir les cœurs tendres. Ils s'en foutent, tellement ils sont voraces, tellement ils ont faim de tout. Moi aussi je m'en fous de m'être fait baiser. Mais je n'ai pas été charitable du tout car je n'avais pas mauvaise conscience. J'aurais agi de même avec mon voisin, en France, si j'en connaissais un ou naturellement envers un ami, si j'en avais un.

...............Malgré tous ces placébos que l'on nomme « aides en tous genres à l'Afrique » pourquoi ce continent que l'on dit et que l'on sait surtout si riche en ressources diverses et variées et si sage, d'une sagesse ancestrale, fraternellement respectée et célébrée, s'enfonce-t-il de plus en plus dans la pauvreté et le chaos ? Inexorablement ! La question mériterait d'être posée !

 

...............Les réponses sont à mille lieues de la mauvaise et de la bonne conscience, du charity business, de l'aide au développement, souhaitée, réclamée, organisée, au plus haut niveau étatique et mondial, à mille lieues des bonnes volontés, des analyses rigoureuses, des rapports sans concessions, des projets les mieux construits.

 

...............Elles portent un nom simple, l'hypocrisie. De façon un peu plus développée, une vaste saloperie, pleinement calculée, pleinement ourdie, pleinement honteuse, une forme de négationnisme, partagé et accepté par tous, sans exception et sans excuses, pas celui d'une histoire passée, celui de l'existence même en Afrique de l'homme africain.

 


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