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CHRONIQUE DE LA LAGUNE V : L’AMBROISIE ET LES VINS FINS AFRICAINS




 

L'homme, quand il sait qu'il est chose comique, ne rit pas.

Antonio Porchia

 

...............L'ambroisie, c'est toujours le peuple qui l'offre, son humanité. J'aurais passé trois semaines à Treichville, chez moi, à l'hôtel Terminus, peu à peu du quartier, que j'en saurais davantage sur l'Afrique, et sans courir comme un perdu comme je l'ai fait. Car l'homme se dévoile quand il acquiert confiance et amitié. Il faut de la patience, du temps. C'est cela qu'il fallait gagner. Un reportage sur l'Afrique, trois caméras fixes avenue 19, on filme en continu, le reste est du montage. Et elle apparaît sans fard. Telle qu'elle est.

 

...............Mais pour mon palais orgueilleux et raffiné, pour ma soif d'ivresses, il me fallait rencontrer des vins fins voire de saintes huiles, huiles essentielles ou saint chrême, de jujube raffinée ou de palme raffinée, donc des hommes d'importance. Pas seulement guidé par une mégalomanie pathologique mais cette humanité qui semblait le naturel autour de moi doublée d'une chaleur si rare par chez nous chez les êtres, mon enthousiasme m'a laissé croire qu'à tous niveaux s'exerçait la préséance de l'homme.

 

...............J'ai voulu être fraternel et vérifier la chose. Je ne pouvais, à ce moment-là savoir, O bienheureux simple d'esprit que je suis, que s'il y a bien un endroit où, plus qu'ailleurs et en dépit des apparences, la cassure entre le peuple et le ou les pouvoirs est règle d'or, c'est bien l'Afrique.

 

...............Alors je cire mes chaussures de cuir, chausse mes lunettes d'intellectuel et téléphone au Ministère de la Culture et de la francophonie, me présentant comme ambassadeur, précisément envoyé par la délégation antillaise de France, qui reste à inventer d'ailleurs. J'obtiens facilement un rendez-vous auprès d'Augustin Kouadio Komoe, le Ministre. Couloirs, gardiens assoupis, le cabinet, et d'un ton grave et pénétré, j'entre dans le vaste bureau du Ministre. Homme jeune, sympathique et chaleureux mais entouré de 10 collaborateurs, tous vieux nègres. Manquait que le baobab. Ils m'écoutent attentivement. Un peu impressionnant quand même mais certainement plus simple qu'en France, car ici l'homme n'est pas loin de sa fonction.

 

...............Je me lance donc sur l'amour indéfectible entre les Antilles et l'Afrique, ce qui reste à vérifier, je me fais le héraut de l'indépendance tout en les matraquant de Césaire et de Senghor. Puis je bifurque sur la France et je vide mon sac sur notre Président et son mépris de l'Afrique et je me lance sur les dégâts de la post-colonisation, la politique étrangère de la France, je cite Fanon, Sartre et Cheik Anta Diop, que je n'ai pas lu, Woyle Sojinka que je n'ai pas lu non plus, pas plus que Amadou Ampathé Bâ, tant qu'à faire, nous sommes au Ministère de la culture quand même.

 

...............En fait je massacre la France et la Martinique française. En vieux africaniste que je ne serai jamais, je parle longuement d'Afrique et de Côte d'Ivoire, j'ai appris dans l'avion où se situait ce pays. Je finis par du Rimbaud, je hais l'or comme vous haïssez Dieu. Stupéfiant, n'est ce pas pour un Ministre africain qui doit posséder trois appartements dans le XVI ème à Paris ! Au bout de trente minutes allégoriques, d'improvisation et de divagations, un vieux, perplexe, me demande quelle est ma requête. Imperturbable, convaincre la France de libérer les Antilles du joug de la France, en vieux militant indépendantiste antillais, usé et racorni par le rhum. Kouadio Komoe m'a dit que j'ai livré quelques petites phrases intéressantes, peut-être celle de Rimbaud.

 

...............Augustin Kouadio Komoe paraît droit. Il a un sourire sans onction, un regard simple et franc. Sans doute beaucoup de courtoisie et de compassion pour les fous dans mon genre comme si la Côte d'Ivoire n'avait pas assez aujourd'hui de problèmes avec la France. Mais les fous, les enfants ou les idéalistes, on ne leur fait pas de mal sur ce continent. Pas d'asile psychiatrique, ni d'orphelinats, et les griots sont respectés.

 

...............Puis je me lance à l'abordage de Gbagbo, le bon Président ivoirien, une sorte de Raimu nègre, donc sympathique de prime abord. Rien ne peut m'arrêter. Plusieurs coups de fil à la Présidence, des requêtes éminentes à porter, le jeu continue. On me recommande laconiquement de me présenter. Elle ne paye pas de mine cette Présidence au Plateau à Abidjan. Il faut savoir qu'elle est louée comme l'Assemblée nationale à la France, depuis 60 ans. D'où le vœu d'un peu de dignité d'installer chez soi, ces bâtisses de la Républiques, donc à Yamassoukro. Déjà 12 Ouattara et 15 Kouassi, allez trouver le même. Je prépare un dossier, une ou deux requêtes ciselées, des poèmes, un discours sur mon Président bien-aimé. C'est toujours compliquée la Présidence, parait-il, car çà paresse et çà rigole et moi aussi finalement. Et on prend son temps et on perd son temps. L'indolence nègre. Il y a ceux qui sont en pause bien jusqu'à 15 heures et ceux qui ont fini leur service dès 16 heures. Ceux qui sont permissionnaires, ceux qui rentrent de congés, ceux qui me disent que je les emmerde, les empêche de travailler, au moins entre 15 et 16 heures car avant et après, ils ne sont pas là, d'appeler trois fois dans la même journée.

 

...............Enfin je parviens au contrôle, d'abord le militaire, un adjudant assis à côté d'une vieille Kalachnikov rouillée, pauvre hère dépenaillé dans une casemate sommaire. Avec lui on a beaucoup attendu en parlant football, il en savait plus que moi sur l'OM et puis dites Drogba en Côte d'Ivoire, vous avez de quoi meubler une discussion. Mais çà n'en finit pas. Passeport exigé au deuxième contrôle, l'officiel. Je sors un masque en bronze, un passeport baoulé, acheté avenue 20 à Treichville, chez un brocanteur, un marchand d'art. Quand les baoulés qui ne savaient ni lire ni écrire se déplaçaient, ils portaient çà autour du cou, m'avait appris le vieil homme. Je m'amuse ainsi au contrôle officiel. Le vieux sans se démonter, va me chercher une pierre de lune qu'il conserve précieusement entourée d'un papier jaunie dans son armoire. C'est la foudre, me dit-il, qui projette ces cailloux de lune. On peut en trouver mais très rarement, dans une mare. Des fous, je pense. Il me demande si toutefois j'aurais autre chose comme passeport et je pars au service courrier.

 

...............Là, un vieux, du nom de Kouassi, j'ouvre mon dossier. Je lui parle de mes requêtes et de ma demande d'audience. Il s'en fout à l'évidence mais il tombe sur un texte photocopié, une page de Césaire, manuscrite, portant la signature de Césaire et mon nom. Le vieux Kouassi me l'arrache, va faire une photocopie et file avec, au cabinet du Président. Il n'y avait rien dans cette lettre. Elle parlait de poésie et de Martinique mais il y avait une signature, un sceau royal. Il revient rendez-vous est pris par le Directeur de Cabinet avec le Président Gbagbo mercredi prochain à 15 heures. Avant, il part à Moscou, déjà son avion l'attend, il reçoit l'Union des femmes.

 

...............Le mercredi donc, je me présente mais Kouassi est en permission, on avait un rendez-vous ensemble avant l'audience. Puis je me suis perdu à attendre le retour de Kouassi et quand il est rentré, ce n'était pas le bon, c'était un autre Kouassi, au courant de rien. Alors je décide les grands moyens, je me présente, dossier sous le bras, je veux voir la secrétaire personnelle du Président, finis les passeports Baoulé et Didier Drogba ! Alors pourquoi pas ? Après tout. Je fais dans l'important et le secret. Elles sont trois en tout mais il n'y en a jamais qu'une. Le coiffeur, les gosses, que sais-je ? Toujours énormes, les secrétaires, la réussite. Je lui remets mon dossier, un inventaire à la Prévert et deux requêtes et ma demande d'audience.

 

...............Ensuite je lui ai transmis un message oral dont elle a pris note. Je m'engageais, très sérieusement et absolument à jeun, à trouver un député français qui poserait à l'Assemblée nationale, une question orale sur la politique africaine de la France. Pas n'importe laquelle. Qu'elle soit débattue à l'Assemblée nationale et non plus rangées parmi les chasses royales et gardées de la Présidence française avec les chasses à courre à Fontainebleau. Ce qui se fait depuis la nuit des temps et qui doit d'ailleurs figurer dans notre constitution et ce qui m'a valu de me froisser, puis d'engueuler trois ou quatre députés que j'avais pressentis. Car, je le répète, rien ne m'arrête. Puis on a bavardé, elle s'est fait les ongles. Je l'appelle quelquefois. Jamais la bonne secrétaire, toujours celle qui n'est pas chez le coiffeur. Une fois, je l'ai eu enfin. Elle ne sait pas qui traite mon dossier chez le chef-courrier, on a parlé qu'il pleuvait à Abidjan et elle m'a lancé, allez t'en fais pas frère, rappelle lundi. Une chouette fille, même si elle ne fait rien. Même si mon audience je l'attends encore.

 

...............Dans la même veine, il y a aussi un « Éloge de la créolité » qui se promène dans le labyrinthe de la Présidence, spécialement dédicacé par Bernabé, Chamoiseau et Confiant, pour le Président Gbagbo, enfin du mieux que j'ai pu dédicacer, tout d'un coup inspiré d'une délégation de signatures imaginaire. Mais avant qu'il n'arrive sur le bureau présidentiel, d'après moi, on aura changé de Président maintes fois. Enfin, le livre est dans les locaux.

 

...............Je ne connais donc pas le Président Gbagbo. La rue dit que c'est un homme bien mais mal entouré, il est aimé de la jeunesse qui s'échauffe pour lui de temps en temps mais moins que Félix Houphouët-Boigny surtout chez les vieux car pour tout problème, on soupire dans la rue : Ah c'est pas comme au temps d'Houphouët ! On a des nostalgies dont il faudra que je me préoccupe car elles sont douteuses.

 

...............Il a un bouille qui ment pas, ce Gbagbo. On le voit tous les soirs à la télévision, au journal qui commence : et voici quel a été l'agenda présidentiel ! RTI, une des rares chaines non-payantes, donc la seule regardée, ne parle que de lui, remise de décorations, revues de troupes, réception de l'ambassadeur de Bulgarie, de l'information en somme. Et de la pédagogie. C'est un homme de culture et d'agriculture. Je l'ai entendu expliquer comme à de sages élèves d'école primaire que les cultures vivrières devaient remplacer celles du cacao et du café car çà ne nourrirait pas suffisamment le cacao et le café. Tout cela est plein de bon sens. Le riz, les légumes, la viande ou le poisson, passent mieux dans l'estomac.

 

...............Il y a 30 ans, la jeune américaine Suzan George, aujourd'hui dans quelque planque de l'ONU, nous expliquait, devant un modeste parterre d'étudiants, à Dijon, que les monocultures de café ou de cacao, étaient très porteuses de devises mais soumises aux aléas des fluctuations des cours des bourses de New York ou de Chicago. Toutefois, en ce temps là, les cours étaient très élevés. Les paysans africains furent sommés de s'y adonner. En particulier en Côte d'Ivoire, premier exportateur mondial de cacao. Ce fut le miracle ivoirien. L'afflux de devises, l'afflux de tous les mendigots des pays périphériques. Puis les cours se sont effondrés. Et les paysans ivoiriens, après avoir dégusté leur cappuccino aromatisé, n'eurent d'autre recours que de venir s'agglutiner autour d'Abidjan, la sublime, dans le seul espoir de manger, quoi ? Des cailloux. Car sans devises, avec un investissement qui se raréfie, pour d'autres raisons aussi, le travail se raréfiait. Il restait à Abidjan, l'industrieuse, peu de choses à faire sinon à saisir la commission des affaires boursières américaine ou française. Mais ce bon Président Gbagbo, à qui on accole 12 Excellences par journal télévisé, vient enseigner ce que tout le monde sait, ailleurs, loin, depuis 30 ans au moins. Cette évidence, cheval de bataille, fourbu, des altermondialistes, a mis ainsi 30 années à germer dans l'esprit d'un chef d'État ivoirien qui la dévoile comme un lapin sorti d'un chapeau au bon peuple ivoirien : le travail de la terre doit nourrir la population d'un pays. Un penseur visionnaire ce Gbagbo. Un vrai démagogue, au sens éthymologique, c'est son boulot. Renvoyer les citadins dans la brousse. Les choses ne sont pas aussi simples mais procédons par touches comme en peinture.

 

...............Je n'ai d'ailleurs jamais entendu dire de mal de lui, dans la rue. A dire vrai tout le monde s'en fout, certains soupirent, certains enragent, certains louent. Allez savoir. J'ai rarement vu un fatalisme politique aussi développé car il ne semble pas qu'il s'agisse là des préoccupations premières. La bonne question politique à poser, du moins dans les lieux que j'ai fréquentés, est : un ou deux repas par jour ? Cela me paraît plus important qu'une audience et largement plus préoccupant surtout pour eux. Mais le cacao et le café, ailleurs en Côte d'Ivoire et en France ont permis de splendides acquisitions immobilières, des trains de vie de magnats et même de construire dans une sainte dévotion une réplique de la basilique Saint Pierre de Rome, dûment consacrée par le pontife de l'époque.

 

...............En tout cas, un vrai foutoir la Présidence ivoirienne, oui mais sympathique au fond. Avez-vous essayé de vous promener autour du palais de l'Élysée ? Une casemate tous les 50 m. Et des gendarmes à fourragère et gants blancs. Et puis vous n'avez rien à faire là, alors circulez. Enfin vous vous faites engueuler car vous n'avez pas pris le passage clouté. Et sans un sourire. C'est un peu plus débraillé à la Présidence ivoirienne, les alentours, les bâtiments, l'ancien Palais du Gouverneur. Ça paye pas de mine. Point de patrimoine national, de marqueterie, d'orfèvrerie du XVI ème siècle. Pas sans doute non plus, 800 conseillers, jeunes et dynamiques sortant de HEC, de Sciences politiques ou de l'ENA. Ils ont fini par me connaître au Plateau, à la Présidence. J'y entre comme un familier jusqu'au bureau du secrétariat personnel du Président, sans la moindre solennité, avec ou sans ceinture de bombes. Ils savent quand même reconnaître un griot inoffensif. Mais, chose curieuse tout de même à la Présidence ivoirienne, la présence d'êtres humains, pas importants, obséquieux, pas de jeunes loups, je le jure, allez-y voir ! Surtout des vieux, qui ne servent probablement à rien. Mais on perd beaucoup de temps quand même à approcher le pouvoir. L'ambroisie, la nourriture des dieux, c'est le peuple qui la donne. Il faut prendre son temps, savoir écouter, savoir jauger. Tout est jeu de miroirs, tout est regard. L'important est de gratter le fard des hommes politiques assez vite.

 

...............J'ai aussi rencontré par hasard quelques éminences grises, toujours par hasard. Ils connaissent d'autres éminences. Je dis éminences car ils se foutent et du pouvoir et de l'argent et des honneurs, pour l'instant car ils ne les ont pas. Ne leur reste que le peuple qui les intéresse en apparence. En plus, ils traînent dans des cabinets ou des conseils fantômes. Ils ne sont pas ignares non plus, ils ont des charges. On devait se rencontrer très simplement pour parler du peuple et après on verrait s'il y avait quelque chose à faire. Seulement, passées nos congratulations, nos convergences de vues et d'intentions, il ne reste plus rien car hélas je suis venu sans valise de billets. Alors des importants j'en ai rencontrés, des qui se nomment professeurs, des qui parlent tout bas, des mythomanes, des mégalomanes, de dangereux opposants politiques dont le service d'ordre m'a perdu deux heures dans Yopougon, qui fantasment sur un exil politique en France avec voiture et chauffeur et qui ont festoyé sur ma cassette toute une journée à tenter de me convaincre de leur importance et de leurs visions. Sans résultat qu'une certaine tristesse face à une médiocrité globale d'un monde sans volonté, qui s'illusionne pour tromper son fatalisme.

 

...............En revanche, il n'y avait pas de mégalomanie de ma part à avoir voulu approcher le pouvoir. Cela partait d'un constat ou d'une illusion, mais l'intention demeurait, que les relations sont ici fondées sur l'humain alors à ce titre pourquoi ne pas rencontrer ceux qui ont la charge du pouvoir.

 

...............A la réflexion, cela procédait d'une inouïe naïveté. La nature même des pouvoirs africains est telle que les grandes crapules sont reçues et décorées, que le pouvoir est presque toujours source d'enrichissement et de pérennité et que l'on s'embarrasse peu des moyens pour le conserver. J'ai entrepris des démarches volontaires, argumentées, et sans rien chercher pour moi. Toutes se sont soldées par un échec, l'indifférence même de la part de ceux qui auraient pu partager au minimum un idéal simple et commun, l'intérêt du peuple ivoirien. Or de cela tout le monde s'en fout. Pour une raison simple, c'est que les peuples n'existent pas en Afrique. Tout le montre, tout le démontre.

 

...............Il s'exprime cependant comme dans cette agora de la galaxie des patriotes, nommée la Sorbonne, quelques centaines de jeunes qui furent les casseurs de blancs pendant la dernière échauffourée. Pas un blanc n'y avait mis les pieds depuis la guerre et pour cause. On m'a donné un micro, je me suis exprimé sur la grandeur de la France et sur la grandeur de l'Afrique, sur la francophonie, les liens qui nous unissent, sur d'autres petites choses comme la non-violence, dans un silence religieux mais sans faire l'éloge de notre Président français, ils ne l'aiment pas. Ce fut une ovation finalement et j'ai été présenté à de nombreuses personnalités, très chaleureuses, qui laissent trainer leurs oreilles en ce lieu. En fait jamais un blanc ne s'était exprimé ainsi, à la Sorbonne, au Plateau, et pas pas en renégat. Mais quelles suites y eut-il ? Aucune. Cette jeunesse est inculte, violente, enthousiaste et à la botte de Gbgabo mais l'immense majorité du peuple ne dit rien. Ils sont si fatalistes, si résignés face à leur condition qu'il n'y a pas le moindre germe de révolte. Ils sont sans illusion sur leurs monarques.

 

...............Car ils savent plus que tout qu'ils n'existent pas et n'existeront jamais. Le terme démocratie, un hobby de dandys huppés, suppose l'existence au minimum d'un peuple. Ici, la démocratie, c'est un mot inconnu, un mot insensé, un mot incompréhensible, un mot inutile et vide ….. car il n'y a pas de peuple, c'est tout !

 

...............PS : avec le même élan et le même délire, j'ai rencontré le Consul Général de France en poste à Abidjan. Discussion courtoise et feutrée. Deux ou trois lettres lui furent adressées par la suite, courtoises également et un peu ironiques, traitant entre autre de Saint John Perse. Hélas l'une d'entre elles, le fut sur papier à en-tête de mon Ministère d'appartenance. Récemment, la Vice-Consul de France à Abidjan, m'a dit, très durement, me montrant un dossier, le mien, qu'il s'agissait là d'une faute professionnelle grave qui pouvait me coûter l'exclusion de mon poste, celle d'un Ingénieur au dernier échelon de près de 30 ans de carrière. Quel abruti que j'ai été aussi, d'avoir oublié que le Consulat Général de France était occupé par des français !



 


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