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CHLORDECONE : NON, MONSIEUR LE PREFET !

Enfin, le représentant de l’Etat en Martinique, à savoir M. Yves Dassonville s’exprime sur le scandale du chlordécone ! Près de 4 mois après la sortie (fin février dernier) de notre ouvrage {Chronique d’un empoisonnement annoncé}, il est complaisamment interviewé par un hebdomadaire de la place, lequel fait précéder ses propos d’interviews de quelques marchandes de légumes de Fort-de-France hâtivement rassemblées (sous l’impulsion des services de l’Etat, ce dont nous avons la preuve) dans une association appelée « Machann Foyal ». Nous ne nous appesantirons pas sur les déclarations visiblement téléguidées de ces travailleuses qui, pour leur malheur, se trouvent tout au bout de la chaîne de la production vivrière et maraîchère. Elles témoignent, entre les lignes, d’un désarroi bien réel dont profite, froidement, ceux qui se dissimulent derrière elles pour mieux les manipuler. Attitude à la fois honteuse et lâche de ces messieurs à cravate qui ne séjournent que deux ou trois ans dans notre pays et qui n’ont aucun scrupule à monter des Martiniquais contre d’autres Martiniquais.

Après s’être donc tu pendant des mois et avoir refusé de recevoir il y quinze jours l’ANC (Association NON au Chlordécone), dirigée par Georges-Emmanuel Germany, le préfet vient nous raconter que tout va bien dans le meilleur des mondes. Que nos terres ne sont pas polluées, ou très peu. Que les fruits et légumes qui sont vendus sur nos marchés sont dénuées de toute contamination. Et surtout que ceux qui agitent le spectre de l’empoisonnement au chlordécone cherchent à « créer une psychose dans la population », ce qui est, à l’entendre, « une attitude criminelle ». ON CROIT REVER ! Le préfet (et ses complaisants intervieweurs) ignoreraient-ils que {{tout ce que nous avons écrit dans notre ouvrage est basé sur de rapports scientifiques établis par les services de l’Etat eux-mêmes}} au cours des 30 dernières années. Pourtant, nous citons abondamment les rapports Snégaroff (1977), De Kermarrec (1979), Fagot-Mestre-Ballant (2002) et d’autres études de moindre importance.

Ce ne sont pas L. Boutrin et R. Confiant qui affirment que pendant 30 ans, on nous a servi une eau gorgée de Chlordécone : c’est Snégaroff, De Kermarrec et leurs confrères. Ce n’est pas L. Boutrin et R. Confiant qui ont analysé l’eau de la source « Bod Lanmè » à Basse-Pointe et qui y ont découvert {{un taux de chlordécone 44 fois supérieur à la norme autorisée}}. Ce ne sont pas L. Boutrin et R. Confiant qui ont trouvé qu’il y a du chlordécone dans le sang de 90% des femmes enceintes de Guadeloupe et de Martinique. Ce ne sont pas L. Boutrin et R. Confiant qui, en 1992, ont fait détruire, à Dunkerque, 2 tonnes de patates douces en provenance de la Martinique, mais les services sanitaires de ce port français, cela au motif que ces légumes étaient « empoisonnés », comme l’écrivit à l’époque le quotidien « LIBERATION ». Ce ne sont pas L. Boutrin et R. Confiant qui affirment que les taux de cancers, des maladies d’Alzheimer et de Parkinson sont en augmentation exponentielle dans nos pays, mais bien le centre de cancérologie de la Martinique etc…etc…On pourrait multiplier les exemples à l’envie. Répétons simplement, une fois pour toutes, que nous ne sommes ni des épidémiologistes ni des cancérologues ni des agronomes et que notre ouvrage est un ouvrage de compilation et surtout de recoupement d’informations prélevées à la fois dans des rapports établis par les services de l’Etat eux-mêmes, mais aussi dans les publications de l’ « American Cancer Institute ». Ces recoupements et déductions relèvent du journalisme d’investigation et normalement, notre ouvrage aurait dû avoir été écrit par des journalistes antillais, pas par nous ! Au lieu de se faire les porteurs de stylo ou de micro du représentant de l’Etat, ceux-ci auraient été mieux inspirés de se demander pourquoi aucun d’eu n’a eu l’idée (sinon le courage) d’écrire sur le sujet ou de faire un reportage un tant soit peu fouillé. Et s’ils manquent d’imagination, nous leur livrons un certains nombre de sujets qu’ils pourraient parfaitement traiter : le scandale du Crédit Martiniquais, la faillite douteuse d’Air Martinique, le scandale de la SEMAIR et bien d’autres. Si jamais, nos journalistes ne s’y coltinent pas, qu’ils sachent que nous avons déjà commencé à travailler sur ces différents sujets ! {{L’heure de l’impunité et du bla-bla-bla petit-bourgeois assimilationniste, de droite ou de gauche, est terminée à la Martinique.}}

Pour en revenir aux déclarations du préfet Dassonville, notons que dans sa volonté de dédouaner ses services, il nous fait dire ce que nous n’avons jamais dit ni écrit. Nous n’avons jamais dit que toutes les terres de la Martinique et de la Guadeloupe étaient polluées au chlordécone, mais bien {{22.500 hectares en Martinique}}, ce qui est tout de même énorme quand on sait que notre potentiel agricole est évalué, au mieux, à 35.000 hectares. Ce que nous avons écrit, c’est que la cartographie des terres contaminées est largement incomplète et souvent fausse. Exemple : cet agriculteur du Prêcheur qui a acheté des terres anciennement plantées en bananes et qui se voit aujourd’hui interdit d’écouler ses productions maraîchères. L’homme est désormais au bord de la faillite. Et pour cause, Le Prêcheur ne figure pas sur la cartographie des terres contaminées diffusées par les services de l’Etat ! Ce que nous avons dit, c’est que ces mêmes services ont découvert dans l’eau de notre robinet un puissant pesticide, la {{Dieldrine}}, tout aussi dangereux que le chlodécone, alors même que ce produit n’a jamais obtenu d’A.M.M. (Autorisation de Mise sur le Marché) du Ministère français de l’Agriculture. Ce que nous avons proposé dans notre livre, c’est :

- une cartographie sérieuse de toutes nos terres agricoles polluées
- la mise en place d’un système de {{traçabilité}} de nos productions vivrières et maraîchères
- l’indemnisation sans délai des moyens et petits agriculteurs qui se retrouvent avec des terres polluées
- {{une enquête épidémiologique à vaste échelle}} tant en Martinique qu’en Guadeloupe
- la création d’une {{commission d’enquête parlementaire}}, comme pour les affaires du sang contaminé, de la vache folle ou de l’amiante.

C’est dire qu’à nos yeux, la santé du peuple martiniquais est plus importante que les intérêts des Békés et la carrière des fonctionnaires métros qui prennent notre pays pour une colonie de vacances. Nous traiter de « criminels », comme le fait le préfet dans l’hebdomadaire en question est inadmissible dans la mesure même où, en tant que département français, nous aurions dû avoir droit, en bonne logique, à la même protection sanitaire que dans n’importe quel département de l’Hexagone. Exemple : il y a six mois, le préfet de l’Isère et les responsables du service des eaux de ce département ont été condamnés en justice parce qu’une enquête scientifique avait montré que l’eau distribuée aux consommateurs contenait…2 fois le taux de pesticides admis par la loi. Dans le même temps, en Martinique, aucune sanction n’est prise alors qu’on a, en certains endroits, 10 fois, 20 fois, 44 fois, le taux de chlordécone supposé inoffensif pour l’organisme humain !!! {{S’il y a donc un criminel en la matière, c’est bien l’Etat français et ses services déconcentrés qui, répétons-le, pendant 30 ans, ont caché à nos populations l’empoisonnement massif de nos terres, de nos rivières, de nos nappes phréatiques et de nos rivages.}} S’il y a des fossoyeurs de l’agriculture martiniquaise, ce sont ces Békés qui importent à tours de bras des agrumes et légumes qui, comme l’igname du Loiret, concurrencent sévèrement notre production locale et dont la traçabilité, comme le raisin d’Espagne (en fait, du raisin du Chili, frauduleusement « européanisé »), est plus que douteuse.

Oui, messieurs, vous nous avez délibérément empoisonnés, et l’heure est venue pour vous de rendre des comptes. Nous ne baisserons pas les bras devant vos attaques mensongères car il y va du devenir même de notre peuple, lequel, soit dit en passant, est tombé en-dessous du seuil de renouvellement normal d’une population ! Ce seuil, internationalement fixé à 2 enfants par femmes, est descendu à 1,8 en Martinique, en grande partie à cause de l’infertilité féminine et masculine provoquée par l’ingurgitation répétée d’eau, de fruits, de légumes et de poissons contaminés au chlordécone pendant 30 ans.

{{ Oui, il s’agit bien d’un génocide}} ! Un génocide par empoisonnement qui vient renforcer le génocide par substitution dénoncé par Aimé Césaire dès la fin des années 70 du siècle dernier.

La vérité est en marche. Rien ne l’arrêtera.

{{ {Louis Boutrin et Raphaël Confiant} }}

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