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Chlordécone : les risibles 2 millions d'euros demandés par le député Letchimy

Chlordécone : les risibles 2 millions d'euros demandés par le député  Letchimy

   Le grand public ne le sait sans doute pas mais près de 100 millions d'euros ont déjà été dépensés par l'Etat, depuis 2009, pour pouvoir étudier la question de la pollution de la Martinique par ce dangereux pesticide qu'est le chlordécone et commencer à mettre en œuvre quelques solutions.

    A savoir :
 
       . Plan Chlordécone 1 : 33 millions d'euros.
 
       . Plan Chlordécone 2 : 33 millions d'euros.
 
       . Plan Chlordécone  : 33 millions d'euros.
 
      Pas besoin de prendre une calculette : cela fait presque 100 millions d'euros. C'est peu, très peu ! Les écologistes martiniquais, toutes tendances confondues, ont toujours réclamé  un effort deux fois supérieur car il y va de l'avenir même du peuple martiniquais, 92% des habitants de l'île aux fleurs ayant des traces de chlordécone dans le sang.
      Or, ce vendredi 09 novembre, dans le cadre du projet de loi de finances pour 2019, l'Assemblée nationale a rejeté une nouvelle hausse des crédits du plan chlordécone à 18 voix contre 9. Cet amendement, à l'initiative du député Serge LETCHIMY, proposait une augmentation de l'aide pour accélérer la décontamination des sols empoisonnés au chloredécone de 2M d'€/an à 4M d'€/an. On se frotte alors les yeux : l'Etat a déjà dépensé 100 millions d'euros et notre député martiniquais demandait une augmentation des crédits de...2 à 4 millions par an. Autrement dit trois fois rien. Des clopinettes ! D'autant plus que n'importe quel quidam sait que quand vous demandez une aide ou une subvention publique, quasiment jamais le demandeur n'obtient le montant de la somme demandée. Exemple simple pour que le lecteur comprenne : vous êtes président d'association, vous demandez à une collectivité disons 20.000 euros pour mettre en oeuvre tel ou tel projet. Eh bien, dans 90% des cas, vous obtiendrez au mieux 15.000 euros, le plus souvent 10.000. Ce qui fait qu'au mieux l'amendement LETCHIMY n'aurait pu obtenir qu'...1 million d'euros.
       RISIBLE !
       L'amendement LETCHIMY relevait donc de la pure démagogie politicienne. Surtout quand on se souvient qu'en 2007, lors de la publication du livre de Louis BOUTRIN et Raphaël CONFIANT, "Chronique d'un empoisonnement annoncé", qui avait révélé le scandale du chlordécone au grand public, le même LETCHIMY, alors maire de Fort-de-France, et le PPM avaient tourné en dérision les deux écologistes. Mieux : le premier avait concocté à la hâte une association des revendeuses des différents marchés de sa ville, l'association "MACHANN FOYAL", laquelle avait défilé dans les rues, conspuant les noms de BOUTRIN et CONFIANT au motif qu'en dénonçant la dangerosité des légumes-racine, "ils enlevaient le pain de la bouche des malheureuses".
     Or, l'histoire devait donner raison aux auteurs du livre, ce qui fait que 11 ans plus tard, en 2017 donc, le député Serge LETCHIMY s'empressa de monter sur ses grands chevaux pour dénoncer "un scandale d'Etat" !!! Interdit de rire. L'affaire est trop grave pour cela. Nos sols sont pollués pour les 150 à venir ainsi que nos rivières, nos nappes phréatiques et nos rivages. Des professions ont été sinistrées : aquaculteurs, marins-pêcheurs etc. Le nombre de cancers, notamment de la prostate, explose de même que celui des maladies de Parkinson et d'Alzheimer. N'importe quel enseignant de la Maternelle et du Primaire peut le constater : il y a une augmentation inquiétante chez les élèves des troubles "DYS".
   Non, que S. LETCHMY se réveille de son sommeil 11 ans après ne nous fait pas rire du tout. 
   Et son dernier amendement non plus car la question du chlordécone n'est pas seulement une question d'argent : c'est une question de vie ou de mort pour le peuple martiniquais. C'est une question nationale ! Ce qui veut dire que seule une vaste mobilisation populaire pourra obliger l'Etat, au-delà des nécessaires Plans Chlordécone et de l'argent à continuer à mettre sur la table, à prendre ses responsabilités. Et qui peut mieux enclencher ladite mobilisation qu'un parti politique qui dispose de députés et de sénateurs ? Qui détient aussi la ville-capitale où vit près d'un tiers des Martiniquais.
   En fait, il y a 6 urgences :
 
    . établir sans délai la cartographie complète des terres contaminées afin de garantir la traçabilité des productions vivrières et même fruitières (puisqu'on ait désormais que certains fruits sont eux aussi contaminés et même la canne à sucre).
 
    . lancer une enquête épidémiologique de grande ampleur auprès des 8.000 travailleurs de la banane et prévoir une indemnisation sans délai de toutes celles et tous ceux qui sont atteints de maladies graves liées à l'utilisation durant des années du chlordécone sans protection aucune.
 
   . étudier la possibilité d'un réorientation de la pêche en tenant compte du fait que la pêche côtière est durablement sinistrée et envisager une pêche au chalutier  qui exploiterait les quelques 47.000 Km2 de la ZEE (Zone Economique Exclusive) de la Martinique non contaminés par le pesticide, zone qui fait presque 50 fois la taille de notre île.
 
    . identifier les responsables de cette pollution, outre l'Etat lui-même qui délivre les AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) pour les pesticides, mais aussi et surtout les importateurs et gros planteurs (le plus souvent békés) qui ont en toute connaissance de cause (les Etats-Unis avaient interdit l'usage du chlordécone dès...1979 !) détruit notre pays pour des siècles dans le seul but d'empocher d'énormes subventions européennes.
 
   . exiger la relocalisation en Martinique des plaintes en justice déposées par les associations écologiques comme l'ASSAUPAMAR ou ECOLOGIE URBAINE afin qu'elles ne soient pas enterrées (les tribunaux parisiens sont à 7.000kms) comme ce fut le cas pour les scandales du CREDIT MARTINIQUAIS et du CEREGMIA.
 
   . faire du lobbying pour obtenir le classement du chlordécone en 'cancérogène certain" car pour l'heure, il ne l'est qu'en "cancérogène probable", chose qui empêche, au plan juridique, toute condamnation des pollueurs et toute indemnisation des victimes.
 
   Voilà quelques actions que pourraient entreprendre nos parlementaires PPM au lieu de se livrer à des effets de manche et à des demandes ridicules comme l'Amendement LETCHIMY ! Mais bon, la démagogie politicienne a de beaux jours devant elle dans cette "version absurdement ratée du Paradis" (Aimé CESAIRE) qu'est notre chère Martinique...
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