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Chili : « Ils nous ont tant volé, qu’ils nous ont même pris notre peur »

Par Jérôme Duval
Chili : « Ils nous ont tant volé, qu’ils nous ont même pris notre peur »

L’ important soulèvement populaire initié contre l'augmentation du coût de la vie et les inégalités sociales ne faiblit pas, malgré une répression sans précédent depuis la dictature.

Le modèle économique chilien, laboratoire du néolibéralisme sous l’égide des Chicago Boys, est imposé sous la dictature et sera peu modifié sous le régime démocratique qui n’a d’ailleurs pas changé la Constitution depuis lors. Tant admiré pour sa stabilité économique, le Chili est aujourd’hui un des pays les plus inégalitaires au monde d'après l'OCDE. Selon les Nations unies, 1 % des Chiliens les plus riches détiennent plus de 25 % des richesses du pays.

Plus de 13 morts et 88 blessés par arme à feu

Malgré la présence de plus de 9 500 militaires entourés de chars patrouillant les rues de la région métropolitaine ainsi qu’à Santiago où le commandement de la capitale a été remis au général Javier Iturriaga, la population démunie est allée dépouiller des supermarchés, et dans la nuit, plusieurs personnes sont mortes dans des incendies, comme au Lider, de la chaîne américaine Walmart, à San Bernardo en banlieue sud de la capitale. Les locaux du plus grand quotidien chilien, El Mercurio, réputé soutenir à l'époque le régime militaire de Pinochet ont été attaqués par les manifestants à Valparaíso et le siège-social de la société Enel Chile, géant de l’électricité, a été ravagée par les flammes dans le centre de Santiago. Le bilan officiel du samedi 19 et dimanche 20 octobre, est lourd : huit morts, plus de 65 blessés, près de mille arrestations et une quarantaine de commerces dévalisés.

Les agissements du ministre de l’Intérieur, Andrés Chadwick, membre des Jeunesses militaires sous Pinochet, ont de quoi inquiéter alors que le bilan des affrontements s’alourdit d’heure en heure avec dorénavant plus de 13 morts et 88 blessés par arme à feu à déplorer selon l’Institut national des droits humains (Instituto Nacional de Derechos Humanos, INDH). L’ex-cheffe d’État du Chili et présidente de la commission des droits de l’homme de l’ONU, Michelle Bachelet, demande l’ouverture d’investigations indépendantes sur la répression en cours.

Alors que des joueurs de football aussi connus qu’Arturo Vidal (FC Barcelone), Claudio Bravo (capitaine de l'équipe nationale chilienne et gardien remplaçant de Manchester-City) ou Gary Medel (vainqueur de la Copa América 2014 et 2015) appellent les dirigeants à écouter enfin le peuple ; que de nombreux artistes soutiennent la colère populaire, telle la chanteuse chilienne Anita Tijoux qui encourage les concerts de casserole avec son nouveau clip devenu viral, cacerolazo ; que pour les Pussy Riot, les manifestants du Chili représentent une belle inspiration et une leçon pour les peuples du monde devant l’injustice des riches, le président multimillionnaire Piñera, entouré de militaires, déclare : « Nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, implacable, qui ne respecte rien ni personne. » Ce à quoi Gary Medel réplique : « Une guerre a besoin de deux camps, et ici nous somme un seul peuple qui veut l’égalité. »

Plusieurs organisations étudiantes, convoquant des assemblées d’urgence dans les universités, appelaient à une grève générale lundi 21 octobre. Tandis que le Chili se réveille au bruit des bottes, un slogan fait son apparition : « Ils nous ont tant volé, qu’ils nous ont même pris notre peur. »

 

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