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CATALOGNE : LE SCRUTIN DU 21 DECEMBRE NE RESOUD RIEN

Raphaël CONSTANT
CATALOGNE : LE SCRUTIN DU 21 DECEMBRE NE RESOUD RIEN

   Tel est pris qui croyait prendre.

   En mettant sous tutelle la Catalogne, en provoquant des poursuites et emprisonnements contre des dirigeants catalans, en provoquant une fuite des entreprises et en convoquant des élections régionales rapides, le pari du premier ministre espagnol Rajoy et plus généralement des « espagnolistes » (Parti Populaire de droite, Ciudadanos du Centre et PSOE) était d’assister à un recul des indépendantistes et de prendre la direction de la Généralidad.

   C’est un échec total ! 

   Si l’élection du 21 décembre n’a rien résolu, elle a démontré la persistance d’une majorité absolue réclament un référendum et relative optant pour l’indépendance. Lors des dernières élections de 2015, les indépendantistes avaient deux listes : une alliance originale entre le parti démocrate (droite) et la gauche républicaine (ERC) et une liste de l’extrême gauche (CAU). Les premiers avaient obtenu 39,59% des voix et 62 sièges. La CAU avait obtenu 10 sièges avec 8,21% des voix. Globalement les indépendantistes avaient donc 47,80% et 72 sièges (sur 135 sièges). En 2017, il y a eu trois listes : Ensemble du président sortant a obtenu 21,65% et 34 sièges, l’ERC avec 21,39% et 32 sièges et CAU perd du terrain avec 4,45% et 4 sièges. Ainsi, les indépendantistes obtiennent globalement 47,49% et 70 sièges. Observons que les deux partis qui constituaient le gouvernement catalan dissout par Madrid ont gagné près de 4 points (de 39,59 à 43,04%) et 4 sièges (de 62 à 66)! A eux seuls, ils possèdent la majorité pour gouverner. 

   Rappelons que le camp indépendantiste a mené sa campagne dans les pires conditions. Outre la peur suscitée par les interventions policière et judiciaires, 12 dirigeants ont été emprisonnés et 5 ont dû se réfugier en Belgique. Malgré les divisions et cette hostilité institutionnelle, il maintient l’essentiel de ses forces. Le camp espagnolistes, en dépit de l’aide de Madrid et de l’argent dépensé, ne gagne que 4 points et 5 sièges (de 52 à 57 sièges) mais sans une majorité pour gouverner ou empêcher les indépendantistes de gouverner. On assiste en son sein à une modification du rapport de force. Traditionnellement, le PSUC dominait ce camp. Son déclin est confirmé au bénéfice des « Ciutadans » (Citoyens en catalan) qui ont aussi « pompé » l’essentiel des voix du PP de Rajoy. Le PP devient le dernier parti de l’échiquier politique en passant de 8,49% à 4,24% et de 11 à 3 sièges, une déroute. Aux termes d’une campagne extrémiste et démagogique, avec l’appui de l’extrême droite, Ciutadans est devenu le premier parti avec 25,37%. Enfin, la gauche espagnole, le parti Podemos allié avec IU (Izquierda Unida) qui est pour un référendum d’autodétermination mais ne se prononce pas pour l’indépendance a encore perdu du terrain en passant de 11 à 8 sièges. Son rêve de contourner la problématique de l’indépendance en ne posant que la question sociale avec une alliance PSUC et l’ERC a fait long feu (les partis de gauche dans leur ensemble représentent 47,17% et 61 sièges).

   On doit aussi observer que si le nord et le centre de la Catalogne ont voté majoritairement indépendantistes, ce n’est pas le cas du Sud et de la ville de Barcelone. Il reste qu’on en est quasiment retourné à la case départ. Une large majorité de catalans réclame un référendum d’autodétermination mais ceci est refusé par les espagnolistes au nom d’une constitution de 1978 niant l’existence du peuple catalan. Les indépendantistes, s’il possède une majorité relative, n’ont pas une majorité absolue dans les urnes. Au niveau de l’état espagnol, la situation est aussi confuse. L’extrême droite, la droite et le centre ne veulent pas modifier la constitution pour envisager un assouplissement des autonomies. Le PSOE avait conditionné son soutien au PP sur l’application de l’article 155 a un débat sur la modification de la constitution. Il devrait donc demander des comptes. 

   L’espérance de Madrid, particulièrement le PP et Ciudadanos, est que les indépendantistes ne peuvent constituer un gouvernement pour aller vers de nouvelles élections en mars 2018. Ce pari complètement irresponsable n’est pas si absurde que cela. Sur les 70 députés élus du camp indépendantistes, huit sont en prison ou en exil et dix autres sous le coup de poursuites judiciaires. Peuvent-il siéger à la Généralitad dans ses conditions et/ou faire partie d’un gouvernement ? Les « espagnolistes » espèrent que non, ce qui rendrait difficile la constitution d’un gouvernement. Il reste que même privé de 8 voix, les indépendantistes gardent une majorité relative. Ainsi, Madrid se refusent toujours à affronter la question catalane pour y trouver une solution politique. Avec le soutien honteux de l’Union Européenne et des dirigeants comme Macron, Madrid compte sur une justice aux ordres et des magouilles pour échapper à la seule question qui se pose : le droit à l’autodétermination du peuple catalan. Ainsi, si les indépendantistes catalans n’ont pas perdu le 21 décembre 2017, ils n’ont pas encore gagné !

   Ils ont besoin de soutien au plan international.

   R. CONSTANT 

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