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ÇA SUFFIT, MONSIEUR KOUCHNER !

Le ministre français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner, membre du Parti Socialiste, il y a à peine deux mois, faut-il le rappeler, commence à dépasser les limites du tolérable en matière de déclarations qui non seulement violent les règles les plus élémentaires des usages diplomatiques internationaux, mais révèlent la vraie nature du personnage : un Bushiste encore plus enragé que le locataire de l’Elysée.

Qu’on en juge !

« Hugo Chavez peut apporter sa touche personnelle » déclare-t-il « dans la libération des otages en Colombie, encore que lui-même soit très controversé. » On sait, en effet, que depuis un mois, le leader vénézuélien multiplie les contacts entre les guérilleros des FARC et le gouvernement colombien afin d’arriver à un accord qui permettrait l’échange de prisonniers de part et d’autres, notamment d’Ingrid Betancourt dont la seule cause mobilise toutes les bonnes âmes du monde occidental (lequel, soi dit en passant, se montre complètement indifférent aux centaines de morts en Irak ou en Palestine). Reconnaissant d’ailleurs l’importance de cette médiation, Nicolas Sarkozy en personne a téléphoné à Hugo Chavez pour lui apporter son soutien.

Le scandaleux dans la déclaration de Kouchner c’est que Hugo Chavez a été élu deux fois de suite président du Venezuela, raflant même la seconde fois 68% des suffrages. Ces élections, tenues en présence d’observateurs internationaux et de la grande presse occidentale (CNN, la BBC, TF1 etc.) se sont déroulées selon les règles de la démocratie dite occidentale et aucun observateur, y compris les Etasuniens les plus anti-chavistes, n’a crié à la fraude. Personne n’a accusé Chavez d’avoir, par exemple, bourré les urnes et pour ceux qui l’ignoreraient encore, 3 des 4 plus grands quotidiens de Caracas appartiennent à l’opposition, plus précisément aux milieux d’affaires pro-étasuniens.

Non, monsieur Kouchner, Hugo Chavez n’est pas un chef d’Etat controversé ! Pas pour son peuple en tout cas. Pas pour les centaines de milliers de laissés-pour-compte de 50 ans de régime pro-américain qui, à Caracas, ont précédé l’instauration su socialisme bolivarien. Il est controversé pour Georges Bush, pour l’impérialisme yankee et pour les grandes compagnies pétrolières occidentales qui enragent de ne plus pouvoir exploiter à leur guise le pétrole vénézuélien. Votre déclaration est donc non seulement une insulte à la personne de Hugo Chavez mais aussi du peuple vénézuélien tout entier.

Car que dire des déclarations de votre président Nicolas Sarkozy ? De son discours insultant envers l’Afrique tenu il y a deux semaines dans l’enceinte de l’Université Cheick Anta Diop, à Dakar, au Sénégal ? Que dire de ses déclarations à l’encontre des autonomistes et des nationalistes corses carrément accusés d’être tous de mèche avec la mafia ? Et que dire de votre récente déclaration selon laquelle « le gouvernement de Maliki devrait être remplacé », en Irak ? Vous et vos amis, grands chantres des élections « démocratiques », n’hésitez pas à préconiser le renversement d’un chef de gouvernement afin de le remplacer par quelqu’un qui soit plus docile envers ls desiderata de l’Occident. Il est vrai que M. Maliki n’a jamais été, contrairement à Hugo Chavez, élu par personne, mais bien nommé par G. Bush et Condoleeza Rice, cela sans déclencher les critiques des droits-de-l’hommistes.

On voit bien là l’hypocrisie crasse de vous et de vos semblables : l’Irak peut avoir un premier ministre nommé par Washington, lequel premier ministre, s’il se montre docile, sera considéré comme légitime, alors que le Venezuela qui, par deux fois, a élu un président dans les règles, aura toujours, à vos yeux, un gouvernement « controversé ». Vous et vos semblables êtes donc bien les suppôts de l’impérialisme étasunien et de l’omnipotence de l’Occident sur le monde. Et quand je fis « vous et vos semblables », je pense surtout à ces hypocrites de socialistes français, plus colonialistes, plus hypocritement colonialistes, que les gaullistes ou la droite française. Car, chacun le sait maintenant, le socialiste Guy Mollet fut dix fois pire que le « droitiste » De Gaulle. Il n’est donc pas étonnant que vous ayez presque tous rallié le gouvernement Sarkozy, devenant même aujourd’hui plus extrémistes, plus suprématistes que lui.

Et je ne reviens même pas sur cet article publié dans « Le Monde » l’année dernière, dans lequel vous écriviez froidement qu’au Soudan, « des musulmans blancs oppriment des musulmans noirs », ce qui ne relève même plus de la grossièreté anti-diplomatique mais du mensonge pur et simple. Car, vous le savez mieux que personne, vous qui avez joué à l’humanitaire et au « French doctor » un peu partout en Afrique : il n’y a aucun Blanc au Soudan hormis les ambassadeurs des pays occidentaux et les rares touristes. Le Soudan est un pays noir à 100% composé de Noirs arabisés d’une part et de Noirs non arabisés de l’autre.

Alors, monsieur Kouchner, ça suffit !

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