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BAMBOULA ET NEGRO

Daniel Boukman

Langue française : de la nécessité de nouvelles actions d’épuration linguistique

Fin août, une chocolaterie de la ville d’Auxerre offrait en vitrine le « Bamboula », biscuit chocolaté et « le Négro », pain d’épice chocolaté fourré, avec comme souci, est-il précisé sur internet,  « de satisfaire les papilles des gourmets et des gourmands, Grégory [c’est le nom de cette chocolaterie] se rattache aux spécialités d’antan avec Bamboula et le Négro, vieilles recettes auxerroises qui se transmettent de génération en génération » 

     Et en réponse aux protestations diffusées sur les réseaux sociaux, la chocolaterie a rétorqué en dénonçant « ceux qui n’ont aucune connaissance de l’histoire de France (…)  Le Négro était un hommage rendu aux Sénégalais blessés pendant la Première guerre mondiale et  les auteurs de Bamboula ont désiré rendre hommage aux cultures que les Africains nous ont apportées en France ».

     Suite à la levée de boucliers d’associations, entre autres,  le CRAN ( Conseil Représentatif des Associations Noires), le SDC ( Sortir du Colonialisme), de  la saisine de la Préfecture de l’Yonne, la chocolaterie a débaptisé biscuits et pain d’épice chocolatés et, comme dit la chanson, « tout va très bien Madame la Marquise. »

      Mais cette  « victoire »  est fort loin d’avoir terrassé la Bête : au sein de la langue française, le racisme d’essence lexicale continue à fleurir, à fructifier… Il y a dans le vocabulaire français, un mot communément utilisé dans le microcosme des écrivains et autres critiques littéraires, celui de « nègre » (1) qui signifie « personne qui ébauche ou écrit anonymement les ouvrages signés par un autre «  (cf Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2010, page 1681). L’emploi de ce terme qui revêt une connotation raciste à peine masquée, jusqu’à ce jour, ne suscite aucune réaction particulière y compris parmi les écrivains… « noirs ».

Autres expressions de même nature sémantique au même relent raciste : « parler petit nègre ; une motion nègre-blanc ; combat de nègre dans un tunnel ; travailler comme un nègre ». Y ajouter dans le domaine culinaire, « tête de nègre ; nègre en chemise » (entremet au chocolat garni de crème, dixit le même dictionnaire).

Pour ceux qui pensent que j’exagère, qu’ils osent dire, comme cela se faisait impunément en France, « un tel est un juif », façon de cataloguer « une personne âpre au gain, avare » (définition donnée, en page 1401, par le même dictionnaire qui précise toutefois « emploi diffamatoire »

(1)En langue anglaise, on parle de  ghost writer (écrvain fantôme)

                                                                                         Daniel Boukman, ce 8 septembre 2014.

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