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AVIS D'OBSEQUES DE FRANCE-ANTILLES : L'EMOTION HYPOCRITE DES NON-ACHETEURS

AVIS D'OBSEQUES DE FRANCE-ANTILLES : L'EMOTION HYPOCRITE DES NON-ACHETEURS

   Nos pays sont vraiment devenus des terres d'humoristes.

   Humoristes qui s'ignorent évidemment et totalement dépourvus de talent. Témoin ce déferlement de condoléances attristées et de R.I.P sur les radios, télés et réseaux (a)sociaux. C'est à qui déplorera, les larmes presque aux yeux, la disparition de "notre" quotidien, le seul dont nous disposions depuis 56 ans, celui qui nous donnait des nouvelles du moindre quartier de la commune de Fond-Zombi, du championnat de pétanque de Savane-Zicaque, du concours de Miss carnaval de Morne Pois-Doux et surtout les photos, dans sa rubrique nécrologique de "nos chers décédés".

   Ouais...

   Arrêtons ce cinéma un peu ! Si les Antillais avaient voulu sauver ce journal, ils auraient d'abord dû commencer par l'acheter tous les jours. Or, prenons l'exemple des administrations qui y sont toutes abonnées : l'exemplaire du jour circulait de main en main, du planton au directeur en passant par la femme de ménage, le chauffeur, la secrétaire, le commis, le DRH etc...et était ramené le soir à la maison par le dernier qui l'avait eu entre les mains. France-Antilles té ta tout moun ! Sans débourser un penny...

   Et c'est exactement pareil pour ANTILLA, JUSTICE et d'autres organes de la presse-papier !

   Explication : Nou two enmen bagay (biten) pou ayen. Voilà ! On se rue sur les blogs et les site-Internet parce que c'est gratuit et quand c'est payant, on zappe immédiatement. Si MONTRAY KREYOL était payant, il n'aurait pas entre 30.000 et 40.000 lecteurs par jour, mais à peine 2.000. C'est la vérité et il ne faut pas avoir peur de la dire, quitte à froisser les âmes sensibles (aux portefeuilles fermés). Il y a un moment où il faut arrêter de se raconter des histoires.

   L'Etat et les collectivités locales auraient dû avoir aidé FRANCE-ANTILLES, clament les pleureurs d'aujourd'hui. N'importe quoi ! On est dans un régime capitaliste, pas dans un système communiste et FRANCE-ANTILLES (tout comme ANTILLA et d'autres) sont des entreprises privées qui doivent se développer par elles-mêmes et comme toute presse-papier, il y a trois moyens d'y parvenir : les ventes , la publicité et les annonces légales. Bon, il y a quand même des aides ponctuelles à la presse émanant de l'Etat, ce qui prouve que la France n'est pas un état capitaliste pur jus puisque pareille aides n'existent ni en Angleterre ni en Allemagne et encore moins aux Etats-Unis. Mais ces aides étatiques sont juste du beurre sur les épinards.

   Les épinards sont la vente d'abord. En kiosque, boutique, supérette, supermarché etc...ou par abonnement. Or, on vient de le voir plus haut, c'est le gros point faible, le très gros point faible de la presse-papier antillaise. Nous sommes réticents à payer pour ce travail qu'est l'information, surtout depuis que l'Internet a envahi nos existences. Nous payons la redevance-télé parce qu'elle est obligatoire et d'ailleurs directement prélevée sur nos salaires, mais nous sommes contents de ne pas verser un sou aux radios et télés privées alors même que nous les écoutons et les regardons tout autant, sinon davantage parfois, que les radios et télés publiques. Nous ignorons ou faisons semblant d'ignorer que le journalisme, c'est du travail et que par conséquent, comme dit l'adage, tout travail mérite paiement. Donc nos larmes de crocodiles sur la mort de FRANCE-ANTILLES, arrêtons un peu !

   La deuxième catégorie d'épinards est la publicité. Ce serait mentir sur la vérité, comme dirait Man Sosso de Ravine-Bambou, que de dire que FRANCE-ANTILLES n'en a pas bénéficié. Elle en a même scandaleusement bénéficié en véritable chouchou des entreprises locales, empêchant du même coup l'émergence d'un deuxième quotidien (cf. la brève existence de L'ECHO DES ANTILLES). Ce n'était pas normal, pas du tout normal ! Barbade, qui est trois fois plus petite que la Martinique et qui n'a que 290.000 habitants, possède 2 quotidiens depuis plus d'un demi-siècle. Pourquoi ? Parce que la publicité est partagée assez équitablement entre eux. En raflant donc la quasi-totalité de la pub, FRANCE-ANTILLES a non seulement régné en seul maître comme journal quotidien, mais a aussi, objectivement parlant, considérablement freiné le développement de magazines hebdomadaires comme ANTILLA qui pourtant parvient à tenir le coup depuis plus de trois décennies. On ne peut pas accuser les annonceurs publicitaires de n'avoir pas soutenu FRANCE-ANTILLES.

   La troisième et dernière catégorie d'épinards, ce sont les annonces légales. Là encore, si la loi n'obligeait pas de les publier dans au moins deux, parfois, trois organes de presse, nul doute que FRANCE-ANTILLES les auraient toutes raflées comme elle le faisait pour la publicité. Soit dit en passant, ces annonces légales constituent une véritable bouée de sauvetage pour nos hebdomadaires que nous sommes réticents à acheter et dont, sniff !, tôt ou tard, nous pleurerons la mort à chaudes larmes en bons humoristes que nous sommes. On ne peut pas non plus accuser les annonceurs légaux d'être responsables du décès de FRANCE-ANTILLES. Pas plus que les marabouts africains des Terres-Sainvilles ni les voyantes européennes de la Pointe du Bout. Chaque jour, en avant-dernière page du journal, Pr Mamadou Sissoko ou Mme Hélène, dotés de "pouvoirs ancestraux de voyance", nous promettaient de voir la vie en rose.

   On a beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, pas besoin d'être Sherlock Holmes pour découvrir le principal coupable : c'est le lecteur non-acheteur. Celui qui verse toutes les larmes de son corps aujourd'hui...

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