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APRÉ AN TAN, SÉ AN LOT !

Toussinelle Térèz Léotin

Le mois d'octobre est le mois du créole, c'est, nous commençons à l'intégrer, le mois où fleurit presqu'en apothéose maintenant, le 28 octobre. Cette journée réservée à l'hommage à notre culture, à notre langue, à notre patrimoine. Le mois de novembre qui le suit dans la même foulée n'est pas moins culturel, puisqu'avec la Toussaint, c'est l'occasion pour nous d'honorer ceux qui nous ont quittés, ceux qui sont partis en l'autre bord. Celui d'où l'on ne revient pas. 

Novembre c'est le mois qui commence avec, pour le calendrier, le jour de tous les saints, donc c'est le jour de tout le monde, puisque selon le prénom que l'on porte, il y a derrière chacun de nous, un saint patron protecteur qui se cache, mais la Toussaint c'est pour beaucoup, le jour des morts, car anticipant d'un jour celui-ci, l'on va au cimetière pour honorer leur mémoire.

La Toussaint c'était surtout ce jour d'attente où, le plaisir patientait, piétinait, d'abord devant les  bougies placées sur les tombes ou les fosses enjolivées de conques de lambis, de ceux qui sont partis rejoindre Man Moun au Pays d'Abolay, nommé aussi Basile en créole, la Camarde comme on dit en français, de tous ceux qui sont partis au Royaume des morts, tousa ki pati fè ti konmision yo a., tousa ki monté an Daomé, tousa ki pati an Galilé.

Les lambis depuis sont protégés, plus de conques et plus de fleurs d'hortensias, non plus, car pour cause de moustiques, on leur préfère ... celles qui fleurissent en plastique.

C'était plaisir, oui, plaisir de voir brûler nos « blan-balenn », nom créole des bougies, dans l'attente fébrile, oui, surtout dans l'attente des « caca-bougies » qui coulaient telles des larmes de cire, objet de nos désirs. Perspective de jeux d'enfants pas si innocents que cela, puisque c'était à qui pourrait lancer son boulet, que nous réalisions tout brûlant. Nous honorions ainsi nos morts, grand-père, grand-mère, dont nous ne connaissions que le prénom, nos : frère, sœur, père, mère, trop tôt partis rejoindre le Pays des gens sans chapeau.

La famille se recueillait et les enfants s'amusaient heureux de jouer à lancer leurs balles dans la joie. La Toussaint c'était la féérie, des tombes enluminées, illuminées, des tombes belles et propres nettoyées par des « djobeurs », ces petites mains d'occasion. C'était jour de sales farces d'enfants qui s'entraînaient au jeu du tir de précision, mais, de nos jours, derrière les verres, les bougies elles aussi, sont, pour la plupart, protégées. Elles brûlent, et s'usent, indifférentes aux yeux de nos enfants qui ont les leurs rivés sur des consoles sans âme, ou des portables qu'ils vénèrent fébrilement, devant les tombes des aïeux qui puisque désormais muets, ne peuvent plus crier aucune désapprobation.

C'est la nouvelle façon d'honorer la mémoire de ces ancêtres, autrement dit en créole « mémwè gangan yo. » Qui peut leur en vouloir, car pour toujours tenir tête à la Grande Faucheuse, le sens de la vie n’est-il pas d’évoluer ?

« Sa zott lé ? » Que voulez-vous ? « Apré an tan, sé an lott », autres temps, autres mœurs soupirera-t-on, dans certaines chaumières, en citant et en rappelant, parfois sans le savoir, qu’en son siècle déjà l’orateur Cicéron disait : O tempora, o mores !

Une époque balaie l'autre, et la vie avance, .... comme d'ailleurs, la Martinique, ne nous le dit-on pas ?

 

Toussinelle Térèz Léotin

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