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Aimé Césaire et Alfred Marie-Jeanne ou le refus de désigner des héritiers

   "Vous me prenez pour un monarque ?"
   Chacun se souvient de cette admonestation lancée jadis (dans les années 80 du siècle dernier) par Aimé CESAIRE, avec cette superbe et ce ton légèrement zozotant qui le caractérisaient et faisaient son charme. Admonestation lancée au visage d'un journaliste de télévision français un peu trop "fouyaya" qui tentait à tout prix de pousser le Père de la Négritude à dévoiler le nom de son héritier en politique. Aimé CESAIRE s'est toujours refusé à toute désignation dynastique et c'est là la marque à la fois d'un grand politique et d'un grand démocrate, quelles que soient les critiques que l'on puisse, par ailleurs, adresser à son action durant un bon demi-siècle en tant que député-maire de Fort-de-France.

   Cette admonestation, heureusement filmée et donc conservée pour la postérité, a été republiée sur notre site il y a quelques mois.

   Cette fois, c'est Alfred MARIE-JEANNE, président de la toute nouvelle CTM (Collectivité Territoriale de Martinique) qui réagit dans le même sens. Le "Chaben fondamental" rejoint ainsi, au moins sur un point__mais il s'agit d'un point capital !__le "Nègre fondamental". En effet, dans une interview publiée dans FRANCE-ANTILLES (n° 14.758, 27 février 2015), le leader du MIM (Mouvement Indépendantiste Martiniquais) tient les propos suivants :

   "FRANCE-ANTILLES : Vous avez annoncé ne pas chercher à renouveler votre mandat de député. Qui sera votre candidat sur la circonscription du Centre ?

   MARIE-JEANNE : Je vais aider quelqu'un ou quelqu'une...

   FRANCE-ANTILLES : Vous avez votre idée ?

   MARIE-JEANNE : Il y a un risque de trop plein. Mais je choisirai plutôt celui qui gravite autour de notre mouvement.

   FRANCE-ANTILLES : Il pourrait ne pas être militant du MIM ?

   MARIE-JEANNE : C'est peut-être un militant ou quelqu'un qui est très proche de nous...Je pense que le moment est intéressant. Mais je ferai mon choix automatiquement le moment venu.

   FRANCE-ANTILLES : Et la suite du MIM ?

   MARIE-JEANNE : Je n'ai pas d'héritier particulier...

   FRANCE-ANTILLES : Jean-Philippe NILOR n'en est pas un ?

   MARIE-JEANNE : Je n'ai pas d'héritier particulier. Parce que bien souvent, on constate que certains héritiers trahissent le père fondateur.

   FRANCE-ANTILLES : Vous avez été trahi ?

   MARIE-JEANNE : Je parlais de manière générale. N'oubliez pas le drame de César (Tu quoque, mi filii)! On est très souvent trahis par ses propres enfants. Ce que je veux dire c'est que le peuple devra être très attentif lorsqu'il y aura un choix à faire, car c'est l'avenir du pays qui sera en jeu...

   FRANCE-ANTILLES : Vous ne désignerez donc pas un successeur ?

   MARIE-JEANNE : Je ne désignerai pas de successeur. Je dirai qui je soutiendrai dans le cadre du débat démocratique. Mais je tien à dire que je ne veux pas de clone.

                                                                                     Entretien : Gabriel GALION"

   On notera d'abord l'obsession des journalistes, de quelque pays qu'ils soient, à toujours vouloir  arracher aux leaders politiques le nom de leurs successeurs et dans le cas où lesdits politiques ont la faiblesse de céder à leur sollicitation, ces mêmes journalistes seront les premiers à les traiter d'autocrates, voire de dictateurs, d'antidémocrates en tout cas. Curieux comportement lié sans doute à la recherche du scoop à tout prix. En tout cas, ni CESAIRE ni MARIE-JEANNE ne sont tombés dans ce piège et ils ont eu raison.

   Aucun de ces deux grands leaders martiniquais n'aura, malheureusement, réussi à réaliser son rêve : l'AUTONOMIE pour le "Nègre fondamental", l'INDEPENDANCE pour le "Chaben fondamental". On comprend, dès lors, que la question de la désignation d'un héritier leur paraisse saugrenue.

   En effet, l'héritier auto-proclamé du premier, Serge LETCHIMY a dévoyé l'idée d'autonomie dans ce qu'il a appelé "la Troisième voie" dont on peine à percevoir le contenu et que de toute façon, ni lui ni ses proches, n'ont jamais pu définir clairement. En créole, cette troisième voie pourrait se traduire par "zwel-séré", sauf que la politique n'est pas un jeu d'enfants. Quant aux héritiers putatifs du second, Alfred MARIE-JEANNE, pour autant qu'ils existent, ils ou elles ne se sont pas encore ouvertement dévoilés et s'ils imaginaient pouvoir bénéficier de la bénédiction ou de l'onction de celui-ci, ils ou elles en sont pour leurs frais à la suite de cette interview décapante dans FRANCE-ANTILLES.

   C'est là aussi, comme dans le cas de CESAIRE, une très bonne chose car ce n'est pas à un leader, aussi charismatique soit-il, de désigner, tel un monarque, son successeur, mais bien au peuple et à lui seul. Le successeur de "Chaben" sortira des urnes et si par malheur, on tente, bureaucratiquement, de l'imposer, il subira le même sort que Serge LETCHIMY un certain 13 décembre 2015.

   A bon entendeur salut, donc !...

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