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Adèle et la pacotilleuse de Raphaël Confiant

Vous souhaitez faire un voyage aux Antilles mais vous ne savez pas trop où? Barbade, Martinique, Dominique, Haïti, Curaçao, Sainte Lucie, San Juan, Cuba? Ni trop quand? Peut-être à une autre époque? Celle de l’esclavage ou même juste après son abolition, pendant la guerre de Sécession des Etats-Unis? Si vous souhaitez faire le tour de l’Archipel des Antilles et voyager dans le temps aux côtés d’une femme extraordinaire, libre, tandis qu’en Europe, les femmes vivent encore sous la tutelle de leur père puis de leur mari, alors, ce livre est pour vous.

Vous découvrirez comment une femme, Céline Alvarez Bàà, aux multiples origines, pacotilleuse de son métier, sillonne les mers caraïbéennes pour vendre toutes sortes de marchandises qu’elle achète sur une île et qu’elle revend sur une autre. « Chaque île affectionne un produit, une marchandise, une plante, un outil, des philtres et des onguents particuliers, des tissus dédaignés ailleurs. »

 Mais un jour, sur l’île de la Barbade, elle va dégoter un drôle d’oiseau… ou plutôt un étrange fantôme errant, haillonneux, tremblotant, portant une robe de mariée cent fois rapiécée… ce n’est autre qu’Adèle… la fille cadette du plus grand poète français. Elle a quitté l’île britannique sur laquelle sa famille est exilée, pour suivre un jeune officier anglais dont elle est follement amoureuse… follement… à en perdre la raison car celui-ci l’abandonnera. Il s’agit bien d’Adèle Hugo. Destin étrange…

Comment ces deux destins de femmes, l’une noire et l’autre blanche, ont-ils pu se croiser pour n’en faire qu’un pendant deux ans ? Car Céline va s’occuper d’Adèle, que personne ne croit, comme une mère, et se charger de la ramener auprès de son père qui la cherche depuis neuf ans, l’arrachant aux griffes de la maison de Santé de la Martinique!

Ce livre nous raconte ce destin commun sans aucune linéarité. Le récit principal est entrecoupé d’une « foultitude » d’autres récits de Céline, de multiples retours en arrière, de lettres, de délires d’Adèle, de notes de poètes dont Victor Hugo… un foisonnements de récits, d’écrits qui coulent à flots…

Où la Mer, omniprésente et terrifiante est haïe ou adulée. Elle est à la fois symbole de l’esclavage, de l’arrachement et de la séparation avec l’Afrique, un énorme cimetière marin… et à la fois symbole de la liberté pour ces femmes voyageuses, les pacotilleuses, « des juives errantes », « des gitanes de la mer », « pires que des fourmis-manioc ».

Ces « oiseaux de passage » , mariées à la mer, ne se lient à aucun homme et en épousent plusieurs à la fois qu’elles retrouvent à chaque port. « Mon vrai conjoint est et restera le voyage, et il n’est pas question pour moi de m’installer dans une case pour cuisiner-laver-repasser pour un fainéant avec deux graines entre les jambes », dira la mère de Céline… Carmen… la bien nommée. De vrais « caméléons », elles ont le pouvoir de manier tous les créoles de l’Archipel, de s’adapter à chaque langue, à chaque pays différent et de parler tout aussi bien l’espagnol, l’anglais que le français.

Dans cette société antillaise bigarrée et complexe règne tout un système de « castes » très discriminatoire : un camaïeu de « noir » (ou plutôt de marron), où dans l’échelle sociale le Noir est situé au plus bas et est le plus méprisé et le Blanc créole, au sommet, est le représentant de la race suprême. Au milieu de tout cela, il y a les mulâtres, les quarterons, les octavons, les chabins… un peu mieux lotis que les « nègres noirs ». Puis il ne faut pas oublier tous les autres : les Indiens Caraïbes (les premiers habitants des Antilles), les Indiens Coulis, les Chinois, les Syriens… Toutes les religions foisonnent, vaudou, hindouisme, catholicisme, protestantisme…

Bref, l’Archipel accueille le Tout-Monde.

« Y a-t-il, dans tous les dictionnaires du monde, un mot plus chatoyant qu’exil ?(…) C’est que l’exil est notre condition, à nous, Amérindiens-Nègres-Blancs-Mulâtres-Chabins-Indiens-Chinois-Syriens de l’Archipel. »

Raphaël Confiant n’a épargné personne dans son style chatoyant. Il réinvente complètement la langue française avec des créolismes, la rendant bien plus vivante et plus drôle. Il nous fait faire un incroyable voyage… qui s’arrête un peu brutalement. Nous aurions tellement aimé en savoir plus sur cet amour que va éprouver Céline pour Hugo lors de son deuxième retour en France! Nous aurions tellement aimé poursuivre cette aventure si passionnante!

Voici la lecture filmée d’un extrait du début du roman…

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Document: 

Adèle et la Pacotilleuse de Raphaël Confiant ***Lecture***

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